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La compétition dans le sang

Mikaël Kingsbury

Mikaël Kingsbury

Photo : Association canadienne de ski acrobatique

Radio-Canada

Il a pour idole Dale Begg-Smith. Mais il est loin d'afficher son arrogance. Vrai que Mikaël Kingsbury ne possède pas encore le palmarès de l'Australien d'origine canadienne, mais son remarquable talent devrait remédier à la situation avant longtemps.

Peu impressionné par la présence de son idole ou par toutes les autres grosses pointures du circuit, le Québécois s'est fait un nom dès ses premiers virages en Coupe du monde. Deux 4es places pour conclure la saison lui ont valu le titre de recrue de l'année en ski acrobatique de la Fédération internationale de ski (FIS), après seulement cinq épreuves.

« Je ne m'attendais pas à ça en arrivant en Coupe du monde à 17 ans. J'ai vu que j'étais capable de compétitionner avec les grands. Depuis que je suis jeune que je les regardais quand ils venaient au mont Gabriel. C'était mes idoles », avoue le vice-champion canadien des bosses.

Avant de frôler le podium, il avait signé une 15e position après un baptême on ne peut plus formateur aux deux Coupes du monde de Calgary...

« Il est sorti de sa zone. Il a voulu trop en faire. Il s'est dit : "Je m'essaie pour la victoire." Sauf qu'il a commis des erreurs de débutant. Je ne l'avais jamais vu faire ça. Chaque fois, il a chuté après son premier saut », explique Michel Hamelin, son ancien entraîneur dans l'équipe de développement et nouveau mentor d'Alexandre Bilodeau.

Sauf que cette petite erreur de parcours s'est avérée salutaire pour Kingsbury.

« Je me suis mieux concentré par la suite. J'ai regardé comment les skieurs faisaient pour passer où j'avais de la misère. Je me suis ouvert les oreilles et j'ai écouté les entraîneurs parler aux grands. Je ne sais pas ce qui s'est passé, mais c'est de là que tout est parti. Après ça, ça a débloqué », raconte la nouvelle recrue de l'équipe senior.

Du jamais vu en Nor-Am

Mikaël Kingsbury

Mikaël Kingsbury

Photo : AFP / Javier Soriano

Débloqué, et de quelle façon? Entre les Coupes du monde de Calgary au début janvier et la suivante à la mi-mars à Åre (Suède), le bosseur de 18 ans a réalisé une première historique en Coupe Nor-Am... cinq victoires en huit courses, du jamais vu. En plus d'une 3e et d'une 4e places qui l'ont sacré champion du circuit nord-américain.

Des résultats qui l'ont fait monter dans l'équipe nationale après une année seulement dans celle de développement et qui font que ses propres coéquipiers le considèrent déjà comme une menace.

« Moi, je me concentre pour être le meilleur sur la piste. Il y a d'autres athlètes à battre, il y a beaucoup de jeunes qui poussent, dont un jeune Canadien Mikaël Kingsbury », a dit Alexandre Bilodeau avant de partir pour la première Coupe du monde en Finlande.

« C'est le meilleur qui est arrivé dans le sport de tous les temps. J'ai vu arriver Begg-Smith, Bloom (Jeremy), Bilodeau, et Mikaël est encore mieux outillé. Il est plus mature et a plus de volonté. Je peux m'en aller la tête tranquille », affirme le vétéran Pierre-Alexandre Rousseau qui prendra sa retraite au terme de la saison.

Mentalement sur la coche...

De tels commentaires auraient de quoi faire fondre votre humilité, surtout à l'aube de la majorité.

« Difficile à concevoir que Mikaël va s'enfler la tête », assure Hamelin.

« Mentalement, je n'ai jamais vu un jeune sur la coche comme ça », ajoute Rousseau.

Donc, impression confirmée. Parce que c'est justement sa modestie et son calme qui nous ont marqués à notre première rencontre.

