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Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2011 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Le ministère tunisien de l'Intérieur a décrété mercredi un couvre-feu dans la capitale et sa banlieue après les manifestations qui ont secoué « certains quartiers » de Tunis.

Le couvre-feu sera en vigueur de 20 h à 6 h.

Un manifestant lance des pierres en direction des forces policières, près de Sidi Bouzid, le 10 janvier 2010.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Un manifestant lance des pierres en direction des forces policières, près de Sidi Bouzid, le 10 janvier 2010.

Photo : AFP

Dans la même journée, le chef du Parti communiste des ouvriers de Tunisie (PCOT, interdit), Hamma Hammami, a été interpellé à son domicile, près de Tunis, a annoncé son épouse, Radia Nasraoui, une avocate connue pour son engagement dans la défense des droits de l'homme.

C'est la première fois qu'un dirigeant politique est arrêté depuis le début des émeutes qui secouent le pays depuis près d'un mois.

« Plusieurs policiers ont forcé la porte de notre appartement, perquisitionné et cassé des objets, avant de s'emparer de Hamma sous les yeux de sa fille », a raconté Mme Nasraoui.

Hamma Hammami, 59 ans, s'est exprimé plusieurs fois dans des médias étrangers pour dénoncer le régime du président Zine el-Abidine Ben Ali dans la foulée des troubles que connaît la Tunisie.

Son parti a indiqué dans un communiqué que cette arrestation intervenait à la suite d'un « appel adressé par le POCT au peuple tunisien et aux forces démocratiques, les incitant à s'unir autour d'une alternative commune au régime » pour constituer un « gouvernement national provisoire ».

Par ailleurs, la haute-commissaire aux droits de l'homme de l'ONU, Navy Pillay, a appelé mercredi le gouvernement tunisien à mener des enquêtes « indépendantes crédibles », à la suite des informations sur un « usage excessif » de la force par les services de sécurité.

« Des informations suggèrent que la majorité des manifestations ont été pacifiques et que les forces de sécurité ont réagi avec une force excessive, contraire aux standards internationaux », explique Mme Pillay dans un communiqué.

Sur le terrain, au moins deux civils ont été tués mercredi par des tirs de la police à Douz, dans le sud de la Tunisie, lors d'une manifestation ayant dégénéré.

Cette ville de 30 000 habitants, située à 550 km au sud de Tunis, connaît de telles violences pour la première fois depuis le début des manifestations, a affirmé ce témoin.

Petit rassemblement à Montréal

Une douzaine de manifestants se sont de nouveau rassemblés devant le consulat de la Tunisie à Montréal, mercredi midi. Ces personnes réclament le départ du président Zine el-Abidine Ben Ali, à qui ils attribuent la responsabilité de la mort d'une cinquantaine d'opposants, depuis un mois.

« On veut que l'armée [tunisienne] prenne le pouvoir et prépare un nouveau gouvernement pour préparer une nouvelle ère de démocratie et organiser des élections libres en Tunisie pour la première fois depuis son indépendance. On demande aussi au gouvernement canadien d'agir et de condamner ces actions », a déclaré un membre du Collectif de solidarité au Canada avec les luttes sociales en Tunisie interrogé par Radio-Canada.

Pas d'accalmie

Les manifestations ont repris dans le pays, notamment dans le centre-ville de la capitale, mercredi. Des manifestants ont lancé des pierres aux forces de police sur place, qui ont répliqué en tirant des gaz lacrymogènes.

L'armée a été déployée mercredi en banlieue de Tunis, où des émeutes avaient éclaté la veille.

Plus tôt, le président tunisien, Zine el-Abidine Ben Ali, avait limogé le ministre de l'Intérieur, Rafik Belhaj Kacem, dans la foulée des manifestations réprimées violemment ces derniers jours. L'ancien ministre responsable du département des Télécommunications et de l'enseignement supérieur, Ahmed Friaa, le remplacera.

Le gouvernement a aussi décidé de libérer tous ceux qui avaient été arrêtés depuis le début des troubles, « à l'exception de ceux dont l'implication dans les actes de violence graves, de dégradation préméditée et d'incendie des biens, aura été prouvée par les informations judiciaires ».

De plus, le premier ministre tunisien a annoncé la création de deux commissions d'enquête. L'une se penchera sur les éventuels excès commis durant les incidents, et l'autre examinera les problèmes de corruption et les erreurs commises par certains responsables, dénoncées par l'opposition et plusieurs ONG.

Sur la scène internationale, l'Union européenne a condamné mercredi l'usage d'une force « disproportionnée ». Lundi, la chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, avait demandé la libération immédiate des manifestants, des blogueurs et des journalistes arrêtés ces dernières semaines en Tunisie.

Cette violence est inacceptable; les auteurs doivent être identifiés et traduits en justice.

Maja Kocijancik, la porte-parole de la chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton

La crise en Tunisie a pris une tournure dramatique au cours de la fin de semaine, lorsque les affrontements entre les forces de l'ordre et les manifestants ont entraîné la mort de plusieurs personnes. Selon le gouvernement, une vingtaine de personnes ont été tuées, alors que des sources syndicales parlent plutôt plus d'une quarantaine de morts.

Les troubles sociaux en Tunisie se poursuivent depuis le 17 décembre lorsqu'un jeune vendeur itinérant, diplômé mais sans emploi stable, s'est immolé par le feu, déclenchant un mouvement de contestation populaire dans ce petit pays du Maghreb, dirigé par le président Zine el-Abidine Ben Ali depuis 23 ans.

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