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Québec bannit la religion des garderies subventionnées

garderies subventionnées
Radio-Canada

L'enseignement religieux sera officiellement proscrit dans les garderies subventionnées du Québec à partir du 1er juin 2011, a annoncé vendredi la ministre de la Famille, Yolande James.

Selon Mme James, cette directive de Québec, en préparation depuis le printemps dernier à la demande de l'ex-ministre Tony Tomassi, régira l'ensemble des activités d'enseignement et d'apprentissage dispensées dans les garderies subventionnées par l'État.

Selon les documents qui accompagnent cette directive de la ministre, les garderies devront s'abstenir de toute activité qui soumet les enfants « de façon répétée à des activités visant à lui inculquer la croyance, le dogme ou la pratique d'une religion spécifique ».

Comment cela se traduira au quotidien?

Élaborée, au dire de la ministre, en collaboration avec des communautés religieuses et dans le respect des lois qui garantissent les libertés d'expression et de religion, cette directive marque la distinction entre la pratique d'une croyance et son enseignement aux enfants.

Par exemple, un ou une éducatrice pourra porter une croix au cou ou un signe religieux.

Cette même éducatrice ne pourra plus par contre inciter les enfants à pratiquer les mêmes rites ou encore inviter des représentants religieux ou des parents dans les murs de la garderie pour y inculquer des enseignements religieux aux enfants.

Les éducateurs de garderies subventionnées ne pourront plus encourager, superviser, faire mémoriser ou réciter des prières, des chants religieux ou des bénédictions aux enfants pendant les heures d'ouverture du service de garde.

Rien à craindre pour les sapins de Noël

La ministre Yolande James a cependant tenu à rassurer les Québécois en ce qui a trait à la préservation dans les garderies de symboles religieux et culturels comme les sapins de Noël, par exemple.

Québec estime qu'environ une centaine de services de garde subventionnés seront touchés à divers degré par cette directive. Il s'agit majoritairement de services de garde de confessions chrétienne, islamique et juive qui initient les enfants à l'enseignement religieux dès leur plus jeune âge.

Le gouvernement du Québec entend procéder à l'embauche d'une quarantaine d'inspecteurs qui s'ajouteront aux 18 déjà en fonction pour veiller à l'application et au respect de la directive dans les établissements.

En cas de refus...

Le établissements qui refuseront de se plier à cette nouvelle directive à partir du 1er juin s'exporseront à des sanctions administratives pouvant aller jusqu'à la suspension de leur subvention de l'État.

En cas de litige, un comité spécial sera chargé par Québec de trancher.

Le PQ se dit déçu

Le Parti québécois est insatisfait des mesures annoncées par Québec. L'opposition officielle soutient que la nouvelle directive de Québec est insuffisante et sera facile à contourner.

La porte-parole péquiste en matière de famille, Carole Poirier, souligne que la mesure n'interdira pas la sélection des enfants en fonction de la religion des parents.

« Cette directive fait en sorte que les enfants qui demeurent à proximité d'un service de garde subventionné à 80 % par les fonds publics pourraient être exclus pour la simple raison que leurs parents ne pratiquent pas la bonne religion ou n'appartiendraient pas au bon groupe ethnique afin de maintenir l'homogénéité. C'est un non-sens. La ministre James a fait un pas en interdisant l'enseignement religieux, mais elle doit pousser sa logique jusqu'au bout et empêcher cette forme de discrimination », a indiqué Carole Poirier.

Un pas dans la bonne direction, mais plusieurs inquiétudes

L'Association québécoise des CPE (AQCPE) a salué les mesures annoncées par Québec. Selon l'AQCPE, les mesures « pourront corriger un bon nombre de situations problématiques existantes ».

« Bien que marginal, ce type de pratiques n'a évidemment pas sa place dans les services de garde éducatifs subventionnés par l'État. La directive vient énoncer clairement ce principe; elle place des balises globalement adéquates pour éviter que des services de garde subventionnés ne soient des lieux de transmission de la foi ou d'apprentissage religieux », dit Hélène Gosselin, présidente de l'AQCPE.

L'Association soutient que la directive laisse toutefois une importante brèche, car « elle ne s'applique pas aux services de garde en milieu familial subventionnés », qui représentent près de la moitié des places dans la province. Elle demande que la situation soit corrigée pour que tous les services de garde subventionnés soient soumis à la même directive.

L'AQCPE soulève également la question de l'admission des enfants et qu'il sera possible pour une garderie de privilégier l'entrée d'enfants sur une base confessionnelle ou ethnique.

L'Association des garderies privées du Québec a elle aussi salué la nouvelle directive. « L'argent de l'État ne devrait pas servir à faire la promotion d'une religion par rapport à une autre » dans les garderies subventionnées, indique Jean-François Belleau, directeur général de l'Association des garderies privées du Québec. Comme l'Association des CPE, M. Belleau s'inquiète toutefois du fait que la mesure ne s'appliquera pas aux garderies en milieu familial subventionnées.

Il dit aussi s'inquiéter de voir que le suivi sur l'application de la directive sera confié à des inspecteurs qui, selon lui, n'ont peut-être pas l'expertise nécessaire pour le faire. « C'est très délicat. Comment les inspecteurs vont-ils être en mesure de tracer la frontière entre ce qui est culturel et ce qui est de nature religieuse? On a des inquiétudes », dit-il.

Avec les informations de La Presse canadienne

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