•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Une juge relevée de ses fonctions

Des photos compromettantes de Lori Douglas ont circulé sur Internet.

Des photos compromettantes de Lori Douglas ont circulé sur Internet.

Radio-Canada

La juge manitobaine Lori Douglas se retrouve dans une situation délicate, parce que des photos pornographiques prises au moment où elle était encore avocate se seraient retrouvées sur Internet.

La juge manitobaine Lori Douglas, chef adjointe aux affaires familiales à la Cour du Banc de la Reine du Manitoba, a demandé d'être temporairement relevée de ses fonctions, mercredi, dans la foulée d'un scandale sexuel dans lequel son nom est apparu.

En attendant les résultats de l'enquête dont elle fait l'objet, elle remplira des tâches administratives. Sa décision survient quelques heures après que l'affaire eut été rendue publique par un informaticien de Winnipeg, Alexander Chapman.

L'histoire qui est reprochée à la juge Douglas remonte à 2003, soit deux ans avant sa nomination à la magistrature. M. Chapman affirme avoir été harcelé par l'avocat dont il avait retenu les services pour conclure son divorce, Jack King, le mari de la juge Douglas.

M. Chapman soutient que Me King a tenté de le convaincre d'avoir des rapports sexuels avec sa femme, alors avocate au sein du même cabinet que lui. L'avocat lui aurait montré une trentaine de photos pornographiques mettant en scène sa femme et lui aurait même indiqué où trouver ces photos sur un site Internet.

Alexander Chapman

Alexander Chapman

Alexander Chapman dit avoir porté plainte auprès du cabinet d'avocat de Me King dès 2003. Il a toutefois accepté de signer une entente de confidentialité en échange de 25 000 $.

En juillet dernier, il a cependant déposé une plainte formelle à l'endroit de la juge devant le Conseil canadien de la magistrature, l'organisme d'enquête sur la conduite des juges. Notons que Lori Douglas siège au Conseil canadien de la magistrature.

Alexander Chapman a également déposé une plainte à l'endroit de Me King auprès du Barreau du Manitoba.

Il a aussi intenté trois poursuites distinctes totalisant 67 millions de dollars. Une première poursuite, de 7 millions de dollars, vise la juge elle-même, une deuxième, chiffrée à 10 millions de dollars, vise son mari, et une dernière est intentée contre la firme Thompson Dorfman Sweatman, où travaillait le couple.

Le processus de nomination des juges remis en question

Même si Lori Douglas n'a pas joué un grand rôle dans cette histoire, plusieurs spécialistes estiment qu'elle aurait dû partager cette information lorsqu'elle a été pressentie pour devenir juge.

Au cours du processus de nomination, le comité de sélection demande notamment au candidat si un élément, dans son passé ou actuellement, pourrait nuire à son image ou à celle du système judiciaire et devrait être révélé.

Selon un expert juridique d'Ottawa joint par CBC, même si Mme Douglas, qui a été nommée juge en 2005, avait été la victime involontaire d'une manigance, la présence de photos sur Internet soulève des questions sur sa capacité à accomplir sa fonction de juge.

« Si des photos de vous, nu, finissent sur un site Internet, c'est plutôt difficile de dire que vous avez de la crédibilité d'être juge », indique Sébastien Grammond, doyen et professeur agrégé à la Faculté de droit, section de droit civil, à l'Université d'Ottawa.

Le processus de sélection fonctionne bien pour autant que le candidat dise toute la vérité, estime de son côté l'ancien ministre fédéral de la Justice qui l'a nommée juge, Irwin Cotler.

Jack King, le mari de la juge Lori Douglas

Jack King, le mari de la juge Lori Douglas

« Ce que nous ne savons pas à l'heure actuelle c'est le moment auquel elle a été mise au courant des faits dont nous parlons présentement », a déclaré l'ancien ministre, aujourd'hui député fédéral.

Jack King insiste aujourd'hui pour dire que son épouse n'a jamais su ce qui se tramait jusqu'à la signature de l'entente de confidentialité. La juge Lori Douglas estime pour sa part que toute l'histoire est une affaire privée qui ne mérite pas d'être discutée sur la place publique.

Seul le Parlement peut démettre de ses fonctions un juge fédéral.