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L'armée américaine a ignoré des cas de torture, selon WikiLeaks

Des militaires américains autour du corps d'un Irakien à Bagdad à Tikrit, en 2003

Des militaires américains autour du corps d'un Irakien à Bagdad à Tikrit, en 2003

Photo : AFP / Mauricio Lima

Radio-Canada

L'armée américaine a fermé les yeux sur des cas de torture et de meurtre de détenus irakiens par les forces de l'ordre irakiennes, selon des documents rendus publics par WikiLeaks. Au moins 109 000 Irakiens, dont 63 % de civils, auraient été tués entre 2003 et 2009.

Torture pratiquée par les forces de l'ordre irakiennes, exécutions sommaires, crimes de guerre, les quelque 400 000 documents militaires confidentiels obtenus par WikiLeaks et rendus publics vendredi dressent un portrait peu flatteur de la guerre menée en Irak par les États-Unis. Autre constat : ce sont les civils qui paient le plus lourd tribut du conflit.

On y lit notamment que les armées américaine et britannique ont fermé les yeux sur plusieurs cas de torture, de viol et de meurtre de détenus irakiens par des soldats et policiers irakiens.

Selon ces documents, les responsables militaires américains et britanniques étaient au courant des abus que subissaient les détenus, mais n'ont sciemment pas fait enquête sur des centaines d'incidents rapportés. Minimisée par la coalition internationale, la pratique de la torture par les forces de l'ordre irakienne se ferait d'ailleurs à grande échelle.

Les documents révèlent aussi qu'au moins 109 000 personnes ont été tuées en Irak entre mars 2003 et fin 2009. Près des deux tiers seraient des civils, tués principalement par les insurgés, mais aussi par l'armée américaine. De ce nombre, 15 000 civils auraient été tués dans des incidents inconnus jusqu'à maintenant.

Bilan des personnes tuées tracé par WikiLeaks

  • 66 081 civils
  • 23 984 personnes identifiées par des « ennemis »
  • 15 196 membres des forces de l'ordre irakiennes
  • 3771 militaires de la coalition
  • Total: 109 132
  • En outre, 31 780 de ces morts sont attribués à des bombes posées sur la route par les insurgés, et 34 814 autres sont identifiées dans les documents comme des « meurtres » sectaires.

600 civils tués dans des barrages américains

Un soldat américain surveille des détenus irakiens.

Un soldat américain surveille des détenus irakiens.

Photo : AP/Petros Giannakouris

Les documents viennent par ailleurs contredire leurs allégations selon lesquelles il n'existe pas de bilan officiel des pertes civiles.

Les documents disent aussi qu'au moins 600 civils ont été tués aux barrages tenus par l'armée américaine. D'autres ont été des victimes collatérales de frappes aériennes. Un hélicoptère américain aurait par ailleurs tué des insurgés irakiens qui tentaient de se rendre.

Le site évoque aussi le comportement de soldats américains « faisant exploser des bâtiments entiers parce qu'un tireur se trouve sur le toit ».

« Le comportement des forces de sécurité privées, promptes à ouvrir le feu, y compris pour les motifs les plus futiles, est également abondamment décrit », ajoute Le Monde. Certains documents « révèlent de nouveaux cas impliquant [l'ancienne société américaine] Blackwater dans des tirs contre des civils », sans qu'aucune charge ne soit retenue contre elle, a en outre cité en exemple le réseau qatari Al-Jazira.

Enfin, les documents font état du soutien de l'Iran aux combattants chiites par le biais d'armes, d'entraînement et de protection.

WikiLeaks a présenté la publication de ces documents comme « la plus grosse fuite de documents militaires secrets de l'Histoire » et n'hésite pas à parler de « crimes de guerre ».

Les documents sont en fait des « rapports d'incidents », rédigés par des officiers américains sur le terrain entre janvier 2004 et décembre 2009. « Les documents publiés par WikiLeaks ne contiennent pas les rapports des forces spéciales américaines, ni les mémos des services de renseignement », explique le quotidien Le Monde.

De larges pans des rapports ont été caviardés afin de masquer l'identité des personnes impliquées, de faire disparaître des informations personnelles ou d'éviter toute localisation. Cette mesure vise à se protéger d'accusations que déposeraient les autorités américaines ou l'OTAN.

La secrétaire d'État américaine, Hillary Clinton, a condamné la fuite de tout document pouvant mettre en danger « la vie des soldats et des civils des États-Unis et de leurs alliés ». Elle a cependant refusé de commenter directement le contenu des documents.

En juillet dernier, WikiLeaks avait publié plus de 70 000 documents confidentiels sur la guerre en Afghanistan. Le Guardian estime d'ailleurs que la source des deux fuites est la même.

Pour en savoir plus

WikiLeaks propose le dossier Iraq War Logs (Nouvelle fenêtre), qui permet de consulter les documents. Le site WarLogs (Nouvelle fenêtre) offre de son côté un moteur de recherche qui permet de cibler les rapports que l'on veut consulter.

Quatre grands médias internationaux -Le Monde (Nouvelle fenêtre), le New York Times (Nouvelle fenêtre), le Guardian (Nouvelle fenêtre), Der Spiegel (Nouvelle fenêtre) (qui propose aussi une version anglaise (Nouvelle fenêtre)de son dossier) - ainsi que le site Bureau of Investigative Journalism (Nouvelle fenêtre) ont reçu les documents avant les autres. Chacun consacre une section spéciale à la fuite des documents. En plus des nombreux articles, le Guardian propose notamment une section interactive intitulée A day in the life of the war (Nouvelle fenêtre) (Une journée dans la vie de la guerre), qui décrit, de minute en minute, le déroulement de la journée du 17 octobre 2006. Le New York Times a pour sa part sélectionné certains extraits (Nouvelle fenêtre).