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Peter Kent, marchand de sables bitumineux

Peter Kent
Peter Kent, l'ancien ministre d'État aux Affaires étrangères a été promu au poste de ministre de l'Environnement lors du dernier remaniement. Photo: La Presse canadienne / Sean Kilpatrick
Radio-Canada

Le nouveau ministre de l'Environnement du Canada, Peter Kent, entend redoubler d'efforts pour défendre le pétrole extrait des sables bitumineux, qu'il qualifie de source d'énergie « éthique ».

Dans une série d'entrevues accordées aux médias depuis sa nomination, le ministre Kent soutient que l'industrie pétrolière est injustement démonisée et fait l'objet de désinformation.

« Les communications constitueront une part importante de mon travail », a-t-il déclaré à La Presse Canadienne. « M'assurer que la conversation au pays et à l'étranger s'appuie sur des faits et non sur des stéréotypes du passé ou de la désinformation ».

Mon objectif est de chausser les bottes de Jim Prentice et celles de John Baird et de faire de mon mieux pour continuer à accomplir un aussi bon boulot qu'eux.

Le ministre de l'Environnement, Peter Kent

En entrevue au Globe and Mail, le ministre Kent précise que le Canada doit expliquer à Washington et à la population américaine que l'industrie des sables bitumineux ne constitue pas la menace pour les changements climatiques que les environnementalistes dénoncent.

Le pétrole qui en est extrait, dit le ministre de l'Environnement, est « un produit réglementé au sein d'une superpuissance énergétique démocratique », et non pas une source de financement pour des producteurs situés dans des pays dont les lettres de créance démocratique sont douteuses.

« Les profits de ce pétrole [au Canada] ne sont pas utilisés de façon non démocratique ou non éthique, argue-t-il. Ils servent à améliorer la société dans la grande démocratie canadienne. La richesse ainsi générée est partagée avec les Canadiens et les investisseurs ».

Sur les ondes de l'émission Power & Politics de CBC, il a ajouté que les revenus de l'industrie « ne financent pas le terrorisme ». Le ministre Kent refuse cependant de nommer les pays visés.

Selon le ministre, les émissions de gaz à effet de serre (GES) de l'industrie, basée en Alberta, équivalent à 5 % des émissions totales du Canada. À l'échelle de la planète, cela équivaut à un dixième de 1 % des émissions de GES.

M. Kent soutient que le Canada « peut faire mieux, de plusieurs manières, pour améliorer la supervision, la réglementation et la mise en application des règles en vigueur ».

Il précise toutefois qu'au moment où le pays est dans une phase de reprise économique, le gouvernement Harper ne va pas adopter de nouvelles mesures de réduction des GES pour les pétrolières.

Le premier ministre du Canada, Stephen Harper, a défendu les propos de son ministre. Il a rappelé l'importance de cette ressource pour l'économie canadienne, ajoutant qu'il s'agit d'une source d'énergie fiable pour les États-Unis. « Le Canada est une société très éthique et une source très sécuritaire pour les États-Unis », a-t-il soutenu.

Les sables bitumineux sont dans la mire des environnementalistes qui dénoncent non seulement les GES rejetés par l'industrie dans l'atmosphère, mais aussi les dommages que son exploitation cause à l'environnement.

Lors des deux dernières conférences de l'ONU sur les changements climatiques, à Copenhague et à Mexico, le Canada a reçu plusieurs prix Fossiles, décernés par les organisations internationales aux cancres de l'environnement.

Une position qui fait bondir l'opposition

Les propos du nouveau ministre de l'Environnement ont été décriés par tous les partis d'opposition à Ottawa.

Le porte-parole du Parti libéral en matière d'Environnement, Gerard Kennedy, a réagi en déclarant que le dossier environnemental méritait mieux qu'un simple porte-parole gouvernemental.

« Ce dont M. Harper a besoin pour avoir de la crédibilité, c'est d'un ministre qui se relève les manches et qui est prêt à faire un travail sérieux », indique-t-il.

« Nous avons besoin d'un défenseur dans ce gouvernement. Ce serait désolant d'apprendre que dès son entrée en fonction, M. Kent n'a aucune intention d'améliorer un ministère qui est largement considéré comme un ministère en situation d'échec », ajoute M. Kennedy.

Le chef adjoint du Nouveau Parti démocratique, Thomas Mulcair, soutient qu'il est faux de dire que le pétrole issu des sables bitumineux est « éthique ».

Le gouvernement Harper, dit-il, ne tient jamais compte dans ses évaluations du coût environnemental de ces exploitations, ce qui est pourtant un principe de base du développement durable. Le gouvernement Harper laisse plutôt le soin aux générations futures de nettoyer les dégâts de l'industrie, ce qui est immoral.

M. Mulcair souligne en outre que l'exploitation des sables bitumineux expose le Canada à ce que les économistes appellent la « maladie hollandaise » : l'industrie attire des investissements américains, ce qui fait grimper le huard et nuit aux exportations des manufacturiers.

Le Bloc québécois a dénoncé la position du ministre Kent, mais a dit s'attendre depuis un certain temps à une telle sortie de la part du gouvernement Harper, dans le contexte où l'exploitation des sables bitumineux va augmenter considérablement au cours des prochaines années.

« Il est clair que ça s'inscrit à mon avis dans une stratégie de développement commercial plus que dans une stratégie de protection environnementale, et c'est là qu'il y a un problème », a indiqué le porte-parole du Bloc québécois en matière d'environnement et de développement durable, Bernard Bigras.

Selon M. Bigras, le ministre Kent, en tant que « faire-valoir du premier ministre [...] s'est donné le mandat de démontrer que ce pétrole n'est pas un pétrole sale, mais un pétrole propre, mais tous les experts s'entendent [pour dire] qu'il y a des impacts environnementaux », à l'exploitation des sables bitumineux.

Le député bloquiste rappelle qu'à la fin de décembre, un groupe d'experts, mandaté par son prédécesseur à l'Environnement, avait conclu que l'exploitation des sables bitumineux comporte des impacts négatifs sur le plan environnemental.

Le Parti vert se montre cinglant envers M. Kent. « Il n'a pas fallu beaucoup de temps au nouveau ministre [...] pour afficher ses vraies couleurs. [...] Il est le nouveau porte-étendard de l'industrie pétrolière », indique un communiqué du parti d'Elisabeth May.

Les environnementalistes albertains sont aussi mécontents des propos du ministre. Selon Simon Dyer, de l'Institut Pembina, l'industrie des sables bitumineux est peut-être réglementée sur le plan du travail, mais il n'en est rien sur le plan de l'environnement.

M. Dyer cite le rapport d'un panel scientifique publié en décembre qui critiquait le système de surveillance des sables bitumineux. Le ministre Kent, dit-il, devrait se concentrer sur le meilleur moyen « de régler le problème plutôt que de montrer du doigt d'autres juridictions ».