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La gratuité, un choix contesté

Yves Bolduc, ministre de la Santé et des Services sociaux du Québec

Le ministre Yves Bolduc

Radio-Canada
Mis à jour le 

Le ministre de la Santé du Québec, Yves Bolduc, confirme l'entrée en vigueur de la gratuité des traitements de procréation assistée dès le 5 août. Plusieurs, dont les médecins spécialistes, estiment que le gouvernement va trop vite.

Dès le 5 août 2010, les couples infertiles du Québec pourront bénéficier de la couverture des traitements de procréation assistée par le gouvernement, a annoncé mardi le ministre de la Santé et des Services sociaux du Québec, Yves Bolduc.

Le Québec devient le premier endroit en Amérique du Nord où ces traitements sont payés par l'État.

Les couples infertiles auront droit à un maximum de trois essais assumés par le régime d'assurance maladie, c'est-à-dire trois cycles de fécondation in vitro qui produisent plusieurs ovules, mais l'implantation d'un seul embryon à la fois, sauf exception. La gratuité sera assurée autant pour les médicaments que pour les activités médicales.

On va permettre à des parents, à des couples, ou à des personnes qui ne peuvent pas naturellement avoir des enfants, d'avoir un bébé avec de l'aide médicale. Une des choses les plus riches pour une personne, c'est d'avoir un enfant.

Le ministre de la Santé du Québec, Yves Bolduc

Plus spécifiquement, le régime public couvrira les opérations suivantes :

  • le prélèvement d'ovules ou de tissus ovarien;
  • la fécondation in vitro;
  • le diagnostic génétique pré-implantatoire;
  • le transfert d'un embryon frais ou congelé;
  • le prélèvement de sperme.

Un traitement dans une clinique privée de fécondation in vitro peut coûter jusqu'à 15 000 $. Le gouvernement évalue les coûts du programme à environ 25 millions de dollars pour la présente année, 32 millions en 2011-2012, jusqu'à atteindre 63 millions de dollars en 2013-2014.

Le ministre Bolduc a déclaré que les services spécialisés seront concentrés dans les cliniques de procréation et dans les centres hospitaliers universitaires. Les services de base devraient être étendus graduellement aux régions.

La moitié des activités seront offertes dans les cliniques privées et l'autre dans les centres de santé publics. Pour l'instant, le Centre de santé McGill est le seul établissement public à pouvoir offrir ces services.

Le ministère de la Santé croit que le nombre de fécondations in vitro pourrait passer de 3500 cette année à 7000 en 2014-2015. L'infertilité touche des milliers de couples québécois.

Plusieurs, dont des fédérations de médecins, sont en désaccord avec la décision du ministre Bolduc. Ils estiment que le réseau de la santé a besoin d'investissements majeurs, notamment dans les soins de première ligne. Mais Yves Bolduc défend son choix.

« En santé, à chaque jour, on fait des choix. On me donnerait le double, le triple du budget et je serais capable de le dépenser. Le choix qu'on fait, c'est un choix politique et un choix de population. C'est bon pour le Québec parce que ça augmente la natalité; c'est bon pour les soins de santé parce que ça va diminuer les coûts au niveau de la néonatalogie et c'est bon pour les parents », a déclaré le ministre.

Implantation trop rapide, selon les spécialistes

Le président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ), Gaétan Barrette, a affirmé que jamais un programme de santé publique n'avait été implanté d'une façon aussi rapide. Le Dr Barrette a dit prévoir des problèmes quant à sa mise en application car, selon lui, le gouvernement sous-estime à la fois la demande et les coûts du programme.

Le Dr Barrette a soutenu que le gouvernement avait lui-même évoqué un coût, à terme, de 80 millions de dollars, lors de pourparlers avec les spécialistes. Le président de la FMSQ avance même qu'il ne serait pas surpris qu'il en coûte 200 millions de dollars dans quelques années.

Gaétan Barrette dit même s'attendre à ce qu'un « tourisme procréatif » se développe au Québec.

Le Québec va être la seule place en Amérique du Nord où on va avoir accès à ça gratuitement. Et pour y avoir accès, la seule condition va être d'avoir une carte d'assurance maladie. Et une carte d'assurance maladie, vous pouvez l'avoir après trois mois de résidence. Je peux vous annoncer à l'avance qu'il va y avoir beaucoup de "matantes" Georgette qui vont se faire appeler par des Canadiennes. Entre payer 15 000 $ ou 20 000 $ dans une autre province ou venir au Québec et l'avoir gratuitement, c'est un trois mois de vacances qui n'est pas mal payé, ça, qui est très rentable.

Gaétan Barrette, président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec

Le Dr Robert Sabbah, premier vice-président de l'Association des obstétriciens et gynécologues du Québec, y voit un coup d'éclat politique et se dit très inquiet. Il n'y aura pas assez de gynécologues pour répondre à la demande, soulève-t-il, puisqu'il en manque déjà de 60 à 70 au Québec pour suivre les grossesses normales. Le Dr Sabbah a donné l'exemple du Danemark, qui a diminué l'accès à son programme public de traitement de l'infertilité en raison de ses coûts.

Pour sa part, la présidente de l'Association des pédiatres du Québec, la Dre Pascale Hamel, met en garde contre les problèmes liés à la fécondation assistée et juge que le ministère est trop optimiste dans ses prévisions concernant l'impact du programme sur les naissances.

Une manne pour le secteur privé, dit l'APTS

L'Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) reproche au ministre de la Santé son empressement à vouloir implanter son programme, alors que le réseau public de santé n'est pas en mesure de répondre à la demande. Pour Dominique Verreault, présidente de l'APTS, le gouvernement utilise des fonds publics pour ouvrir des marchés lucratifs au secteur privé.

Le Centre universitaire de santé McGill est le seul établissement public qui dispose à l'heure actuelle de l'équipement et des ressources pour offrir les services de procréation assistée. Les cliniques privées héritent donc d'un marché en or, compte tenu de la forte demande pour des essais de fécondation in vitro, estime le syndicat.

Avec les informations de La Presse canadienne

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