•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Exclusif

Le Bixi marche sur les pieds des marchands de vélo

Plusieurs vélos Bixi

Plusieurs vélos Bixi

Photo : Luc Lavigne

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2010 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Les marchands et locateurs de vélo ont vu leur chiffre d'affaires chuter depuis l'arrivée du Bixi dans les rues de Montréal. Pour survivre, certains commercants estiment qu'ils devront revoir les services qu'ils offrent.

Journaliste: Sophie-Hélène Lebeuf (Nouvelle fenêtre)

Si le système de vélos en libre-service Bixi séduit des milliers de Montréalais, la relation entre citoyens et Bixi se construit parfois au détriment d'entreprises de vélo éconduites.

Marchands comme locateurs ont vu leur chiffre d'affaires chuter depuis son arrivée dans les rues de Montréal. « Ça a eu un impact majeur chez les détaillants, surtout ceux qui font de la location », indique Souk Thammavongsa, gérant de Cycle Pop, sur Rachel, en plein coeur du Plateau Mont-Royal.

« On ne peut pas avoir des employés 24 heures sur 24. En plus, avec le Bixi, il y a plusieurs points de remise. On ne peut pas battre une grosse machine comme ça », admet-il.

Patrick Fisch, propriétaire de Vélo Espresso, dans le quartier Ville-Marie, confirme la tendance. « La clientèle qui louait des vélos pour faire de courtes distances nous a désertés un petit peu. J'ai loué 34 % de moins de vélos par rapport à l'an passé. »

Certains clients, ce qui n'est pas l'utilisation conseillée, utilisent même le Bixi pour de plus longs trajets... jusqu'à l'arrivée d'une première facture.

Comparaison de la tarification

Tarifs de base pour le Bixi:
- 5 $ pour 24 h
- 28 $ pour 30 jours
- 78 $ pour un an
+
Utilisation pendant 30 minutes: gratuit
- 31-60 minutes: 1,50 $
- 61-90 minute : 3 $
- Chaque demi-heure supplémentaire: 6 $


Exemple pour 10 h d'utilisation : 111,50 $

Entreprises de location de vélo (pour un vélo de ville)

Cyclo Pop
- 4 h : 17 $
- 24 h : 28 $
- 48 h: 38 $
- 1 semaine : 75 $

Le Grand Cycle
- 1 h: 10 $
- 4 h: 25 $
- 10 h: 30 $
- 24 h: 35 $
- 1 semaine : 100$

Vélo Espresso (vélo de route, vélo hybride)
- Une journée (retour le même jour): 50$; 25$
- 24 h : 60$; 30 $
- Journée additionnelle 25$; 15 $
- 1 semaine : 130 $; 80 $

Des locateurs de vélo qui se sont plaints, auprès de la Société de vélo en libre-service, de la concurrence de ces vélos pour les locations à long terme ont reçu l'autorisation d'apposer des collants arborant leur logo sur les bornes Bixi de leur quartier. L'initiative, lancée par André Giroux, propriétaire de Ça roule Montréal, dans le Vieux-Port, vise notamment à aider les cyclistes à mieux différencier les deux types de location et à cibler leurs besoins.

Certains touristes comprennent mal la tarification, croit M. Fisch. « J'ai argumenté avec des clients parce qu'ils pensaient que pour 5 $, ils pouvaient prendre un Bixi pour la journée, et moi, je charge 25 $ pour la même période.

L'apparition des Bixis a même contribué à la décision de Pignons sur roues, sur l'avenue Mont-Royal, de cesser ses activités de location pour se concentrer sur ses autres activités, nous dit son copropriétaire, Sylvain Lalonde.

Quand ton principal concurrent a 5000 vélos dans le secteur et qu'il est à tous les deux coins de rue, ça ne vaut pas la peine de continuer. Ce n'est pas rentable.

Une citation de :Sylvain Lalonde, copropriétaire de Pignons sur roues

S'il salue l'initiative, il n'en constate pas moins des « effets pervers ». Car l'impact du Bixi a tout de même rattrapé le commerçant, qui constate un « ralentissement significatif » dans les ventes des vélos dits de ville. En raison des risques élevés de vol dans la métropole, plusieurs citoyens qui auraient opté pour un vélo d'entrée de gamme optent plutôt pour un abonnement au Bixi. Et les effets se font davantage sentir cette année que lors de la saison d'inauguration, l'an dernier.

« Les pertes reliées aux ventes de vélos urbains, dont les prix tournent autour de 300 $ ou 400 $, sont grandes », ajoute Bruno Lavergne, propriétaire du Grand Cycle, sur la rue Sherbrooke. « Il me reste entre 30 et 40 vélos qui, normalement, à ce temps-ci de l'année devraient être vendus. Pour ce type de vélos, les pertes commencent à ressembler à 15 % ou 20 % », précise-t-il.

ThammavongsaAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Souk Thammavongsa, gérant de Cycle Pop

Photo : Luc Lavigne

Cycle Pop est encore plus touchée, mais au chapitre des ventes de vélos usagés. « Avant, on en vendait entre 400 et 500 unités par année. Présentement, on n'est même pas rendus à 200 », nous dit M. Thammavongsa. Avec les nouveaux étudiants qui vont arriver en ville, on va peut-être monter jusqu'à 300 unités, mais je ne pense pas qu'on va aller plus haut que ça. »

Depuis 2009, le nombre d'abonnés a doublé. Il est passé à plus de 25 000.

