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Hostilités mortelles à la frontière

Un soldat de la FINUL agite le drapeau de l'ONU en direction de soldats israéliens avant les affrontements.
Un soldat de la FINUL agite le drapeau de l'ONU en direction de soldats israéliens avant les affrontements. Photo: AFP / Ali Diya
Radio-Canada

Trois Libanais et un Israélien perdent la vie au cours d'affrontements militaires survenus à la frontière. Tandis que le Liban et Israël se rejettent la responsabilité des violences, la communauté internationale appelle les deux parties à la retenue.

Trois Libanais et un Israélien ont perdu la vie, mardi, dans des affrontements survenus à la frontière entre les deux pays, selon diverses sources des deux côtés.

L'armée libanaise a indiqué que deux des siens avaient été tués et que 15 autres personnes avaient été blessées, sans toutefois préciser si des civils en faisaient partie. Le quotidien libanais Al Akhbar, proche du Hezbollah, a pour sa part annoncé la mort d'un de ses journalistes.

Du côté israélien, l'armée a précisé qu'un officier avait été tué et qu'un autre avait été grièvement blessé.

Beyrouth et Tel-Aviv se sont rejetés la responsabilité des violences.

Selon un communiqué de l'armée libanaise, une patrouille israélienne a traversé la barrière de sécurité près d'Aadaissé, dans le secteur est du Liban-Sud, malgré une « intervention de la Force des Nations unies au Liban [FINUL] pour l'en empêcher ». Les accrochages se sont produits après que l'armée israélienne eut tenté d'enlever un arbre qui se trouvait du côté libanais de la frontière, a affirmé un porte-parole.

Selon cette version, un obus israélien a frappé une maison d'Adaïsseh, une ville libanaise frontalière, tuant alors le journaliste d'Al-Akhbar. L'armée libanaise serait intervenue en utilisant des armes à feu et des roquettes.

Le président libanais, Michel Sleimane, a affirmé que les soldats israéliens ont violé la résolution des Nations unies qui a mis fin à la guerre entre l'État hébreu et le Hezbollah libanais, en 2006. Il a d'ailleurs porté plainte auprès du Conseil de sécurité de l'ONU. Il en outre appelé l'armée à « s'opposer à toute agression israélienne, quels que soient les sacrifices ».

Israël a pour sa part déclaré qu'il tenait le gouvernement libanais responsable des heurts et il l'a mis en garde contre de possibles conséquences si les violences se poursuivent.

Un porte-parole de l'armée israélienne a affirmé que les affrontements ont commencé alors que des soldats effectuaient une patrouille de routine en coordination avec la FINUL. D'après lui, la patrouille était sur le territoire israélien quand elle a été visée par des tirs provenant du Liban. Des responsables de l'armée ont ajouté que les Israéliens avaient répliqué.

Plus tard, la FINUL a publié un communiqué dans lequel elle soutient que les arbres qu'Israël a tenté de déraciner se trouvaient en territoire israélien. « La FINUL a établi [...] que les arbres coupés par l'armée israélienne se situent au sud de la Ligne bleue, du côté israélien », indique le communiqué.

La Ligne bleue a été tracée par l'ONU à la suite du retrait de l'armée israélienne en mai 2000 du Liban-Sud après 22 ans d'occupation pour faire office de frontière.

« Dans cette zone, le gouvernement libanais exprime des réserves concernant le [tracé] de la Ligne bleue », poursuit le communiqué de la FINUL. La force onusienne précise que « le Liban et Israël ont confirmé au secrétaire général de l'ONU que la délimitation de la Ligne bleue était du ressort des Nations unies ».

Le Hezbollah menace de riposter

À Beyrouth, au cours d'une cérémonie soulignant le 4e anniversaire de la « victoire divine » du Hezbollah contre Israël, son chef Sayyed Hassan Nasrallah a profité de l'occasion pour condamner l'« agression » israélienne.

Dans un discours diffusé sur grand écran devant des milliers de partisans, il a averti que son mouvement ne restait pas passif advenant une autre « agression sioniste ».

Partout où l'armée libanaise sera agressée et où se trouvera la Résistance [le Hezbollah], celle-ci n'observera ni le silence ni la retenue. [...] La main israélienne qui prend pour cible l'armée libanaise sera coupée.

Le chef du Hezbollah, Sayyed Hassan Nasrallah

Saluant le « courage » et la « bravoure » des soldats libanais, le chef du Hezbollah a ajouté qu'il avait ordonné aux militants du parti de ne pas intervenir. « Nous avons informé le président de la République que nous n'allions pas prendre l'initiative d'agir », a-t-il ajouté.

« Nous étions prêts à combattre et à nous défendre [...], mais la sagesse, l'intérêt et la loyauté ont fait que la Résistance s'est mise à la disposition de l'armée qui se chargeait de cette confrontation », a déclaré Nasrallah.

Le chef du Hezbollah a estimé que les heurts ne devrait pas dégénérer en nouveau conflit. « Je ne m'attends pas à ce qu'une guerre éclate prochainement [...], mais il y a des raisons de s'inquiéter », a-t-il dit. Il a par ailleurs accusé Israël d'avoir assassiné l'ancien premier ministre libanais Rafic Hariri en 2005.

Inquiétudes de la communauté internationale

Devant ce regain de tension, la Force des Nations unies au Liban a de son côté appelé à un maximum de retenue. « Les soldats de la paix de la FINUL sont sur la zone et tentent d'établir les circonstances de l'incident, ainsi que toutes les victimes possibles », a déclaré le porte-parole Neeraj Singh.

La FINUL mènera une enquête et remettra ses conclusions au Conseil de sécurité dans le but d'éviter des incidents du genre à l'avenir.

Saisi du dossier, le Conseil de sécurité de l'ONU a pour sa part exprimé son inquiétude. Dans un communiqué, les 15 membres de l'organe de l'ONU, dont fait partie le Liban, se disent « profondément inquiets ». Ils unissent leurs voix à celle du secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, en appelant les deux camps à « la plus grande retenue ».

L'Union européenne, la France et les États-Unis ont également exprimé leurs préoccupations face à la situation et ont appelé les parties à ne rien faire pour envenimer la situation.

« Des mesures immédiates devraient être prises de part et d'autre de la frontière afin d'éviter une intensification de la tension ou toute forme de violence supplémentaire », a notamment déclaré la chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton.

La Syrie a de son côté assuré le Liban de son soutien, et l'Iran a condamné l'« incursion » de l'armée israélienne en territoire libanais.

Les incidents les plus sanglants depuis la guerre de 2006

Les violences de mardi sont les incidents les plus sanglants à survenir à la frontière entre les deux pays depuis la guerre de l'été 2006 entre l'État hébreu et le Hezbollah chiite. Israël avait alors lancé une vaste offensive pour riposter à l'enlèvement de deux soldats et l'assassinat de huit autres, revendiqués par le Hezbollah. Le conflit, qui avait duré 34 jours, avait tué plus de 1200 Libanais, en majorité des civils, et 160 Israéliens, en majorité des militaires.

Avec les informations de Agence France-Presse, Associated Press, et Reuters