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Moratoire sur le développement gazier en Pennsylvanie

L'industrie du gaz de schiste en Pennsylvanie

(archives)

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2010 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Le moratoire partiel décrété par l'État américain sur les bails pour du développement gazier suscite plusieurs réactions positives au Québec, dont celle du Parti québécois qui déposera un projet de loi réclamant l'arrêt du développement du gaz de schiste.

La Pennsylvanie vient d'imposer un moratoire sur le développement du gaz de schiste sur ses terres publiques. Le gouverneur Edward Rendell a signé un décret, mardi, en vertu duquel l'État n'émettra plus de bails pour du développement pétrolier ou gazier sur les territoires appartenant à son département de la Conservation et des Ressources naturelles.

Cela signifie qu'un territoire de quelque 900 000 hectares (9712,5 kilomètres carrés, soit 8 % du territoire de l'État) est désormais hors de portée pour les sociétés pétrolières et gazières. L'an dernier, le gouvernement avait permis le développement gazier en octroyant des baux dans environ 280 000 hectares (2832,8 kilomètres carrés) de parcs et de forêts d'État. La décision d'aujourd'hui ne s'applique qu'au développement futur sur les terres publiques.

Même si la portée de ce moratoire est relativement limitée et que celui-ci n'empêche pas les compagnies gazières de travailler sur les terres privées, cette décision a été applaudie dans les milieux écologistes québécois. « La Pennsylvanie vient de poser un geste de protection de l'environnement après avoir été confrontée à de nombreux problèmes liés à l'exploration et l'exploitation des gaz de schiste », a indiqué par courriel Daniel Breton, qui dirige le groupe Maîtres chez nous 21e siècle (MCN-21).

Selon M. Breton, « le gouvernement du Québec devrait tirer une leçon des erreurs faites en Pennsylvanie et poser le seul geste responsable en décrétant lui aussi un moratoire » sur les activités gazières, le temps qu'une vaste étude sur l'exploitation des schistes gazéifères aux États-Unis soit conclue par l'Agence de protection de l'environnement (Environmental Protection Agency ou EPA).

Le président de l'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique, André Bélisle, indique pour sa part que l'image de la Pennsylvanie, perçue comme l'un des États les plus favorables à l'exploitation des schistes gazéifères, est en train de changer : « Ils jugent maintenant nécessaire de faire la lumière sur les impacts environnementaux principaux, l'eau d'abord mais aussi les émissions de procédés, les fuites et le transport », a-t-il indiqué par courriel à Radio-Canada.

Un moratoire pourrait être positif pour l'industrie

L'industrie, de son côté, juge que le Québec n'a pas besoin d'imiter la Pennsylvanie puisque la loi interdit déjà l'exploitation d'hydrocarbures dans la plupart des aires protégées, notamment les parcs fédéraux et nationaux québécois, les réserves de biodiversité et les réserves écologiques. « Il est même interdit de faire un forage horizontal qui passerait sous le territoire protégé », a précisé Vincent Perron, coordonnateur pour le Québec chez Talisman Energy, la plus importante société gazière active dans les basses-terres du Saint-Laurent.

La question d'un moratoire reviendra cependant sur le tapis mercredi. Le porte-parole du Parti québécois en matière de Mines, Scott McKay, déposera à l'Assemblée nationale un projet de loi réclamant l'arrêt de toute exploration et exploitation du gaz de schiste au Québec. Selon nos informations, le projet de loi de M. McKay ne permettra pas aux entreprises gazières de réclamer des compensations au gouvernement en cas de moratoire. Cependant, il allongerait la durée des permis de recherche de ces entreprises pour une durée correspondant à celle du moratoire, afin qu'elles ne soient pas lésées.

Mais dans le contexte économique actuel, un moratoire pourrait avoir du bon pour l'industrie québécoise, a-t-on appris au cours de la conférence de l'Association pétrolière et gazière du Québec qui s'est achevée mardi, à Montréal.

On sait qu'il y a actuellement une surproduction de gaz naturel sur le marché nord-américain et que les prix sont au plus bas. Selon le bulletin d'information Shale Daily, la moyenne des prix pour le gaz produit dans les schistes gazéifères varie entre 2,77 $US et 3,38 $US par millier de pieds cubes.

Selon Vic Vallance, directeur de la recherche et analyste financier chez Fraser Mackenzie, ces prix sont trop bas pour permettre une exploitation rentable des schistes de l'Utica, qu'on retrouve au Québec. « Pour un investisseur qui recherche un retour sur son investissement, le Québec n'est tout simplement pas concurrentiel à l'heure actuelle par rapport aux autres schistes gazéifères exploités ailleurs en Amérique du Nord », a-t-il dit au cours d'une présentation devant des membres de l'industrie. « Il faudra être patient », concluait-il.

Il n'entrevoit pas d'exploitation rentable au Québec avant 2015, au plus tôt. Le problème pour l'industrie, c'est qu'elle doit effectuer des forages d'exploration afin de conserver ses droits sur les territoires sous permis de recherche, des activités qui sont très coûteuses : un forage au Québec peut coûter jusqu'à 10 millions de dollars.

Quand on demande à M. Vallance si un moratoire pourrait aider l'industrie en lui permettant de reporter ces investissements, il répond : « Au moins, les entreprises conservent leur capital; alors dans la perspective où la rentabilité n'est pas possible à 3 $US du millier de pieds cubes, c'est positif. »

Un texte de Jean-Hugues Roy

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