•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Les Yes Men, activistes par le canular

Les Yes Men, Mike Bonanno et Andy Bichlbaum

Les Yes Men, Mike Bonanno et Andy Bichlbaum

Photo : Vincent Grou

Vincent Grou

Il y a un an, le Canada était l'objet d'un canular, à Copenhague, dans le cadre du sommet de l'ONU sur les changements climatiques.

Un faux communiqué du ministère de l'Environnement annonçait un virage majeur en matière de réduction des gaz à effet de serre. La nouvelle était reprise par un faux article du Wall Street Journal, avant qu'un faux démenti en ligne du ministère ne vienne semer la confusion encore davantage. Sans compter un faux compte Twitter du ministre Jim Prentice ainsi qu'un faux site de la conférence de Copenhague, d'un réalisme à s'y méprendre.

Il s'agissait d'un coup des Yes Men, duo d'activistes formé d'Andy Bichlbaum et de Mike Bonanno, qui se spécialise dans l'imposture pour véhiculer un message qui dénonce certaines pratiques de grandes entreprises et de gouvernements.

La multinationale de l'électronique Apple et le géant pétrolier Chevron ont récemment été l'objet de faux sites web à leur image.

Leur coup le plus fumant est certainement d'avoir fait passer Andy Bichlbaum pour un porte-parole de Dow Chemical et d'être allé annoncer, sur les ondes de BBC World (Nouvelle fenêtre), que Dow s'engageait à indemniser les victimes de l'explosion d'une usine d'Union Carbide, survenue en 1984, à Bhopal, en Inde. À la suite de cette annonce, l'action de Dow avait chuté en bourse.

« Les Yes Men réparent le monde »

Affiche du film The Yes Men Fix The WorldAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Affiche du film The Yes Men Fix The World (détail)

Photo : http://theyesmenfixtheworld.com/

Lundi soir, les Yes Men étaient à Montréal dans le cadre d'une projection de leur plus récent documentaire, The Yes Men Fix the World (2009), événement organisé par Cinema Politica, à l'Université Concordia. Mike Bonanno a conduit de Brooklyn dans la tempête, tandis qu'Andy Bichlbaum arrivait de San Francisco.

Une foule enthousiaste et conquise de quelque 600 personnes s'est délectée de les voir, à l'écran, se faire une fois de plus passer pour des représentants de Dow Chemical qui expliquent la différence entre de bons et de mauvais squelettes dans le placard. On les voit également, lors d'une conférence de l'industrie du pétrole, à Calgary, prétendre être des représentants d'Exxon qui dévoilent un nouveau carburant, fait à partir des restes des victimes des changements climatiques. Lors d'une conférence devant des gens de l'industrie de l'assurance, c'est en tant que faux porte-parole de l'américaine Halliburton qu'ils présentent un absurde costume gonflable de survie, qui résiste aussi bien aux attaques terroristes qu'aux pires intempéries.

L'union fait la force

Lors de la période de questions, après le film, ils invitent les gens qui souhaitent militer à leur manière, par le canular, à se mobiliser et à entrer en contact avec eux. C'est d'ailleurs l'un des objectifs du Yes Lab, ateliers qu'ils ont mis sur pied afin d'enseigner leur façon de faire aux organisations militantes et de multiplier les actions à l'endroit de l'industrie et du pouvoir.

Quelqu'un leur demande ce qu'ils font pour éviter d'être poursuivis. « Rien, répondent-ils, au contraire, nous souhaitons être poursuivis, cela attire de l'attention sur ce que nous dénonçons ». Jusqu'à présent, seule la Chambre de commerce des États-Unis a intenté une poursuite à leur endroit, à la suite d'une fausse conférence de presse, en octobre 2009. La cause est toujours devant les tribunaux.

De quoi vivent-ils? Les deux ont un « emploi de jour », M. Bichlbaum enseigne à l'institut de design Parsons, tandis que M. Bonanno est professeur au Rensselaer Polytechnic Institute, à New York. Ils tirent également des revenus des conférences qu'ils donnent (les vraies!) ainsi que de la vente de leurs articles promotionnels.

Nous avons des emplois de classe moyenne. Nos aventures sont de l'écotourisme.

Mike Bonanno

Que répondent-ils aux critiques qui les accusent d'éclabousser les grandes entreprises, sans toutefois aller plus loin? « Notre but n'est pas d'engager le dialogue avec les compagnies, dit Andy Bichlbaum. Nous faisons d'abord nos coups parce que cela fait rire l'auditoire. Après, on espère que les gens ressentiront une urgence d'agir ».

Comment font-ils pour garder leur sérieux pendant leurs impostures? « Pendant une fausse conférence, il n'y a aucune raison de rire, explique Mike Bonanno. Nous ressentons plutôt de la peur et de l'anxiété. Pouffer de rire pourrait même nous faire paraître plus authentique, ajoute-t-il. Pour les gens qui assistent à la conférence, vous êtes vraiment la personne qu'ils croient avoir devant eux. Ce n'est pas comme le jeu d'acteur, où vous avez à convaincre le public que vous êtes quelqu'un d'autre. Vous êtes ce quelqu'un d'autre ».

Sur Internet, l'utilisateur a beaucoup de pouvoir. Comment cela facilite-t-il la diffusion de leur message? « Le citoyen aussi a beaucoup de pouvoir, répond Andy Bichlbaum. Il peut faire changer le système. Nous ne sommes pas que des utilisateurs ou des consommateurs, nous sommes des citoyens. Les compagnies peuvent trouver un moyen de faire de l'énergie propre, si c'est ce que nous voulons. Là réside notre réel pouvoir ».

Oui, Internet, c'est bien, mais les gens militaient bien avant son invention. Internet n'est rien d'autre qu'un outil de plus dans une longue lignée d'outils utilisés pour attirer l'attention sur des causes importantes.

Andy Bichlbaum

Écoutez la période de questions au complet (en anglais)

Entrevue avec Andy Bichlbaum

Après la discussion avec le public, le très sollicité Andy Bichlbaum a pris quelques minutes pour répondre, en français, aux questions de Radio-Canada.ca.

Au menu, entre autres, le Yes Lab, le coup de Copenhague (orchestré de concert avec la Canadian Youth Delegation), les canulars qui tombent un peu à l'eau, comme ce fut un peu le cas de celui à l'endroit d'Apple, et WikiLeaks.

Au sujet de WikiLeaks, Andy Bichlbaum se dit un « fan ». Le site qui diffuse de façon anonyme des documents confidentiels est selon lui « une idée géniale, très simple [...] qui rend le pouvoir plus transparent ».

Écoutez l'entrevue