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Les dessous de la liste

Une jeune femme se fait arrêter par la police lors de la crise d'Octobre.

Une jeune femme se fait arrêter par la police lors de la crise d'Octobre.

Radio-Canada

L'émission Enquête révèle que la composition de la liste des quelque 500 personnes arrêtées pendant la crise d'Octobre découle en grande partie d'un programme ultrasecret conçu par la GRC 20 ans plus tôt, en cas de conflit avec l'URSS.

Il y a 40 ans, les forces policières au Québec commençaient à dresser la liste des personnes qui allaient être arrêtées dans les jours suivants sous la loi des mesures de guerre, adoptée le 16 octobre 1970, dans la foulée de la crise d'Octobre.

Dans les heures qui ont suivi la proclamation de cette loi, près de 500 personnes ont été arrêtées par la police.

Depuis cette époque, le mystère plane sur les véritables motifs des arrestations faites au cours de cette période, car on sait que les experts antiterroristes des trois forces de police - municipale, provinciale et fédérale - n'avaient au maximum que quelques dizaines de suspects.

« Le plus grand nombre [de noms de suspects du FLQ] que j'ai vu sur pupitre, c'était une soixantaine », affirme Julien Giguère, qui était à l'époque directeur du renseignement de la section antiterroriste de la police de Montréal.

Mais la Sûreté du Québec, responsable des arrestations, juge ce nombre ridicule vu l'ampleur des moyens mis en place, avec les mesures de guerre et la présence de 8000 soldats. Elle fait appel à la Gendarmerie royale du Canada (GRC) pour allonger sa liste de manière à ce que l'ampleur de l'opération reflète mieux les moyens déployés.

Daniel Waterlot, qui tenait alors une librairie communiste à Montréal, fait partie des personnes qui ont été arrêtées. « Le 16, à 4 h du matin, boum, il y a la loi des mesures de guerre. Ils rentrent dans ma librairie, ils cassent tout! [...] Moi, je ne suis pas du FLQ. Je suis du Parti communiste, ce n'est pas pareil! »

Son volumineux dossier de la GRC, qu'une équipe de Radio-Canada a consulté, ne contient en effet aucune référence au Front de libération du Québec, mais on y trouve un formulaire d'arrestation lié à un programme ultrasecret mis en place en 1950, en pleine guerre froide et à l'époque du maccarthysme aux États-Unis. Ce programme prévoyait l'emprisonnement des militants communistes canadiens advenant un conflit avec l'URSS.

Le programme, appelé PROFUNC, visait à assurer une surveillance continuelle de milliers de militants de gauche et leur détention dans des camps d'internement, sans accusation et sans limite de temps. Officiellement, il n'a été démantelé qu'en 1984, lorsque la GRC a été scindée en deux pour créer le SCRS.

PROFUNC aurait connu en octobre 70 sa seule application concrète, ce qu'accrédite une ébauche d'un rapport secret de la commission Duchaîne, qui a enquêté sur les événements entourant la crise d'octobre.

Dans ce document dont Radio-Canada a pris connaissance, on rapporte que les noms proposés par la GRC n'avaient aucun lien avec le terrorisme felquiste, qu'il s'agissait en fait de militants connus pour leurs activités communistes.

L'information ne s'est pas retrouvée dans le rapport officiel, tout comme on ignorait à l'époque l'existence d'un plan national de camps secrets pour prisonniers politiques.

D'après un reportage de Guy Gendron. La version longue du reportage a été diffusée jeudi à l'émission Enquête.