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Julian Assange : héros ou ennemi public?

Laila Maalouf 


Traité tour à tour de héros, d'anarchiste et de terroriste, le fondateur de WikiLeaks se plaît à entretenir le mystère autour de sa personne.

Dans une entrevue publiée en juillet 2010 par le magazine américain Time, Julian Assange se décrit comme un journaliste, éditeur et inventeur.

Interrogé de nouveau sur son statut de journaliste au début de décembre 2010 par un internaute sur le site du quotidien britannique The Guardian, cet ardent défenseur de la transparence a répondu qu'il n'était « pas nécessaire » d'en débattre. « Même si j'écris encore, j'effectue des recherches et je mène des enquêtes, mon rôle est principalement celui d'un éditeur qui organise et guide d'autres journalistes », a-t-il précisé.

Mais qui est ce personnage énigmatique, surnommé par certains le « Robin des bois du piratage informatique »?

Julian Assange lors d'une conférence de presse à Londres, peu de temps après la diffusion de documents sur la guerre en Irak (23 octobre 2010)Julian Assange lors d'une conférence de presse à Londres, peu de temps après la diffusion de documents sur la guerre en Irak (23 octobre 2010) Photo : PC / AP/Lennart Preiss

Les années pré-WikiLeaks

Né en 1971 en Australie, Julian Paul Assange mène une vie nomade avec sa mère. Dès l'âge de 16 ans, il se livre à du piratage informatique sous le pseudonyme Mendax (noble menteur, en latin), parvenant même à s'infiltrer dans le système de la compagnie canadienne Nortel.

En 1991, il se fait arrêter et plaide coupable à quelque 25 accusations de piratage informatique, en Australie.

Julian Assange a étudié la physique et les mathématiques à Melbourne, sans terminer ses études. Il est coauteur de livres traitant de piratage informatique et a travaillé, durant les années 1990, à titre de consultant informatique. Il aurait notamment participé à l'invention d'un système de protection de données sensibles.

À 18 ans, Julian Assange est devenu père d'un garçon, Daniel. Selon la mère du fondateur de WikiLeaks, cité par le quotidien australien Herald Sun son fils s'est grandement distancé de sa famille au cours des dernières années pour préserver leur sécurité.

Une « organisation médiatique à but non lucratif »

Le site WikiLeaks a été officiellement lancé en 2007, mais n'a jamais eu de bureau fixe. En 2009, il a remporté le prix « Nouveaux médias » d'Amnistie internationale pour avoir divulgué des documents sur des meurtres commis par la police kényane.

Julian Assange a révélé au magazine Time avoir tenté, avec WikiLeaks, de créer un système qui résout le problème de la censure de la presse et des informateurs dans le monde. Il a toujours cru que l'organisation, dont les membres, selon lui, s'intéressent aux questions de justice plutôt que de sécurité nationale, jouerait un « rôle mondial ».

Il ne perçoit aucun salaire de WikiLeaks et refuse de discuter de ses investissements.

Les membres de cette « organisation médiatique à but non lucratif », comme elle se définit elle-même sur son site, sont pour la plupart inconnus.

Julian Assange, lors d'une rencontre entre le département d'État américain et des ONG, à Genève (5 novembre 2010)Julian Assange, lors d'une rencontre entre le département d'État américain et des ONG, à Genève (5 novembre 2010) Photo : AFP / Fabrice Coffrini

Le quotidien New York Times a parlé avec des douzaines de personnes qui ont travaillé avec Julian Assange en Islande, en Allemagne, en Suède, en Grande-Bretagne et aux États-Unis.

Si le fondateur est décrit par ses pairs comme un personnage charismatique et innovateur, sa notoriété grandissante l'aurait rendu, selon certains, autoritaire, excentrique et capricieux.

Au printemps 2011, plusieurs collaborateurs auraient pris leurs distances avec le fondateur. La députée islandaise Birgitta Jonsdottir, et proche partenaire de Julian Assange, a signifié son désaccord avec la décision de ce dernier de publier les documents sur l'Afghanistan sans cacher les noms de toutes les sources.