Peu de chance alors que Kingsbury devienne aussi antipathique que le double médaillé olympique (or à Turin et argent à Vancouver) et quadruple gagnant du petit globe de cristal en bosses. C'est plutôt son ski qui l'accroche.

Mikaël Kingsbury

Mikaël Kingsbury

Photo : Association canadienne de ski acrobatique

« Quand j'étais jeune, j'ai toujours voulu skier comme Dale Begg-Smith. Quand il a commencé (en Coupe du monde), j'avais 12 ans. Ça a toujours été un modèle en ski, soutient le skieur de Deux-Montagnes. J'aime sa façon de skier. Il est fluide, il a un style différent des autres. J'essayais d'apprendre de lui quand j'étais jeune. »

Perfectionniste et soucieux du détail, Kingsbury n'a pas seulement épié les moindres gestes de son modèle lors de son passage au mont Gabriel, mais il passe de nombreuses heures à décortiquer des vidéos des meilleurs pour peaufiner son art.

Coup de veine en plus, Begg-Smith lui a même prodigué quelques conseils il y a deux ans à Whistler.

« Il a toujours été gentil avec moi. Encore aujourd'hui, on est en contact. On se parle un peu. C'est un bon gars aussi. Mais c'est sûr que maintenant, c'est un compétiteur. Et s'il se prend contre P.-A. ou Alex, je vais prendre pour mon équipe. »

Pour l'instant, le cadet d'une famille de trois bosseurs (l'aîné Maxime a déjà fait partie de l'équipe du Québec et la benjamine Audrey, elle, est maintenant membre de l'équipe du Québec) n'a pas encore atteint la finesse de Begg-Smith sur la neige.

Accro de trampoline, c'est avec les sauts que Kingsbury marque des points, les mêmes (1080 et un périlleux avec double vrille) qui avaient permis à Bilodeau de se qualifier pour les Jeux olympiques de Turin à sa première année dans l'équipe canadienne.

Il a beaucoup travaillé avec l'ancien champion de sauts Nicolas Fontaine. L'été dernier, par contre, la vitesse et la technique ont pris le dessus, question d'augmenter ses chances de gagner une médaille et « de battre Begg-Smith et Bilodeau ».

Soif de victoire... en 2014

Mikaël Kingsbury

Mikaël Kingsbury

Photo : La Presse canadienne / Jonathan Hayward

Alors, Kingsbury a bien hâte de voir si les efforts porteront leurs fruits à Ruka, première Coupe du monde de la saison.

« Je veux garder le rythme de l'année passée. J'aimerais ça finir dans le top 10 en Coupe du monde et faire une couple de podiums, confie l'étudiant en sciences humaines. Je suis passé proche deux fois et je vois que c'est réalisable. Je suis dans la cour des grands maintenant. C'est comme un rêve de jeunesse. »

La soif de victoire dévore cet hyper compétitif depuis qu'il a délaissé la version alpine pour se concentrer sur les bosses, quand il était âgé de 8 ans.

« J'ai ça dans le sang, la compétition. »

À long terme, son rêve est de suivre les traces de Begg-Smith et de Bilodeau, c'est-à-dire de gagner une médaille à Sotchi, et d'or de préférence. Et son inexpérience olympique ne pourra même pas jouer contre lui, puisque la fièvre des Jeux, il connaît déjà... il a agi comme ouvreur de piste à Cypress Mountain.

« Reste à avoir la petite coche de plus pour la préparation, mais je sais déjà c'est quoi l'ambiance. Je suis prêt », lance-t-il avec confiance.

« Selon ses résultats comme ouvreur de piste, il aurait fini 6e des qualifications, affirme Hamelin qui avait déjà remarqué les aptitudes indéniables du jeune surdoué lors d'un camp d'entraînement à Whistler il y a une dizaine d'années. C'est très, très prometteur pour les quatre prochaines années. »

En effet!