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Karzaï décrète la fin des firmes de sécurité

Des soldats français en patrouille au nord de Kaboul.

Des soldats français en patrouille au nord de Kaboul.

Photo : AFP / Shah Marai

Radio-Canada

Le président afghan ordonne aux sociétés de sécurité privées de cesser leurs activités dans le pays d'ici le 1er janvier 2011. À mots couverts, Washington juge la décision prématurée.

Le président afghan, Hamid Karzaï, a ordonné, lundi, aux firmes de sécurité privées de cesser leurs activités en Afghanistan d'ici le 1er janvier 2011.

« Il ne s'agit pas de revoir leurs conditions d'enregistrement ou leur fonctionnement, mais bien de les voir quitter le pays », a précisé le porte-parole de la présidence afghane, Waheed Omer.

La pierre d'achoppement, a-t-il ajouté, c'est « la manière dont elles fonctionnent en Afghanistan, la façon dont elles se sont développées comme forces alternatives au gouvernement, tous les problèmes qu'elles ont créés ».

Un décret présidentiel viendra donner les détails du processus.

Le président afghan avait annoncé, la semaine dernière, son intention d'interdire les 52 sociétés internationales et afghanes enregistrées, mais n'avait pas indiqué le délai.

Éléments cruciaux du dispositif de l'OTAN, elles emploient quelque 40 000 personnes, à 90 % des Afghans. Plus des deux tiers travaillent pour le gouvernement américain; un peu moins de la moitié travaillent spécifiquement pour le Pentagone. Les étrangers, souvent d'anciens militaires, assurent leur encadrement pour une rémunération très élevée.

Ces sociétés sont devenues incontournables en Afghanistan, où elles protègent les convois de ravitaillement de l'OTAN ainsi que le personnel expatrié qui travaille sur les programmes d'aide internationale. Elles assurent également l'entraînement des forces afghanes de sécurité.

Elles travaillent avec les forces internationales, le Pentagone, la représentation de l'ONU, les ambassades, les entreprises chargées de gérer les milliards de dollars d'aide internationale, les ONG et les médias occidentaux.

Source de tension

Leur présence dans le pays est devenue un contentieux entre le gouvernement afghan et les forces internationales de l'OTAN.

Les autorités afghanes se plaignent notamment du manque de régulation entourant l'activité de ces compagnies. Elles accusent également les gardes d'agir souvent en dehors des lois du pays.

Certaines firmes qui protègent les convois de l'OTAN ont été accusés d'ouvrir le feu sur des civils sans que ceux-ci aient commis des actes de provocation.

La semaine dernière, le président Karzaï a affirmé que ces sociétés formaient une structure de sécurité parallèle en Afghanistan, une situation qu'il juge inacceptable. Il estime en outre qu'elles utilisent des ressouces qui pourraient être utilisées pour entraîner la police et l'armée.

Certaines firmes se sont retrouvées plongées dans la controverse au cours des dernières années. En 2009, une firme embauchée pour protéger l'ambassade américaine à Kaboul a par exemple tenu des réceptions au cours de laquelle l'alcool coulait à flots et des employés ont été photographiés nus. Une enquête a révélé que les employés d'une autre firme fréquentait les maisons de prostitution de la capitale.

Des enquêteurs se rapportant au Sénat américain ont en outre révélé que la firme Blackwater avait embauché des consommateurs de drogue dure pour entraîner l'armée afghane et avait permis à tous ses employés de porter une arme, même s'ils n'en avait pas l'autorisation.

Une décision jugée prématurée

Le porte-parole du département d'État américain, P.J. Crowley, a indiqué que les États-Unis désiraient avoir davantage de précisions sur la décision. « Un délai de quatre mois pose un grand défi », a-t-il dit.

Sans critiquer directement l'annonce de la présidence afghane, le Pentagone s'est implicitement prononcé pour un retrait plus échelonné. « Tout le monde à hâte au jour où les conditions de sécurité seront telles que les sociétés de sécurité pourront disparaître purement et simplement d'Afghanistan », a réagi un porte-parole, Bryan Whitman.

« Ceci dit, d'ici là, nous allons continuer à travailler avec le gouvernement afghan pour améliorer leur surveillance et leur gestion, et pour planifier une réduction progressive de leur nombre, en fonction des conditions de sécurité », a-t-il ajouté. La dissolution des sociétés privées de sécurité doit se faire « de manière réfléchie et en reconnaissant l'importance du défi que cela pose », a-t-il dit.

La décision risque également de rencontrer une résistance auprès des autres partenaires de l'OTAN, qui dépendent grandement des firmes privées pour assurer la sécurité de leurs convois et de leurs installations à travers le pays.

Plusieurs analystes estiment que la décision est prématurée. L'analyste politique afghan Haroun Mir, proche du commandant Massoud, le chef de l'Alliance du Nord assassiné en 2001, rappelle que les forces de sécurité afghanes ne sont pas prêtes à assurer la sécurité du pays.

Le président Karzaï voudrait en effet que l'armée et la police afghanes prennent la relève des forces internationales en 2014.

En outre, ajoute M. Mir, « les forces afghanes de sécurité ne sont pas encore fiables. Il y a des cas d'infiltration des forces afghanes par les insurgés ». Certains d'entre eux ont tué des soldats afghans et étrangers, notamment britanniques.

Comme les forces militaires et policières afghanes ne sont pas encore capables de veiller à la sécurité nécessaire, les firmes privées remplissent le vide, a de son côté expliqué la brigadière-générale Margaret Boor.

En juin dernier, a-t-elle rappelé, l'armée américaine a mis sur pied un groupe de travail pour resserrer la réglementation et la surveillance des contractuels. Le groupe a déjà pris des mesures en ce sens, a-t-elle affirmé.

La sécurité s'est détériorée au cours des derniers mois dans les régions du nord et du centre de l'Afghanistan.

Avec les informations de Agence France-Presse, et Associated Press