L'Allemand Daniel Domscheit-Berg, un porte-parole du site qui utilisait le pseudonyme Daniel Schmitt, a lui-même quitté l'organisation en septembre 2010. Il avait été suspendu pour avoir dit à Julian Assange qu'il se conduisait « comme un empereur ».

Avec l'ex-membre islandais Herbert Snorrason et d'autres dissidents (qui reprochent à Julian Assange de ne pas respecter suffisamment la confidentialité des sources et de bâtir un culte autour de sa personnalité), Daniel Domscheit-Berg a annoncé, le 10 décembre 2010, le lancement prochain d'un site concurrent à WikiLeaks.

Le site OpenLeaks.org, encore en construction, ne publiera pas sur Internet, selon ses membres fondateurs. Il permettra plutôt à des médias partenaires de recevoir des informations de sources anonymes.

Sur le site du Guardian, Julian Assange a affirmé avoir voulu, au départ, que « l'organisation n'ait pas de visage parce qu'[il] ne voulait pas que les ego jouent un rôle dans ses activités ».

Mais la curiosité grandissante autour de l'identité des membres de WikiLeaks l'a poussé à sortir de l'ombre. « En fin de compte, quelqu'un doit être responsable, et seule une direction qui est prête à faire preuve de courage peut réellement montrer que les sources prennent des risques pour le bien commun », a-t-il écrit.

Si le journalisme est bon, il est controversé de nature. C'est le rôle du vrai journalisme de s'attaquer aux abus des puissants.

Julian Assange, faisant référence à la divulgation de documents sur la guerre en Afghanistan (The Guardian, été 2010)

L'homme traqué

Le 30 novembre 2010, l'organisation internationale de police Interpol émet une « notice rouge » contre Julian Assange, qu'elle veut arrêter pour l'interroger après qu'un mandat d'arrestation international pour viol a été lancé par la Suède.

La même journée, l'ancien conseiller politique du premier ministre Stephen Harper, Tom Flanagan, déclare, sur les ondes de CBC, que Julian Assange devrait être assassiné. Plusieurs personnalités politiques se rangent contre le fondateur de WikiLeaks, l'accusant notamment de cyberterrorisme.

En juillet dernier, Julian Assange avouait disposer de quatre bases dans le monde où il peut se sentir en sécurité, c'est-à-dire bénéficier d'un soutien politique fort.

Julian Assange emmené au tribunalJulian Assange emmené au tribunal (7 décembre 2010) Photo : PC / Stefan Rousseau

Il est néanmoins arrêté le 7 décembre, relativement aux accusations de viol en Suède. Selon un de ses avocats, Julian Assange se serait lui-même livré à la police pour clamer son innocence, soutenant qu'il est victime d'un complot du Pentagone.

Détenu depuis son arrestation, Julian Assange est libéré le 16 décembre 2010, après avoir versé une caution de 200 000 livres (318 000 $). Le 24 février 2011, un tribunal britannique a donné son feu vert à l'extradition de Julian Assange vers la Suède. Ses avocats ont porté cette décision en appel le 3 mars.

En juillet, la haute cour de Londres décide de reporter à une date inconnue la décision d'extrader Assange.

Au début septembre, WikiLeaks met à exécution sa menace de publier en version non expurgée la totalité des quelque 250 000 télégrammes diplomatiques du département d'État américain en sa possession.

La décision de WikiLeaks est aussitôt critiquée par plusieurs des médias qui avaient collaboré par le passé avec Julian Assange pour la diffusion d'informations en sa possession.

À la mi-septembre, aux prises avec des problèmes financiers, WikiLeaks met aux enchères sur eBay plusieurs objets liés à son fondateur, Julian Assange, dans le but d'amasser des fonds.

À la fin septembre, Julian Assange critique vertement la publication d'une ébauche de ses mémoires par la maison d'édition britannique Canongate. Le livre, dit-il, n'est qu'une « version erronée et non terminée d'un brouillon ».

Société