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Quand le français est minoritaire

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2011 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.




Rencontre avec des élèves du Nouveau-Brunswick

Un article de Pierre-Philippe LeBlanc (Nouvelle fenêtre)

Justin Doiron, 17 ans, de Memramcook au Nouveau-Brunswick, a eu son premier ordinateur lorsqu'il était en sixième année à l'école.

Janie Cormier, 17 ans, de Dieppe au Nouveau-Brunswick, se sert de Facebook et elle aime communiquer par texto. L'attrait de Facebook est très fort, dit-elle, même pendant les travaux scolaires.

Pierre-Luc Michaud, 18 ans, également de Dieppe, n'utilise pas Facebook, mais il aime beaucoup communiquer par texto.

L'utilisation assidue de ces moyens de communication représente un risque pour la qualité de la langue, selon Pierre-Luc Michaud. « Quand tu textes, tu veux que ça aille vite d'habitude. Ce n'est pas vrai que tu accordes tes verbes. Tu n'es pas toujours en train de mettre tes conjonctions. C'est là qu'on peut voir le français devenir moins bon », explique-t-il.

Dans le cas de Justin Doiron, la technologie exerce l'effet contraire. C'est pour lui un moyen d'améliorer l'apprentissage des langues.

« La technologie m'a permis un peu plus de persévérer avec mes connaissances », indique Justin Doiron. « Quand j'ai commencé ça, six ou sept mois avant, j'écrivais vraiment mal. J'ai commencé à me donner un peu plus d'efforts et à accorder mes verbes, mettre un "s" s'il y en a un », précise-t-il.

Janie Cormier se sent très à l'aise en français et elle tient aussi à bien s'exprimer en anglais. « J'ai plus peur si je texte à quelqu'un de faire une faute en anglais qu'en français. Si j'écris where, où va le h? Y a-t-il un "e"? Je ne sais pas écrire ça. Je peux écrire "j'aurai" avec un "o" et deux "r". Ça ne va pas me déranger », explique-t-elle.

Pierre-Luc Michaud ajuste son registre selon son interlocuteur. « Si je texte à mon père, je mets les apostrophes et je corrige. Mais quand ça vient à mes amis, c'est comme un switch. Si je suis à l'école, je peux dire : J'irai là-bas later. Ça ne me dérange pas. Il faut juste voir la différence », explique-t-il.

Les jeunes passent beaucoup de temps sur Internet ou à s'envoyer des messages textes. Selon Justin Doiron, certains y consacrent quelques heures par jour, d'autres y passent la journée entière au point de s'endormir très tard au milieu d'une séance de texto. Cet engouement mène à l'emploi dans la vie quotidienne de certaines expressions autrefois propres à Internet.

Une langue à part?

« Quand ç'a commencé, il y avait beaucoup de choses comme BTW : by the way, BRB : be right back, et LOL. Dans les deux dernières années, c'est là que c'est devenu significatif et que le monde les mettent dans les conversations de tous les jours », affirme Justin Doiron.

Janie Cormier accepte mal cette tendance. « On est rendus à dire les abréviations. On dit lol, mais je ne peux pas rire tout haut si je suis en train de dire lol. Je n'aime pas ça quand le monde dit lol. C'est mauvais », dit-elle.

Des subventions seront réduites ou suppriméesAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des subventions seront réduites ou supprimées

Photo : Archives

Pierre-Luc Michaud ne croit pas que le langage des réseaux sociaux exerce une influence sur la qualité de ses travaux scolaires. « Je ne crois pas que ç'a empiré ou aidé ma situation », dit-il en expliquant que sa famille a toujours mis la langue française en valeur.

Janie Cormier, par contre, remarque une certaine détérioration. « Quand j'ai commencé à parler plus sur MSN, c'est vraiment là que j'ai commencé à parler plus mal. J'oubliais comment écrire des mots », souligne-t-elle.

« Tu écris une rédaction en français par mois, mais tu écris, disons, 1000 mots de MSM par jour. Qu'est-ce qui te reste dans la tête? Une rédaction de 300 mots par mois ou whatever, by the way et what's up? », explique Pierre-Luc Michaud.

Selon Justin Doiron, l'influence d'Internet sur la langue est inévitable, mais non menaçante. « C'est juste qu'il faudra que les enseignants, le monde qui fait de la recherche et les scientifiques trouvent une façon de pouvoir intégrer quelque chose avec la technologie comme on le fait tous les jours pour donner un meilleur français, un meilleur anglais ou n'importe quelle langue », dit-il.

