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WikiLeaks : une fuite qui embarrasse

Des soldats de l'OTAN dans la province de Helmand, le 26 juin 2010

Des soldats de l'OTAN dans la province de Helmand, le 26 juin 2010

Photo : AFP / Bay Ismoyo

Radio-Canada

Le Pakistan affirme que les documents confidentiels indiquant qu'il soutient les talibans en Afghanistan sont tendancieux. Le fondateur du site à l'origine de la fuite défend leur publication.

Les réactions fusent, quelques heures après la publication de milliers de documents confidentiels sur la guerre en Afghanistan par le site WikiLeaks.

Les documents portent sur les dessous de la guerre en Afghanistan, entre 2004 et 2009. Ils traitent notamment d'opérations secrètes et de craintes américaines voulant que les services de renseignement pakistanais aient aidé les insurgés afghans.

Lundi, le Pakistan a indiqué que les documents étaient « partiaux » et « sans fondement ». « Ces informations sont partiales, tirées par les cheveux et n'ont évidemment rien à voir avec la réalité », a déclaré à l'AFP le porte-parole du ministère pakistanais des Affaires étrangères, Abdul Basit.

Selon lui, les documents reflètent « un manque de compréhension total de la complexité » de la situation sur le terrain.

Le ministre a ensuite défendu le « rôle constructif et positif du Pakistan en Afghanistan ».

Dimanche, l'ambassadeur du Pakistan à Washington avait déjà jugé « irresponsable » la publication de ces documents et affirmé que son pays était pleinement engagé dans la lutte contre les insurgés islamistes.

Dénonciations et inquiétudes aux États-Unis

Aux États-Unis, le Pentagone a indiqué lundi qu'il allait se pencher sur les documents et les origines de la fuite, soulignant que cela prendrait des jours, voire des semaines. Le Pentagone précise qu'il allait aussi déterminer les conséquences potentielles de la publication de ces documents sur la sécurité nationale.

Au Congrès, plusieurs élus ont abondé dans le même sens que la Maison-Blanche qui, dimanche, avait fermement condamné la publication des documents, affirmant qu'elle menaçait la sécurité nationale et mettait en danger la vie d'Américains.

Le président de la commission de la Défense de la Chambre des représentants, le démocrate Ike Skelton, a indiqué être « inquiet » de la publication des documents qu'il qualifie d'« imprudente ».

M. Skelton a toutefois soutenu qu'il ne fallait pas tenir compte des « rapports périmés » contenus dans les documents pour décrire la situation actuelle.

« Certains de ces documents impliquent le Pakistan comme aidant les talibans et alimentant l'insurrection en Afghanistan. Il est crucial que nous n'utilisions pas des rapports périmés pour décrire la coopération du Pakistan dans nos efforts en Afghanistan », a-t-il déclaré en ajoutant que le Pakistan « est depuis monté en puissance de façon significative dans son combat contre les talibans ».

Le sénateur Kit Bond, responsable républicain de la commission du renseignement du Sénat américain, a lui aussi dénoncé les fuites et a appelé à traduire ses responsables devant les tribunaux. Selon lui, les conséquences d'une telle publication seront majeures sur la sécurité nationale.

Le sénateur démocrate Russ Feingold a quant à lui indiqué que la publication des documents devrait mener à « une nouvelle stratégie, à commencer par un calendrier de retrait de nos troupes en Afghanistan, de façon à nous mettre en meilleure position pour accomplir notre priorité nationale numéro un: détruire Al-Qaïda ».

Le représentant démocrate Dennis Kucinich a renchéri en disant que la publication était la preuve que la présence américaine en Afghanistan est « contre-productive ».

Washington avait prévenu Kaboul et Islamabad

Lundi, le département d'État américain a indiqué avoir averti en fin de semaine l'Afghanistan et le Pakistan de la publication à venir des documents secrets. Selon le porte-parole du département d'État, Philip Crowley, les documents pouvaient donner une bonne idée de ce qui se passait sur le terrain entre 2005 et 2007. Mais selon lui, la situation est bien différente maintenant en raison des « fondations fortes » que l'administration Obama a établi avec l'Afghanistan et le Pakistan.

Réaction prudente du Canada

Au Canada, le ministre des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, n'a pas voulu commenter ouvertement le contenu des documents. En point de presse, il a insisté sur le fait que les documents publiés étaient « américains » et non « canadiens ».

Il a toutefois indiqué que le gouvernement canadien était préoccupé par la fuite de documents qui pourraient mettre en danger la vie des militaires canadiens en Afghanistan.

Il a ajouté que le gouvernement canadien travaillait en étroite collaboration avec le Pakistan en Afghanistan.

Le fondateur de WikiLeaks, Julian Assange

Le fondateur de WikiLeaks, Julian Assange, lors d'une conférence de presse à Londres pour justifier la publication des documents secrets.

Photo : AFP / Leon Neal

Le fondateur de WikiLeaks se défend

Le fondateur du site WikiLeaks a pour sa part défendu la publication des documents confidentiels, soulignant qu'ils révèlent, selon lui, de possibles « crimes de guerre » commis par la coalition internationale.

« Il revient à un tribunal de dire clairement si on est en présence ou non d'un crime. Cela dit, à première vue, il semble qu'il y ait des preuves de crimes de guerre dans ces documents », a déclaré Julian Assange lors d'une conférence de presse à Londres.

M. Assange estime que ces informations « permettent de comprendre ce qu'a été la guerre au cours des six dernières années » et démontrent que « le cours de la guerre doit changer ».

Julian Assange a aussi défendu le travail journalistique derrière la publication des documents. Selon lui « le bon journalisme est controversé par nature ».

« Nous sommes habitués au fait que ceux dont nous dénonçons les abus essaient de [nous] discréditer [...] Nous ne voyons pas autre chose dans la réponse de la Maison-Blanche », a déclaré Julian Assange en précisant que « c'est le rôle du journalisme de s'en prendre aux puissants et, lorsqu'ils sont mis au défi, il y a toujours des réactions ».

Le fondateur de WikiLeaks a ajouté n'avoir aucun doute sur la fiabilité des documents.

Avec les informations de Agence France-Presse, Associated Press, et Reuters