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Ottawa ne s'avance pas après la condamnation de Khadr

Lawrence Cannon, ministre des Affaires étrangères du Canada
Lawrence Cannon, ministre des Affaires étrangères du Canada
Radio-Canada

Le gouvernement canadien n'a pas l'intention d'intervenir pour le moment pour ramener Omar Khadr au Canada, tandis que la peine imposée au Canadien par un tribunal de Guantanamo suscite les réactions attendues du gouvernement américain et de ceux qui défendaient Khadr.

Le gouvernement du Canada n'a pas tardé à réagir à la peine imposée dimanche à Omar Khadr par un tribunal militaire d'exception à Guantanamo. Khadr a été condamné à 40 ans de prison supplémentaires, mais n'en purgera que huit en vertu d'une entente conclue entre ses avocats et ceux du gouvernement américain.

Dans un communiqué, le ministre canadien des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, a déclaré que le Canada n'était jamais intervenu dans les tractations entre les avocats de Khadr et le gouvernement américain. Il a ajouté qu'il n'était pas plus question de le faire maintenant, parce qu'il s'agit d'une affaire qui concerne uniquement Omar Khadr et les États-Unis.

Il incombe aux autorités américaines de déterminer une peine adéquate. Il s'est reconnu coupable du meurtre de Christopher Speer, infirmier de l'armée américaine; de tentative de meurtre; d'avoir été membre d'Al-Qaïda; d'avoir posé des bombes en bordure de route et, enfin, de s'en être pris sciemment à des civils.

Communiqué de Lawrence Cannon, ministre canadien des Affaires étrangères

Le ministre Cannon a ajouté que Khadr n'avait pas encore fait de demande de transfert en vertu de la Loi sur le transfèrement international des délinquants, et qu'Ottawa n'allait pas spéculer sur la suite des choses. M. Cannon a indiqué qu'Omar Khadr serait traité comme tout autre Canadien s'il fait une demande pour revenir au Canada.

Réactions à Guantanamo

Le capitaine John Murphy, procureur du tribunal militaire ayant condamné Omar KhadrLe capitaine John Murphy, procureur du tribunal militaire ayant condamné Omar Khadr

De son côté, le Pentagone a salué cette condamnation en parlant du « message » qu'elle représente. « Cela envoie le message à tout terroriste que si vous êtes impliqué dans des crimes aussi sérieux, pour courrez le risque d'écoper d'une peine très sérieuse », a déclaré le procureur du tribunal militaire, le capitaine John Murphy.

La veuve du soldat américain qu'Omar Khadr a reconnu avoir tué, Tabitha Speer, a accueilli la nouvelle comme un soulagement. « Il s'agit d'une victoire non seulement pour ma famille, mais pour des centaines de familles, parce que je représente, d'une certaine manière, plusieurs familles qui ont perdu des êtres chers », a déclaré Mme Speer.

Dennis Edney, avocat civil d'Omar KhadrDennis Edney, avocat civil d'Omar Khadr

L'avocat civil d'Omar Khadr, Dennis Edney, est loin de partager le même avis. « Il y a plus de 1200 soldats américains qui ont perdu la vie en Afghanistan, et nous avons fait payer un garçon de 15 ans pour cela », a lancé l'avocat.

Réaction du Bloc québécois

De son côté, le porte-parole du Bloc québécois en matière d'affaires étrangères, Jean Dorion, a martelé qu'Omar Khadr était un enfant-soldat en vertu du Protocole facultatif à la Convention relative aux droits de l'enfant, adopté en 2000 par l'Assemblée générale des Nations unies.

M. Dorion a rappelé que la famille d'Omar Khadr l'avait amené en Afghanistan et au Pakistan à l'âge de 10 ans, et qu'il avait été capturé à l'âge de 15 ans, lors du combat pendant lequel il a avoué avoir tué le soldat américain Christopher Speer.

Jean Dorion, porte-parole du Bloc québécois en matière d'affaires étrangèresJean Dorion, porte-parole du Bloc québécois en matière d'affaires étrangères

Le Bloc québécois, d'ajouter Jean Dorion, continuera de réclamer le rapatriement d'Omar Khadr. M. Dorion a rappelé les jugements des Cours fédérale et d'appel qui estimaient qu'Ottawa avait le devoir de le ramener au Canada.

Il a aussi mentionné le jugement de la Cour suprême, en janvier dernier, qui, s'il reconnaissait la pleine compétence du gouvernement en matière d'affaires étrangères, affirmait du même coup que les droits du prisonnier avaient été bafoués lors d'interrogatoires auxquels ont participé des agents du Service canadien du renseignement de sécurité, en 2003.

Je ne suis pas là pour faire un héros d'Omar Khadr, je pense qu'il a été une victime, cependant.

Jean Dorion, porte-parole du Bloc québécois en matière d'affaires étrangères

Jean Dorion a finalement souligné que le non-respect d'ententes internationales pourrait avoir joué un rôle dans l'échec récent du Canada à se faire élire au Conseil de sécurité de l'ONU.

Réaction d'Avocats sans frontières

Pascal Paradis, directeur général d'Avocats sans frontières CanadaPascal Paradis, directeur général d'Avocats sans frontières

En entrevue au RDI, le directeur général de l'organisme Avocats sans frontières Canada, Pascal Paradis, a dit considéré qu'Omar Khadr n'avait pas eu droit à un procès juste et équitable.

Parlant de l'attitude du gouvernement canadien, il a dit trouver dommage que ce dossier n'ait été qu'une « succession de violations des normes parmi les plus fondamentales et les plus importantes qui régissent nos sociétés, notamment le respect de l'État de droit ».

Il a rappelé que des lois canadiennes qui s'appliquaient à Omar Khadr, comme la Charte des droits et libertés, et des conventions internationales, comme celle sur les droits de l'enfant, n'avaient pas été observées. Ainsi, il considère que l'accusé n'a pas pu bénéficier des principes qui s'appliquent à tous les Canadiens.