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L'affaire Khadr, « un précédent », selon Roméo Dallaire

Omar Khadr lors des audiences préliminaires à son procès à Guantanamo, le 9 août 2010
Photo: La Presse canadienne / AP/Janet Hamlin/Pool

Le sénateur libéral Roméo Dallaire estime que la procédure judiciaire concernant Omar Khadr ne remplit pas les critères de justice, tandis que le gouvernement conservateur réagit prudemment quant à la suite des choses.

Dans une entrevue à RDI, le sénateur libéral Roméo Dallaire a estimé lundi que la procédure judiciaire concernant le Canadien Omar Khadr, qui a plaidé coupable de cinq chefs d'accusation devant un tribunal militaire d'exception de la prison de Guantanamo, ne remplissait pas les critères de justice.

« Je pense que cette situation mettra en péril des centaines de milliers d'enfants soldats et ceux qui oeuvrent à essayer de les démobiliser dans le monde. Car ils seront susceptibles d'être traités de la même façon [qu'Omar Khadr]. On va avoir beaucoup d'enfants qui vont souffrir », a réagi l'ancien général à la suite de la reconnaissance de culpabilité du seul Occidental toujours détenu à Guantanamo, emprisonné depuis l'âge de 15 ans.

Selon M. Dallaire, l'affaire Khadr est une régression. « Deux pays qui ont été les grands signataires de l'option du Protocole sur les droits des enfants [États-Unis et Canada] viennent de le violer », a-t-il déclaré. « Qu'il soit déclaré coupable ou pas coupable, ce n'est pas le point. Il a été un enfant soldat et le processus fondamental pour les enfants soldats n'a pas été suivi selon les conventions qu'on a signées », a-t-il expliqué.

« Moi, je trouve incroyable, dans le processus pervers qu'ils ont utilisé aux États-Unis avec Guantanamo, que la poursuite ait pris comme un des premiers témoins au début du procès l'épouse du soldat qui a été tué. Qu'est-ce qu'elle a à faire dans ce contexte-là? » s'est insurgé M. Dallaire.

Le gouvernement reste prudent

Le gouvernement canadien a réagi froidement à la reconnaissance de culpabilité déposée par Omar Khadr devant une cour martiale sur la base américaine de Guantanamo Bay, à Cuba.

Dans un courriel adressé à La Presse canadienne, le bureau du ministre des Affaires étrangères du Canada, Lawrence Cannon, a fait savoir qu'il prenait acte de la reconnaissance de culpabilité de Khadr.

Le bureau du ministre a ajouté que le Canada ne commenterait pas davantage cette affaire, qui se déroule entre le gouvernement américain et Omar Khadr.

Questionné lundi par les médias sur la suite des choses, le ministre fédéral de la Sécurité publique, Vic Toews, a déclaré : « M. Khadr recevra sa peine aux États-Unis et s'il devait déposer une demande pour revenir au Canada, ça serait ma responsabilité d'examiner cette demande, de juger s'il est approprié de le ramener au Canada. Je ne peux donc formuler davantage de commentaires là-dessus ».

Triste constat des défenseurs des droits de la personne

Parmi les groupes qui se sont portés à la défense d'Omar Khadr, l'organisme Avocat sans frontières ne reçoit pas ce plaidoyer de culpabilité comme une bonne nouvelle.

Selon Me Pascal Paradis, directeur général d'Avocats sans frontières Canada, « ce n'est pas une grande journée pour la justice ».

« Qu'il soit coupable ou non, il y a eu un nombre extraordinaire de principes de l'État de droit qui ont été violés. C'est un dossier qui va demeurer un scandale en matière de droits humains », a déclaré M. Paradis en entrevue à RDI.

Selon le juriste, Omar Khadr n'a pas été considéré par la justice américaine comme un mineur en dépit de ce que stipulent les conventions internationales. Le jeune Canadien a aussi été soumis à des traitements « cruels et inhumains pendant sa détention » ainsi qu'à des procédures inéquitables et illégales au regard des standards internationaux.

Quant à sa culpabilité dans cette affaire, Me Paradis croit que Khadr n'avait pas d'autres choix que de plaider coupable, qu'il était dans un piège juridique.

Anne Sainte-Marie, d'Amnistie internationale Canada, partage la même vision : « C'est une triste journée pour la justice. Le message que les États-Unis et le Canada envoient à la face du monde, c'est que oui ils ont signé des conventions et des traités, mais que finalement la notion d'habeas corpus ne compte pas pour eux, la notion d'enfants soldats et l'indépendance des tribunaux ne comptent pas non plus ».

Un jeune homme qui n'aurait jamais dû aller à Guantanamo est obligé de plaider coupable pour se sortir de cet enfer.

Anne Sainte-Marie, Amnistie internationale Canada

Capturé en 2002 par les forces américaines à l'âge de 15 ans en Afghanistan, lors d'un combat contre des insurgés talibans, Omar Khadr est détenu depuis à la prison de Guantanamo. La justice américaine l'accusait de crimes de guerre et notamment du meurtre d'un soldat des Forces spéciales américaines sur qui il a lancé une grenade.

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