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Québec bannit la religion des garderies subventionnées et des CPE

Garderie
Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2010 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

La religion sera bannie des garderies québécoises à compter du 1er juin 2011, selon ce qu'a appris La Presse Canadienne.

En vertu de documents obtenus du ministère de la Famille, Québec s'apprête à interdire toute forme d'enseignement religieux ou de propagande dans les Centres de la petite enfance (CPE) et garderies subventionnées.

En préparation depuis le printemps, la directive sur la place de la religion à la garderie, de même que le guide d'application qui l'accompagne, seront rendus publics vendredi, à Montréal, par la ministre Yolande James.

Environ une centaine de services de garde de différentes confessions - chrétiens, islamiques et juifs, dont certains ultraorthodoxes et ouvertement dédiés à initier les tout-petits à leurs dogmes et croyances - sont directement visés par l'initiative gouvernementale. Ils ont donc quelques mois devant eux pour modifier de fond en comble leur programme éducatif.

Les récalcitrants s'exposeront à diverses sanctions, incluant la perte pure et simple de leur subvention, qui couvre la majeure partie des coûts des places à 7 $ par jour.

Les documents précisent de façon explicite et très détaillée ce qui sera désormais permis et interdit, en matière de religion.

« La directive prévoit que les services de garde subventionnés par l'État doivent être exempts d'activités ayant pour objectif l'apprentissage d'une croyance, d'un dogme ou de la pratique d'une religion spécifique », peut-on lire dans le guide d'application de six pages qui sera distribué aux responsables de services de garde à travers tout le Québec.

La notion d'« apprentissage religieux » est définie ainsi: « Le fait qu'un enfant soit soumis de façon répétée à des activités visant à lui inculquer la croyance, le dogme ou la pratique d'une religion spécifique ». Rien n'a été laissé au hasard, incluant les activités de bricolage.

En parallèle, le ministère de la Famille a dû s'appliquer à respecter les Chartes des droits, qui professent la liberté religieuse.

En clair, cela donne ceci : une technicienne en garderie soucieuse d'exprimer sa foi pourra, par exemple, durant ses heures de travail, faire une prière, s'adonner aux chants religieux, voire distribuer des bénédictions sans problème. Un lieu de prière pourra aussi être mis à sa disposition.

Par contre, elle ne pourra plus inciter les enfants à faire de même. Elle ne sera pas davantage autorisée à inviter un parent ou un leader religieux à transmettre sa foi. La présence de rabbins, imams, prêtres ou autres ministres du culte ne sera donc plus bien vue à la garderie.

Les responsables de garderies apprendront qu'il ne sera plus toléré qu'on « encourage, supervise, fasse mémoriser ou réciter une prière, un chant religieux ou une bénédiction afin d'amener les enfants à intégrer une croyance liée à une religion spécifique ».

Cependant, on ne cherchera pas à proscrire certaines « manifestations » d'inspiration religieuse, qu'on pense à une petite fête d'enfants à l'approche de Noël.

Il n'est pas non plus question de forcer les garderies à décrocher le crucifix ou tout autre objet religieux des murs d'une garderie, en autant qu'il ne serve pas à quelque forme d'activité pédagogique que ce soit.

La directive vise aussi à éviter toute forme de discrimination religieuse: un responsable de garderie ne pourra pas refuser une place à un enfant, sous prétexte que lui ou ses parents ne pratiquent pas la « bonne » religion.

Il reste à savoir si la nouvelle orientation sera respectée et appliquée. À cette fin, le ministère est en train de procéder à l'embauche d'une quarantaine d'inspecteurs, qui s'ajouteront aux 18 déjà en fonction. Ils recevront tous une formation spéciale destinée à les rendre aptes à déceler les manquements à la directive.

Un comité spécial tranchera les cas litigieux. Certaines garderies appartiennent à des leaders ou organismes religieux ou sont dirigées par eux. Ils pourront les conserver, en autant qu'ils adaptent leur programme éducatif aux nouvelles exigences.

Pour l'heure, après avoir mené au cours des derniers mois une série de consultations auprès des premiers intéressés, Québec ne s'attend pas à ce que sa directive soit défiée ou contestée en cour, a-t-on appris.

Certains ont quand même dit craindre l'arrivée d'une « police religieuse ».

La nouvelle directive gouvernementale fait suite à un reportage de La Presse Canadienne, en mars dernier, qui révélait que des leaders islamiques et juifs, certains ultraorthodoxes, dirigeaient des garderies subventionnées qui servaient à dispenser leurs dogmes aux tout-petits.

Peu après, en avril, le ministre de l'époque, Tony Tomassi, avait dit qu'une directive viendrait mettre un terme à cette pratique.

Presse canadienne

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