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La majorité des puits inspectés ont des fuites

Un puits à Bécancour

Après le ministère de l'Environnement du Québec, c'est au tour du ministère des Ressources naturelles du Québec de confirmer que plusieurs des puits de gaz de schiste qu'il a inspectés présentent des fuites.

Selon un document du ministère soumis au Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE), 19 des 31 puits inspectés dans les MRC de Lotbinière, de Bécancour et des Maskoutains laissent échapper des émanations de gaz naturel.

Une pétition de 115 000 noms

Les Québécois qui veulent signer la pétition demandant un moratoire complet sur l'exploration et l'exploitation du gaz de schiste au Québec ont jusqu'à minuit pour le faire. La pétition, accessible sur le site Internet de l'Assemblée nationale, a été lancée par le député de Québec solidaire, Amir Khadir. Elle compte déjà plus 115 000 noms.

Les 11 puits de Talisman Energy qui ont été inspectés présentent tous des fuites. Il en va de même pour les deux puits de Gastem et quatre des six puits de Canbriam Energy. Les autres puits qui fuyaient appartiennent à Questerre et à Canadian Forest Oil.

Aucun des neuf puits de Junex inspectés par le ministère ne présente de fuites. Les bassins de rétention de trois d'entre eux étaient cependant défectueux. Dans deux cas, des joints ont été boulonnés dans l'eau.

Les municipalités de Saint-François-du-Lac, de Saint-Édouard-de-Lotbinière, de Leclercville, de Bécancour et de La Présentation ont toutes deux puits qui présentaient des émanations de gaz naturel.

Au total, seuls 6 des 31 puits inspectés ne présentaient aucun problème apparent.

Le 14 novembre dernier, Radio-Canada avait révélé que le ministère de l'Environnement avait inspecté tous les puits de gaz de schiste de la province, et que du gaz s'échappait de six d'entre eux.

Le directeur de l'Association pétrolière et gazière du Québec (APGQ) a déclaré au quotidien La Presse qu'aucune des fuites recensées par le ministère des Ressources naturelles n'était majeure et que rien n'avait été contaminé.

Il soutient qu'un coffrage peut présenter des fuites le temps que le ciment durcisse, soit pendant quelques heures ou quelques jours. Si les fuites persistent, des correctifs sont apportés, affirme-t-il.

« Je ne veux pas prétendre que dans nos activités, il n'y a aucun risque : il y a des risques, mais ils sont quand même connus et bien encadrés, a déclaré le porte-parole de l'APGQ, Stéphane Gosselin, à La Presse Canadienne. En aucun cas, on n'a mis en danger la sécurité des citoyens, des travailleurs sur les sites, ou même la sécurité environnementale. Donc, on parle vraiment de problèmes mineurs. »

Dans une lettre datée du 22 décembre, le BAPE a néanmoins demandé au ministère des Ressources naturelles quels étaient les conséquences de ces fuites ainsi que les risques qu'elles représentent, et quelles mesures le ministère avait exigées, le cas échéant.

Des inquiétudes, malgré les assurances de l'industrie

Pour André Bélisle, de l'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA), ces informations confirment plutôt que le gouvernement du Québec doit adopter un moratoire sur l'exploration et l'exploitation du gaz de schiste.

« C'est sûr qu'ils vont nous dire que c'est sans conséquence. BP disait la même chose par rapport au forage qu'ils ont fait dans le golfe du Mexique! Comment est-ce qu'on peut arriver dans une situation où on ne sait pas ce qui se passe, et après on se fait dire qu'il n'y a pas de problèmes? », s'insurge-t-il.

M. Bélisle s'en prend en outre au terme « gaz naturel », trop imprécis selon lui. « C'est une manière de nous endormir! Est-ce qu'on parle de méthane? Est-ce qu'on parle de sulfure d'hydrogène ? Est-ce qu'on parle de radon? Est-ce qu'on parle d'un mélange de tous ces gaz-là? En quelle quantité et depuis combien de temps ? On ne veut pas répondre à ces questions-là. »

« Il faut appeler une réglementation qui soit cohérente et conséquente, et il faut avoir les moyens de vérifier sur le terrain », poursuit M. Bélisle. « Que ce soit au niveau de l'eau, que ce soit au niveau de l'air, on sait qu'il y a des risques importants. »

De son côté, le maire de Bécancour, Maurice Richard, ne cache pas qu'il a été ébranlé par ces nouvelles informations. M. Richard, qui s'est toujours prononcé en faveur de l'exploitation du gaz de schiste, répète que la sécurité du processus est essentielle.

« Vous savez, un réservoir, il est étanche ou il ne l'est pas. Dans ce cas-ci, il y avait des failles ou des fuites dans beaucoup de puits. Est-ce qu'elles étaient dangereuses ou pas dangereuses? [...] La question n'est pas là. C'est que ça doit être étanche. Donc, la méthode de travail, la façon de faire, doit avoir une certitude d'étanchéité. »

Pour Serge Fortier, du Comité de vigilance sur le gaz de schiste des MRC de Lotbinière et de Bécancour, les informations du ministère confirment qu'un moratoire sur l'exploration et l'exploitation du gaz de schiste est nécessaire.

« On voit que c'est fait tout croche, et ça ne fait que commencer! On est en phase d'exploration et l'industrie n'est même pas capable de faire attention actuellement. Qu'est-ce que ça va être quand ça va être en exploitation? », soutient M. Fortier.

Le député du Parti québécois et ancien chef du Parti vert, Scott McKay, a taxé le gouvernement de Jean Charest de « laxisme », de « complaisance » et de « manque de transparence ». « [Ce rapport] soulève plus de questions qu'il n'apporte de réponses, a-t-il dit mercredi. Le gouvernement Charest joue aux apprentis sorciers avec la qualité de l'environnement [au détriment de] la santé de la population. »

La ministre des Ressources naturelles et de la Faune, Nathalie Normandeau, n'a pas commenté les données publiées mercredi. Le directeur du Bureau des hydrocarbures au ministère, Sébastien Desrochers, a déclaré à La Presse Canadienne qu'il prenait ces conclusions « très au sérieux » et a affirmé qu'en vertu d'un programme d'inspection « systématique et rigoureux », les entreprises devront faire les ajustements nécessaires.

« On n'est pas inquiet de la situation pour la santé des gens, étant donné que le gaz est présent naturellement dans le sol. Il n'y a pas de risque pour la population si le gaz va dans l'air », a déclaré M. Desrochers.

Les audiences publiques du BAPE dans le dossier du gaz de schiste ont pris fin le 24 novembre. L'organisme doit remettre son rapport au ministre québécois de l'Environnement, Pierre Arcand, d'ici le 28 février. Une fois le rapport déposé, le ministre aura 60 jours pour le rendre public.

Avec les informations de La Presse canadienne

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