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Des mercenaires à double emploi

Radio-Canada

Un rapport du Sénat américain conclut que les fonds publics versés à des firmes de sécurité privées aboutissent souvent dans les poches de seigneurs de guerre et de rebelles talibans, qui minent l'effort de guerre qu'ils sont censés soutenir.

Aux États-Unis, un rapport de la commission sénatoriale de la Défense conclut que les fonds publics versés à des firmes de sécurité privées en Afghanistan aboutissent souvent dans les poches de seigneurs de guerre et de rebelles talibans, qui minent l'effort de guerre qu'ils sont censés soutenir.

Un soldat afghan jette un coup d'oeil à des armes confisquées à des firmes de sécurité privées.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Un soldat afghan jette un coup d'oeil à des armes confisquées à des firmes de sécurité privées.

Photo : La Presse canadienne / AP/Ahmad Massoud

Le rapport estime en outre que les mercenaires embauchés par ces firmes, des Afghans pour la plupart, sont souvent mal entraînés. Qui plus est, l'agence du département de la Défense chargée de superviser ces contrats n'effectue pas une surveillance adéquate.

« Notre dépendance à l'égard des firmes de sécurité privées en Afghanistan a trop souvent profité aux seigneurs de guerre locaux et aux agents d'influence, qui agissent, en dehors de tout contrôle gouvernemental, à l'encontre des intérêts de la coalition », a déclaré le président de la commission, Carl Levin.

Cette situation menace la sécurité de nos troupes et fait peser un risque sur le succès de notre mission.

Le sénateur Carl Levin

Le rapport souligne notamment les cas de deux firmes qui se sont appuyées sur des agents liés aux talibans, ArmorGroup et EOD Technology. Toutes deux disent avoir été encouragées à embaucher des Afghans pour leurs opérations, et qu'elles ont toujours travaillé en étroite collaboration avec le département de la Défense.

Le cas Armor Group est le plus troublant. Le rapport conclut que la compagnie s'est appuyée sur deux seigneurs de guerre pour obtenir de la main-d'oeuvre dans la province de Herat.

Au cours du contrat, ces chefs tribaux et les agents de sécurité se sont livrés à des meurtres, à des opérations de corruption et à des attaques, notamment contre des forces de la coalition. L'un des seigneurs de guerre a été tué dans un raid aérien de l'armée américaine, alors qu'une réunion de talibans se tenait chez lui.

À partir de chiffres fournis par l'agence du Commandement central américain qui supervise les contrats accordés à ces firmes, le rapport conclut que 26 000 agents de sécurité reçoivent de l'argent du département de la Défense. Leur travail consiste à protéger le personnel diplomatique américain ou des travailleurs humanitaires et à escorter des convois de ravitaillement de l'armée américaine.

Le département de la Défense prévient qu'il ne peut cesser tout lien avec les firmes de sécurité privées, étant donné l'étendue des services qu'ils rendent en ce moment.

Le sénateur Levin voudrait à tout le moins que le nombre de mercenaires afghans soit réduit, et que ceux qui restent soient soumis à des vérifications de sécurité plus exhaustives.

L'armée soutient pour sa part que les firmes de sécurité privées contribuent à donner des emplois aux Afghans. Remplacer ces Afghans par des étrangers, dit-elle, risque de nourrir un certain ressentiment au sein des populations locales.

Le secrétaire américain à la Défense, Robert Gates, reconnaît le problème. Dans un courriel envoyé au sénateur, il souligne que le Pentagone a amélioré la supervision des contrats passés avec des sociétés de sécurité privées et créé des équipes chargées spécialement de cette tâche.

L'étude de la commission sénatoriale a porté sur 125 contrats accordés à des firmes de sécurité privées de 2007 à 2009. Il s'agit de la plus importante étude du genre réalisée à ce sujet depuis le début de la guerre en Afghanistan, il y a neuf ans.

En juin, une autre enquête du Congrès avait conclu que des camionneurs des convois de ravitaillement de l'armée américaine devaient verser des dizaines de millions de dollars par année à des seigneurs de guerre pour obtenir la protection requise.

Le rapport du Sénat est publié deux mois après que le président Hamid Karzaï eut annoncé que les firmes de sécurité privées devront avoir cessé leurs activités d'ici la fin de l'année. Leur travail, a-t-il dit, mine le travail de la police et de l'armée et alimente la corruption.

Avec les informations de Agence France-Presse, Associated Press, et Reuters

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