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Les aveux d'un tueur en série

Robert Pickton s'entretient avec son codétenu, qui est en fait un agent double

Robert Pickton s'entretient avec son codétenu, qui est en fait un agent double

Radio-Canada

L'interrogatoire du tueur en série, en 2002, ainsi qu'une conversation avec un policier qui prétendait être un codétenu, sont rendus publics. Pickton avoue notamment qu'il avait l'intention de tuer d'autres femmes.

Le public a maintenant accès au contenu d'un interrogatoire du tueur en série Robert Pickton et d'un entretien dans lequel il se raconte. Les transcriptions ont été rendues publiques vendredi, tout comme une partie des bandes vidéo.

Mené après l'arrestation de Pickton, l'interrogatoire (premier document intégré plus bas) s'est échelonné, entre le 22 février 2002, dès 10 h, et le lendemain, jusqu'à 22 h. Au cours de l'interrogatoire, celui-ci esquive les questions compromettantes des policiers.

C'est après, dans sa cellule, lors de conversations avec un policier qui se fait passer pour un codétenu (deuxième document), que le meurtrier passe aux aveux.

Dans un premier temps, il nie toute implication dans les assassinats, attribuant son arrestation au fait que les policiers n'avaient aucune piste pouvant les aider à résoudre le dossier des disparitions de femmes du quartier Downtown Eastside de Vancouver.

Il se décrit comme un homme qui n'a pas de vice. « Je ne prends pas de drogue, je ne fume pas, je ne bois pas. Je suis juste un fermier », dit-il.

Pickton affirme par la suite qu'il a tué 49 femmes et indique qu'il compte faire plus de victimes.

Je vais en tuer une autre, pour me rendre à 50.

Robert Pickton

Puis, il indique qu'il prendra une pause avant d'en tuer 25 autres. Lorsque l'agent double lui demande les preuves que les policiers ont contre lui, il répond qu'ils ont trouvé des traces d'ADN et des « vieilles carcasses ». Évoquant une façon de s'en débarrasser, il fait en outre référence à une « usine de dépeçage ».

S'il s'est fait prendre, ajoute-t-il, c'est parce qu'il a commencé à devenir négligent.

Il accuse également les policiers d'avoir gâché sa vie et de lui avoir enlevé tout ce qu'il avait et ce pour quoi il avait travaillé.

Au cours de l'entretien, il se vante auprès de son codétenu d'être devenu célèbre.

Je suis déjà une légende. [...] T'as probablement entendu parler de moi [...] dans les nouvelles ou dans les journaux. Tout le monde me connaît, hein? Le putain de monde entier me connaît, partout, jusqu'à Hong Kong.

Robert Pickton

Pickton donne aussi des détails sur sa jeunesse et sur sa vie, racontant par exemple avec émotion la mort de son cheval préféré. À d'autres moments, il imite des chevaux et des autruches, et rit de ses propres blagues.

La divulgation des discussions fait suite à la levée partielle des interdits de publication imposés lors du procès, dans la foulée de la décision de la Couronne de la Colombie-Britannique, mercredi, de ne pas donner suite aux 20 chefs d'accusation de meurtre avec préméditation qui pesaient toujours contre l'ancien éleveur de porcs de Port Coquitlam.

Certains des enregistrements - mais pas tous - avaient été présentés au tribunal lors du procès de Pickton, il y a trois ans, mais ils avaient été mis sous scellés depuis la fin des procédures juridiques.

Pickton a été condamné à une peine de prison à perpétuité sans possibilité de libération conditionnelle avant 25 ans pour le meurtre de six femmes, tuées entre 1997 et 2002.

Interrogatoire de Robert Pickton (Nouvelle fenêtre)

Transcription de la conversation de Robert Pickton avec un agent double (Nouvelle fenêtre)

Plaidoyer pour une enquête publique

Les révélations liées à l'enquête, rendues publiques plus tôt cette semaine, choquent les familles des victimes du tueur en série.

Elles s'interrogent sur le traitement de cette affaire par la police et demandent à nouveau la tenue d'une enquête publique sur les agissements des corps policiers.

Il a notamment été révélé que la police avait déjà arrêté Robert Pickton pour tentative de meurtre en 1997.

Lors de l'enquête préliminaire, une prostituée, dont le nom n'a pas été dévoilé, a raconté comment, en mars 1997, elle s'était enfuie de la ferme de Robert Pickton après avoir été menottée et poignardée. À l'époque, les accusations de tentative de meurtre avaient cependant été abandonnées. Le juge considérait que le témoignage de la prostituée toxicomane manquait de crédibilité. Son témoignage n'avait donc pas été entendu par les jurés lors du procès de Robert Pickton, en 2007.

Rappelons que l'agression de la prostituée en 1997 est survenue avant le meurtre des six femmes dont Robert Pickton a été reconnu coupable et avant le meurtre de 15 des 20 autres femmes.

Ernie Crey, le frère d'une des femmes disparues, soutient que si on avait réussi à condamner Robert Pickton en 1997, il n'aurait pas fait autant de victimes. M. Crey se dit plus résolu que jamais à demander une enquête publique sur les ratés du système judiciaire dans l'affaire Pickton.

Une pratique courante?

Éric Beauregard, criminologue à l'Université Simon Fraser, admet qu'il est courant que la police évite les poursuites pour des crimes dont les prostituées ou les toxicomanes sont victimes.

« Quand ils [les policiers] sont confrontés à un dossier qui implique des victimes plus marginales, ils savent que ça va être un défi de plus, que de s'assurer que la victime ou le témoin va se présenter pour témoigner et qu'il va avoir une certaine crédibilité », explique-t-il.

Le criminologue juge également souhaitable ce qu'il appelle « une autopsie de l'enquête Pickton » pour éviter que les mêmes erreurs ne se produisent à l'avenir.

Ces leçons pourraient servir à résoudre les meurtres de 18 femmes autochtones sur ce qui a été appelé « l'autoroute des larmes » dans le nord de la Colombie-Britannique, des crimes qui se multiplient depuis 20 ans et pour lesquels on n'a toujours trouvé aucun coupable.

Avec les informations de La Presse canadienne, CBC, et Globe and Mail