La réalité de jeunes Ontariens

Un article de Pierre-Mathieu Tremblay  (Nouvelle fenêtre)

avec

  • Gabrielle Champagne, 18 ans
  • Étudiante au Collège Boréal de Sudbury
    Elle utilise les réseaux sociaux pour rester en contact avec des amis : Facebook pour ceux qui sont loin et les messages textes pour ceux de son entourage.
  • Félix Hallée-Théorêt, 19 ans
  • Originaire de Sudbury, il étudie à l'UQAM en communication
    Il affirme que les neuf touches de son portable lui permettent d'écrire aussi vite qu'il pense.

Lieu de la rencontre

Sudbury, en Ontario, est la troisième ville canadienne en terme d'importance pour la population francophone à l'extérieur du Québec. La rencontre se déroule à la terrasse de la librairie française, ironiquement située rue Durham, nommée en l'honneur de celui qui rêvait de l'assimilation de ce peuple de « porteurs d'eau ».

Plus ironique encore, le fait que le nom de la librairie, Le Grand ciel bleu, provienne d'un recueil de nouvelles de Robert Dickson, poète franco-ontarien d'origine... anglophone.




De l'oral écrit

Les deux jeunes adultes reconnaissent qu'ils n'écrivent pas de la même manière lorsqu'ils utilisent les textos. Les majuscules en début de phrase et la ponctuation ne sont pas nécessairement respectées. En fait, explique Félix, dans les messages textes, la ponctuation sert surtout à donner l'intention. Gabrielle affirme terminer ses phrases par « ... » ou « ,,, ».

Félix dit qu'il écrit bien, notamment en raison du dictionnaire intégré à son téléphone. Mais il reçoit des messages d'amis rédigés de façon orale : « Stu fout? » ou « Kess tu fouts » plutôt que « Qu'est-ce que tu fais? ».

Gabrielle admet d'ailleurs qu'elle ne ressent pas l'obligation de respecter l'orthographe lorsqu'elle écrit à ses amis. Elle écrit plutôt au son en se disant que son interlocuteur va comprendre.




Et à l'école?

Mais cette façon d'écrire ne déteint-elle pas dans leurs travaux scolaires?

Pas du tout, assurent-ils : il suffit de rester vigilant. Bien que, dit Félix après réflexion, certains professeurs lui ont déjà fait remarquer qu'il écrit d'une façon qui ressemble un peu trop à la langue orale. Mais tous les deux reconnaissent que des habitués inattentifs pourraient glisser quelques raccourcis dans des textes.

Ainsi, « dunno » (don't know) ou « cuz » (because) pourraient se retrouver dans des travaux en anglais d'étudiants qui se soucient moins de la qualité de la langue. Mais le même problème n'existerait pas en français, où les raccourcis sont moins développés ou implantés, selon eux.

Même que Félix planifie et organise ses dissertations et s'envoyant des messages textes La technique lui sert en quelque sorte de pense-bête.

De Molière à Shakespeare

Tant Félix que Gabrielle utilisent l'anglais et le français lorsqu'ils communiquent par message texte. Gabrielle explique qu'elle trouve l'anglais plus précis, moins sujet à interprétation.

Félix mentionne, quant à lui, que le français se transfère moins bien aux 140 caractères de Twitter ou aux messages textes, notamment en raison des conjugaisons de verbe. Mais il indique qu'à Montréal, où il étudie, il texte uniquement en français et a même intégré certains raccourcis, comme « ché » (je sais), au dictionnaire de son téléphone.

L'homme qui texte plus vite que son ombre

Félix Hallée-Théorêt a appris à rédiger par saisie de texte intuitive (communément appelée T9) qui consiste à inscrire les mots en utilisant les lettres associées aux neuf touches du clavier d'un téléphone.

Il donne l'exemple du mot « Canada », qui s'écrit 226232. Le dictionnaire intégré à l'appareil reconnaît la combinaison et lui offre les choix correspondants. Il affirme que cette technique lui permet d'écrire aussi vite qu'il pense. Un soir d'inspiration, il a envoyé une histoire à un ami.« Je tape plus vite avec un pouce qu'au clavier parce que les mots se forment automatiquement. »

Saisie de texte intuitive
Méthode de saisie de texte dans laquelle l'utilisateur d'un appareil mobile n'a qu'à taper rapidement les lettres du mot qu'il souhaite obtenir, en n'appuyant qu'une seule fois sur des touches de clavier qui correspondent chacune à plusieurs caractères, un logiciel s'efforçant de déterminer le mot désiré à l'aide d'un dictionnaire intégré. - Office québécois de la langue française

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