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Le référendum californien inquiète l'Amérique latine

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2010 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Dix pays latino-américains, dont la Colombie et le Mexique, sont inquiets quant à la possibilité que la Californie légalise la marijuana le 2 novembre. Les États-Unis, disent-ils, ne peuvent à la fois pénaliser et légaliser la drogue.

La possibilité que la Californie légalise la marijuana soulève des inquiétudes en Amérique du Sud. Plusieurs dirigeants latino-américains réunis mardi en Colombie se sont demandé comment les États-Unis pouvaient promouvoir la lutte antidrogue à l'étranger tout en l'autorisant, ne serait-ce que partiellement, sur leur territoire.

Les présidents mexicain et colombien, Felipe Calderon et Juan Manuel Santos.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Les présidents mexicain et colombien, Felipe Calderon et Juan Manuel Santos.

Photo : AFP / Eitan Abramovich

L'État le plus populeux des États-Unis n'autorise pas encore la vente de marijuana, mais cela pourrait changer au lendemain du 2 novembre, jour où les électeurs sont conviés aux urnes pour les élections de mi-mandat. Ils devront alors se prononcer sur la proposition 19.

Cette question référendaire propose de permettre aux adultes de plus de 21 ans de posséder jusqu'à 28 grammes de marijuana. Les jardins de marijuana d'une superficie maximale de 2,3 mètres carrés seraient aussi autorisés. Il reviendrait aux villes et aux comtés d'autoriser la vente légale de la drogue, et de déterminer la taxe qui s'appliquerait.

Cette affaire a été au coeur de la rencontre du groupe de Tuxtla, un organisme de coopération régionale rassemblant le Mexique, la Colombie et huit autres pays d'Amérique latine (Costa Rica, El Salvador, Guatemala, Honduras, Nicaragua, Panama, Bélize, République dominicaine).

Dans une déclaration finale publiée à l'issue de leur sommet, tenu à Carthagène, le groupe affirme que « les États-Unis ne peuvent à la fois promouvoir la pénalisation de ce type d'activités dans d'autres pays et autoriser la légalisation ouverte ou voilée de la production de drogues sur leur propre territoire ».

Le président mexicain Felipe Calderon, qui livre une guerre sans merci aux cartels de la drogue, a martelé le même message. « L'appel lancé est une alerte et une manifestation d'inquiétude face à l'initiative locale visant à légaliser la marijuana. Il évoque une exigence de cohérence [...] dans cette affaire de la part des États-Unis, car on ne peut pas à la fois pénaliser et légaliser », a-t-il insisté.

« Il est confondant pour nos peuples de voir que pendant que nous perdons des vies et investissons des ressources pour combattre le trafic de drogues, des initiatives comme le référendum de Californie sont promues dans les pays consommateurs », affirme pour sa part le président colombien Juan Manuel Santos.

« Si nous n'agissons pas de façon systématique dans ce dossier, si nous envoyons nos citoyens en prison alors que sous d'autres latitudes le marché est légalisé, alors nous devrions nous demander : le temps n'est-il pas venu de réviser notre stratégie globale envers les drogues? », se demande-t-il.

Washington se fait rassurant

M. Santos a discuté de cette affaire lundi avec le secrétaire d'État adjoint James Steinberg. Ce dernier a confirmé que Washington s'opposait à la légalisation de la marijuana et a promis de maintenir la coopération antidrogue avec la Colombie.

Le secrétaire d'État adjoint James Steinberg a visité Medellin lors de son passage en Colombie.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le secrétaire d'État adjoint James Steinberg a visité Medellin lors de son passage en Colombie.

Photo : AFP / Raul Arboleda

L'administration Obama avait déjà fait savoir qu'elle évaluait ses options en vue d'une éventuelle victoire des partisans de la proposition 19. La loi fédérale américaine établit que la marijuana est une drogue illégale.

Le groupe de Tuxtla ne représente pas l'ensemble de la classe politique latino-américaine. Dans le passé, des gouvernements brésilien, mexicain et colombien ont proposé de dépénaliser partiellement la marijuana.

Arlene Tickner, enseignante en relations internationales à l'Université des Andes, à Bogota, croit cependant que les conséquences d'une légalisation de la marijuana en Californie sur la lutte antidrogue dans la région seraient minimes.

« L'impact d'une légalisation serait surtout symbolique », a-t-elle déclaré à l'AFP. Mme Tickner cite des études selon lesquelles, il serait « nul ou très faible » pour les cartels de la drogue mexicains, la marijuana ne représentant qu'une petite portion des bénéfices qu'ils tirent du trafic de drogue.

Soros appuie la légalisation

Le milliardaire américain George Soros a versé un million de dollars à la campagne d'appui à la proposition 19. La somme versée a été confirmée à l'AFP par l'association Drug Policy Alliance, qui milite pour la dépénalisation des drogues.

M. Soros avait déjà annoncé son soutien à la Proposition 19 mardi, dans les pages du Wall Street Journal, mais sans le chiffrer. L'adoption de la proposition 19, affirme-t-il, constituerait « un grand pas en avant et ses faiblesses pourraient être corrigées avec l'expérience ».

« Réguler et taxer la marijuana pourrait à la fois faire économiser aux contribuables les millions de dollars dépensés en forces de l'ordre et en coûteuses incarcérations, et rapporter des milliards de dollars chaque année », plaide-t-il.

George Soros assure que l'adoption de la proposition 19 « réduira la délinquance, la violence et la corruption liées au marché de la drogue, ainsi que les violations des libertés civiles et des droits de l'homme que constituent l'arrestation d'un grand nombre de personnes respectueuses de la loi. Les policiers pourraient désormais se consacrer aux délits graves », soutient-il.

Selon un sondage de la Public Policy Institute of California, la proposition 19 recueille l'appui de 44 % des électeurs.

Avec les informations de Agence France-Presse, et Reuters

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