•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Des agences de placement au coeur d'une fraude fiscale

Radio-Canada

Des agences de placement engagent surtout des immigrants qu'elles paient au noir et bien en deçà du salaire minimum, apprend l'équipe d'Enquête. Selon Revenu Québec, cela représente des pertes fiscales de 50 millions de dollars par an.

journal

Certaines agences de placement de personnel, ces entreprises qui fournissent de la main-d'oeuvre temporaire aux entreprises qui en manquent, sont au coeur d'une vaste fraude fiscale, selon ce qu'a découvert une équipe de l'émission Enquête.

Elles embauchent surtout des immigrants qu'elles paient au noir, et ce, bien en deçà du salaire minimum.

Pour notre enquête, nous avons embauché deux collaborateurs d'origine latino-américaine. Ils se sont fait passer pour des immigrants en quête d'emploi. Muni d'une caméra cachée, le premier s'est rendu dans une agence de placement de personnel, une entreprise qui fournit du travail à la journée pour des emplois demandant peu de formation.

« C'est 5 h du matin à 5 h du soir, sept jours sur sept », dit Thierry Rocca, de l'agence GEA.

Pour cet emploi, les heures supplémentaires étaient rémunérées à taux simple.

Dans une autre agence de placement de personnel où nous avons appelé, notre collaborateur s'est fait proposer un emploi dans une entreprise de transformation de viande.

« C'est 8 $ de l'heure », dit Carolina, de l'agence Hernandez.

« En argent comptant? », demande notre collaborateur.

« Oui monsieur », répond-elle.

Huit dollars de l'heure, c'est en deçà du salaire minimum qui est de 9,50 $ de l'heure au Québec.

Et c'est la norme dans ce milieu, dénonce l'organisme Au bas de l'échelle. « C'est tellement pas encadré les agences actuellement, pas besoin de permis d'opération, il n'y a aucune limite, donc on peut faire vraiment n'importe quoi », affirme Carole Henry, porte-parole de l'organisme.

Notre autre collaborateur a travaillé lui aussi dans une usine de transformation de viande. Pour neuf heures de travail, il n'a eu que 15 minutes de pause, ce qui contrevient clairement aux normes du travail. D'autant plus qu'à 9 $ de l'heure, il était lui aussi payé en dessous du salaire minimum.

Quand est venu le temps d'être payés, on les a dirigés vers un centre d'encaissement où ils ont été payés entièrement en argent comptant.

Cette façon de faire est monnaie courante dans le milieu. Revenu Québec soupçonne l'industrie des agences de placement de frauder allègrement.

50 milliards de pertes fiscales

« On a sûrement un minimum de 50 millions de pertes fiscales annuellement dans ce secteur d'activités économiques », soutient Pierre Bouchard, directeur principal des enquêtes à Revenu Québec.

Au ministère du Travail, qui régit les agences de placement de personnel, on reconnaît que ce milieu devrait être mieux réglementé. Mais plusieurs comités ont étudié la question au fil des ans sans jamais s'entendre sur une solution qui mettrait fin à l'exploitation des immigrants.

D'après un reportage de Julie Vaillancourt

Aucun thème sélectionné