Un effet domino

Tous les détaillants interviewés observent en outre un effet domino. Qui dit moins de ventes de vélos, dit moins de ventes d'accessoires: moins de cadenas, moins de garde-boue, moins de porte-bagages... Et aussi moins de réparations.

Dans chaque département - les ventes de vélos, les ventes d'accessoires, la location - les chiffres ont baissé de 30 % à 40 %. En tout, on a perdu entre 30 000 $ et 40 000 $.

Une citation de :Souk Thammavongsa, gérant de Cycle Pop

« C'est une de mes pires années depuis 1994 », ajoute le gérant de Cycle Pop. La situation est suffisamment grave pour que l'entreprise, située rue Rachel depuis ses tout débuts, en 1991, déménage. « On a perdu tellement d'argent que je dois me relocaliser. « Mon loyer, par rapport à mes revenus, est rendu trop élevé », explique-t-il.

Un manque de consultation

Plusieurs entreprises de vélo n'ont pas apprécié la façon dont le Bixi a été lancé, sans que la Ville ne tienne compte de leurs préoccupations et même sans qu'elle ne cherche à les connaître.

Les responsables « n'ont pas parlé à ceux qui sont dans l'environnement du vélo avant d'élaborer le projet, ils n'ont pas essayé de connaître les impacts que ça occasionnerait », regrette M. Thammavongsa.

Le propriétaire du Grand Cycle abonde dans le même sens. « Ce que je déplore dans ce projet-là, c'est la façon unilatérale dont ça a été développé. Dans le monde du vélo - fabricants, commerçants, manufacturiers - personne n'a été consulté. C'est un projet pour les non-cyclistes, pas pour les cyclistes », affirme-t-il.

Autre facteur de récrimination: l'emplacement des stations de Bixi, qui n'est pas toujours jugé judicieux.

L'année passée, j'ai été victime d'inconscience. Ils sont venus me placer trois racks de Bixi devant mon commerce pendant la nuit, même pas pendant le jour! Il a fallu que je me batte pour parvenir à le faire changer de place. Mais les commerces n'ont pas tous eu cette chance-là.

Une citation de :Bruno Lavergne, propriétaire du Grand Cycle

Le copropriétaire de Pignons sur roue souligne pour sa part que le Bixi a pu bénéficier d'avantages refusés aux cyclistes qui utilisent leurs propres vélos. Ceux-ci réclament depuis des années plus de supports à vélo, fait valoir M. Lalonde, mais il n'y avait jamais d'espace. Or, pour le Bixi, cela n'a pas causé de problèmes.

Trouver d'autres avenues pour survivre

Sylvain Lalonde, copropriétaire de Pignons sur rouesAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Sylvain Lalonde, copropriétaire de Pignons sur roues

Photo : Luc Lavigne

« Dans le monde du vélo, ça évolue beaucoup, mais la pratique du Bixi, à mon avis, va nous forcer à reconsidérer la façon de faire », estime M. Lalonde. « Je pense qu'il faudra encore deux ou trois ans pour voir exactement l'évolution du Bixi lui-même, que je souhaite la meilleure possible. »

« À mon avis, il faut offrir quelque chose qui va être un complément à ce service, et non qui va aller en concurrence directe », croit M. Lalonde, qui songe à reconsidérer le type de vélos vendus.

Cycle Pop, qui offre notamment des classes de spinning et des séances de positionnement personnalisé, se félicite d'ailleurs d'avoir diversifié ses activités ces dernières années. « Une chance qu'on fait des voyages et qu'on a un club de vélo, qui viennent regénérer le tout parce que si on ne faisait que de la vente et des réparations, cette année, on n'arriverait pas ».

L'entreprise recueille en outre un revenu supplémentaire en vendant des accessoires à des entreprises comme Bell Canada, Hydro-Québec ou SNC Lavalin, qui ont un partenariat corporatif avec Bixi. Pour l'instant, le gain est cependant minime: cette activité financière n'a rapporté tout au plus que 2000 $ ou 3000 $.

S'il semble maintenant incontournable, le Bixi apparaît tout de même à M. Lavergne comme une fausse solution. « S'ils veulent avoir une ville vélo, les têtes dirigeantes de Montréal doivent commencer par le commencement: régler le problème du vol. Le jour où ils vont comprendre ça, plusieurs personnes vont abandonner leur voiture pour venir en ville à vélo », soutient M. Lavergne.

Plus optimiste, M. Lalonde pense que le Bixi aura des conséquences positives sur le cyclisme. « Plusieurs personnes qui embarquent sur un Bixi n'avaient pas fait de vélo depuis longtemps ou n'avaient pas fait de déplacements de vélos en ville depuis longtemps. Il y a quand même des limites à utiliser un Bixi: il est lourd et il n'est pas conçu pour faire de longues distances. Mais les gens qui en font redécouvrent quand même le plaisir d'être sur un vélo. Et je pense qu'à moyen terme, ça pourrait leur donner envie de se remettre au vélo et d'en acheter.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !