•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Le Nobel de la paix à Liu Xiaobo, les réactions fusent

Liu Xiaobo et sa conjointe Lu Xia en octobre 2002

Liu Xiaobo et sa conjointe Lu Xia, en octobre 2002

Photo : AFP / Archives AFP

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2010 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

La remise du prix Nobel de la paix au militant des droits de la personne chinois, emprisonné pour subversion, a été accueillie par un concert de félicitations dans le monde tandis que Pékin qualifie ce geste « d'obscène ».

L'une des figures de proue du mouvement démocratique de Tiananmen obtient le prix Nobel de la paix 2010.

Le Comité Nobel norvégien a décerné son prix vendredi au dissident chinois de 54 ans Liu Xiaobo, afin de souligner son long combat sans violence pour les droits de l'homme fondamentaux en Chine.

Liu Xiaobo a été emprisonné le 25 décembre 2009 pour « incitation à la subversion du pouvoir de l'État ». Il purge une peine de onze ans de prison, notamment pour avoir réclamé des élections libres et plus de liberté d'expression.

Il était au nombre des signataires d'un appel aux réformes politiques à la fin de 2008. Intitulée la Charte 08, la requête demandait l'extension des libertés politiques et la fin de la domination du parti communiste chinois. Elle avait été signée par plus de 300 personnes, dont certains des plus grands intellectuels du pays.

Plus de 120 universitaires, écrivains et avocats, majoritairement chinois, avaient lancé un appel sur Internet pour que le prix Nobel lui soit décerné.

Vétéran de la lutte pour les droits de la personne et la démocratie en Chine, Liu Xiaobo a été l'un des leaders du mouvement de la Place Tiananmen, au printemps 1989. Il a été emprisonné quatre fois par Pékin depuis ces événements.

Un Nobel censuré

À la chronique Sur le web, Vincent Grou rapporte que la nouvelle est censurée sur la toile chinoise, mais applaudie ailleurs sur Internet.

Pékin en furie

Recevant la nouvelle comme une gifle, le gouvernement chinois a vivement dénoncé vendredi la décision du Comité Nobel de décerner son prix à Liu Xiaobo, estimant qu'il va « complètement à l'encontre » des principes du prix.

« Liu Xiaobo est un criminel qui a été condamné par les services chinois de la justice pour avoir violé le droit chinois », a réagi le ministère chinois des Affaires étrangères dans un communiqué publié vendredi, après l'annonce de la distinction par le Comité Nobel à Oslo.

Pékin ajoute que cette décision va nuire aux relations bilatérales entre la Chine et la Norvège.

Le choix du Comité Nobel tombe en effet dans un très mauvais moment pour le gouvernement norvégien qui travaille depuis longtemps pour devenir le premier pays d'Europe à conclure un accord de libre-échange avec la Chine.

Le ministère chinois des Affaires étrangères a d'ailleurs convoqué l'ambassadeur de Norvège à Pékin pour lui exprimer ses protestations.

Le Comité Nobel persiste et signe

Le président du Comité Nobel, Thorbjoern JaglandAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le président du Comité Nobel, Thorbjoern Jagland

Photo : AFP / Hakon Mosvold Larsen

Le président du comité, Thorbjoern Jagland, a défendu la décision en expliquant que la Chine, en devenant la deuxième économie mondiale, devait « s'attendre à ce que ses faits et gestes soient suivis de près ».

« Alors que la Chine gagne en puissance, nous devons avoir le droit de critiquer [...] Nous devons mettre en avant les forces qui veulent une Chine plus démocratique », a expliqué M. Jagland.

Nous devons parler quand d'autres ne peuvent pas le faire.

Thorbjoern Jagland, président du comité Nobel

L'épouse de Liu Xiaobo invitée à « rejoindre son mari »

Liu Xia, épouse de Liu XiaoboAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Liu Xia, épouse de Liu Xiaobo

Photo : La Presse canadienne / Kyodo News

Dans une entrevue accordée à l'agence Reuter, la femme de Liu Xiaobo, Liu Xia, a répliqué avec force aux autorités chinoises qui accusent son mari d'être un criminel. « Xiaobo est innocent. La Constitution [chinoise] garantit la liberté d'expression. C'est eux qui ont violé la loi », a-t-elle déclarée.

