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La Loi sur les mesures de guerre, 40 ans plus tard

Un soldat monte la garde

Un soldat monte la garde à Montréal le 16 octobre 1970.

Photo : La Presse canadienne / CP PHOTO/CP

Radio-Canada

Des citoyens et des organismes se souviennent de l'imposition de la Loi sur les mesures de guerre, il y a 40 ans jour pour jour. À Montréal, un monument dédié aux centaines de personnes arrêtées est inauguré.

Il y a 40 ans, le 16 octobre 1970, le gouvernement fédéral de Pierre Elliott Trudeau promulguait la Loi sur les mesures de guerre. Il s'agit d'une date charnière des événements de la crise d'Octobre 1970 au Québec.

Dans les heures suivant la proclamation de cette loi, 8000 soldats de l'armée canadienne avaient été déployés à Montréal. Près de 500 personnes étaient arrêtées parce qu'elles étaient considérées comme suspectes par la police. Il s'agissait surtout de comédiens, chanteurs, poètes, écrivains, journalistes et syndicalistes qui étaient, pour la plupart, indépendantistes.

Le décret qui suspendait les libertés civiles permettait aux policiers d'arrêter toute personne soupçonnée d'avoir des liens avec le Front de libération du Québec.

Pierre Elliott-TrudeauAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Pierre Elliott-Trudeau entre à la Chambre des communes le 16 octobre 1970

Photo : La Presse canadienne / CP Photo/Chuck Mitchell

L'ancien ministre Marc Lalonde était alors le chef de cabinet de Pierre Eliott Trudeau. La veille, il s'était rendu au bureau de Robert Bourassa à Québec pour lui faire signer une lettre, écrite à Ottawa, dans laquelle le gouvernement du Québec demandait au gouvernement fédéral de proclamer la Loi sur les mesures de guerre. Une lettre identique avait été signée par le maire de Montréal, Jean Drapeau.

Dans une entrevue accordée à Radio-Canada, Marc Lalonde affirme que le premier ministre Trudeau était réticent à recourir à cette loi. Il craignait « qu'il soit incapable de contrôler la situation » et craignait des émeutes et « une véritable insurrection ».

Il y a des gens qui ont été arrêtés après la proclamation de la Loi des mesures de guerre, qui, clairement, n'auraient pas dû été arrêtés. C'était un travail de policiers mal fait, à mon avis.

Marc Lalonde
Une personne arrêtée en octobre 1970Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L'une des nombreuses personnes arrêtées le 16 octobre 1970 en vertu de la Loi sur les mesures de guerre.

Photo : La Presse canadienne / CP PHOTO/CP

Ils se souviennent

À Montréal, la Société Saint-Jean-Baptiste a dévoilé samedi devant ses locaux, situés rue Sherbrooke Est, un monument commémoratif qui porte les noms de centaines de Québécois qui ont été incarcérés pendant la crise d'Octobre. Il s'agit d'une sculpture réalisée par l'artiste Marcel Barbeau, l'un des signataires du Refus global.

Le monument pour rappeler l'imposition de la Loi sur les mesures de guerre en 1970Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le monument est situé à Montréal devant les locaux de la Société Saint-Jean-Baptiste.

Devant une centaine de personnes portant des drapeaux du Québec et des Patriotes, le député bloquiste Serge Ménard et l'ancien premier ministre du Québec Bernard Landry ont rappelé que les crimes commis par les membres du FLQ ne sont pas excusables. Toutefois, ils ont souligné que la promulgation de la Loi sur les mesures de guerre par le gouvernement fédéral de Pierre Eliott Trudeau était indigne d'une démocratie.

Déclarant qu'il était plus pressant que jamais pour le Québec d'obtenir la souveraineté, Bernard Landry a ajouté que la rebuffade subie il y a quelques jours par le Canada lors de l'attribution de sièges temporaires au Conseil de sécurité de l'ONU prouve que la réputation canadienne à travers le monde n'est plus ce qu'elle a déjà été.

Un soldat dans les rues de MontréalAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Montréal, le 16 octobre 1970

Photo : La Presse canadienne / CP PHOTO/CP

Par ailleurs, de passage à Montréal, le chef du Nouveau Parti démocratique, Jack Layton, a qualifié de triste l'imposition de cette loi il y a 40 ans. Il a rappelé qu'à cette époque, le NPD, qui était dirigé par Tommy Douglas, avait été le seul parti « à se tenir debout » en votant contre l'imposition de cette Loi.

Alors qu'il était étudiant à Montréal, à l'Université McGill, Jack Layton s'est rappelé que le climat était tendu sur le campus et dans les rues de la métropole

Des soldats à MontréalAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le 16 octobre 1970, des soldats surveillent à Montréal la résidence du Britannique James Cross.

Photo : La Presse canadienne / THE CANADIAN PRESS/Staff

Pour sa part, l'avocat Julius Grey, un spécialiste des droits de la personne, a rappelé qu'un événement semblable pourrait survenir à nouveau au Canada, malgré l'adoption de la Charte canadienne des droits et libertés en 1982 et de la Loi sur les mesures d'urgence. Il considère ainsi qu'il y a des leçons à tirer de l'histoire.

Les Canadiens sont des gens comme les autres, et les gens ont tendance à avoir peur. Quand ils voient un dérapage majeur, immédiatement, ils ont tendance à sévir. Ce que les défenseurs des droits et des libertés doivent faire, c'est adoucir cette première réaction jusqu'à ce que la pensée froide ait eu le temps de faire son travail.

Julius Grey
Avec les informations de La Presse canadienne

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