Peu de temps après l'annonce de la remise du prix Nobel à son mari, la police chinoise s'est présentée chez elle pour lui « offrir d'aller visiter son mari » incarcéré dans une prison du nord-est de la province du Liaoning.

« Ils [les autorités] me forcent à quitter Pékin. Ils veulent m'éloigner des médias », a déclaré à l'agence Reuter Liu Xia pendant que son frère l'aidait à préparer ses valises et qu'un agent de police attendait à la porte.

Concert de félicitations pour Liu Xiaobo

Des manifestants réclament la libération de Liu Xiaobo à Hong KongAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des manifestants réclament la libération de Liu Xiaobo à Hong Kong.

Photo : La Presse canadienne / Kin Cheung

Ailleurs dans le monde, la remise du prix Nobel de la paix à Liu Xiaobo a été saluée par de nombreux gouvernements et organisations internationales. Vendredi matin, les Nations unies ont souligné la remise de cette haute distinction à Liu Xiaobo en « reconnaissance » de son long et difficile travail de défense des droits de la personne.

À Washington, le président Barak Obama, qui a lui-même reçu le Nobel de la paix l'an dernier, salué la décision du comité. Il en a profité pour demander au gouvernement chinois de libérer Liu Xiaobo.

En attribuant le prix à M. Liu, le Comité Nobel a choisi un porte-parole éloquent et courageux de valeurs universelles défendues par des moyens pacifiques et non-violents.

Barak Obama, président des États-Unis

Soulignant qu'au cours des 30 dernières années la Chine a fait des « progrès considérables » au plan économique, Barak Obama a rappelé à Pékin à faire ses devoirs en matière de droits de la personne.

« Cette récompense nous rappelle que les réformes politiques n'ont pas suivi [la réussite économique chinoise] et que les droits fondamentaux de chaque homme, chaque femme et chaque enfant doivent être respectés », a poursuivi le président américain.

Ottawa salue le choix du comité Nobel

À Ottawa, le premier ministre Stephen Harper a félicité Liu Xiaobo au nom de tous les Canadiens en exprimant le désir que Pékin procède à sa libération.

« Notre gouvernement a exprimé des inquiétudes pour M. Liu par le passé. J'espère, maintenant qu'il a remporté le prix Nobel de la paix, que nos amis du gouvernement chinois vont envisager sérieusement la question de sa libération », a ajouté le premier ministre canadien.

L'Europe réclame sa libération

À Bruxelles, le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a félicité le dissident chinois Liu Xiaobo. Pour le président de la commission, ce geste du Comité Nobel constitue un « message fort à tous ceux qui, dans le monde, se battent pour la liberté et les droits de l'homme ».

Plus direct que M. Barroso, le président du Parlement européen, Jerzy Buzek, a réclamé la « libération immédiate et sans condition » du nouveau prix Nobel.

Paris prudent

La France, de son côté, s'est faite plus discrète. Saluant avec modération l'attribution du prix au dissident chinois, le ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner a déclaré : « Cette décision incarne la défense des droits de l'homme partout dans le monde ». Selon plusieurs observateurs, Paris tenterait de préserver ses relations avec Pékin en vue d'obtenir l'appui des Chinois pour sa future présidence du G20.

Le gouvernement de Taïwan, l'un des principaux adversaires de Pékin dans la région, a de son côté vivement félicité Liu Xiaobo pour son Nobel de la paix, qualifié « d'historique » par le président du pays Ma Ying-jeou.

Dans sa retraite du nord de l'Inde, le dalaï-lama a également offert toutes ses félicitations au dissident chinois. Dans un communiqué, le chef de l'Église tibétaine en exil a déclaré que cet événement constituait une reconnaissance internationale pour « la voix qui s'élève dans le peuple chinois pour réclamer des réformes politiques, légales et constitutionnelles ».

Avec les informations de Agence France-Presse, Associated Press, et La Presse canadienne

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !