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Le patron du SCRS avare de détails

Richard Fadden a témoigné devant le comité de la sécurité nationale et de la sécurité publique.

Richard Fadden a témoigné devant le comité de la sécurité nationale et de la sécurité publique.

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2010 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Devant le comité de la sécurité nationale des Communes, Richard Fadden maintient que l'ingérence étrangère en sol canadien est une « menace », mais refuse d'étayer ses affirmations.

Ceux qui voulaient des précisions sur les allégations d'espionnage formulées récemment par le directeur du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS), Richard Fadden, sont restés sur leur faim lors de sa comparution, lundi, devant les députés du comité de la sécurité nationale et de la sécurité publique de la Chambre des communes.

Lors d'une entrevue diffusée par la CBC, le 21 juin dernier, M. Fadden avait évoqué des opérations de noyautage menées par des gouvernements étrangers auprès de politiciens canadiens.

Il avait alors déclaré que le service canadien de contre-espionnage soupçonnait les ministres de deux gouvernements provinciaux et plusieurs politiciens municipaux de la Colombie-Britannique d'être à la solde de gouvernements étrangers.

Devant le comité, il a affirmé qu'il avait fait ces remarques « par pure distraction ».

Pressé de questions par les députés, le patron du SCRS n'a pas dévoilé davantage de détails à ce sujet, ce qui a fait bondir la députée bloquiste Maria Mourani.

« Qui sont ces ministres? lui a-t-elle demandé. Je vous donne la chance, maintenant, de le dire. Qui sont ces ministres qui sont des traîtres à la nation, M. Fadden? »

« Je rejette entièrement la suggestion qu'on parle de trahison », a-t-il répondu. [...] J'ai dit dans mes réponses à M. Mansbridge [journaliste-présentateur à la CBC] qu'on parlait d'une certaine influence. Il n'est aucunement question de trahison, de violation de la loi. Notre préoccupation principale en traitant de ce dossier, c'est de s'assurer que les décisions canadiennes sont prises par des Canadiens. On veut protéger les Canadiens. »

Le directeur du SCRS s'est toutefois voulu rassurant, affirmant que les préoccupations qu'il avaient soulevées « ne constituent pas une menace pour la sécurité nationale ». Il a ajouté qu'aucune vie n'était en jeu dans cette affaire et qu'aucun secret national n'a été divulgué à sa connaissance, de sorte qu'il n'a jamais prévenu le ministre de la Sécurité publique, Vic Toews, ou le Bureau du Conseil privé.

Le ministre et le bureau sont cependant « de manière générale » au courant de l'ingérence étrangère au pays, selon lui.

« Cela dit, je m'en tiens à mon message général sur l'ingérence étrangère. Il s'agit d'une source de préoccupation et d'une menace, ici et ailleurs, beaucoup plus réelle que bien des gens ne le pensent, et il y a lieu d'en faire état [...] et d'en discuter. »

— Une citation de  Richard Fadden

M. Fadden a expliqué que la CBC avait enregistré un discours qu'il a prononcé en mars devant des policiers et des militaires canadiens qui étaient intéressés par ce genre d'informations. Le diffuseur public l'a ensuite confronté à ce sujet. Il s'est néanmoins dit surpris que ses commentaires aient provoqué un tel tollé.

« Je ne suis pas d'accord avec toutes les critiques qui ont été formulées, mais si mes remarques ont perturbé qui que ce soit, je le regrette. Et sachez qu'à l'avenir, je m'abstiendrai de fournir de telles informations », a indiqué M. Fadden.

Avant que M. Fadden n'entreprenne son témoignage, des membres du comité ont évoqué l'idée que des proches du premier ministre Stephen Harper, dont des responsables au sein du Bureau du Conseil privé, soient aussi appelés à témoigner.

Des réponses jugées insatisfaisantes

Dans une entrevue accordée au Réseau de l'information (RDI), la députée Mourani a déploré que M. Fadden soit « resté dans la généralité ». « Il en dit plus à CBC qu'il en a dit au comité! », a-t-elle lancé. Lors de l'entretien à CBC, il avait évoqué les influences exercées par des pays comme la Chine, l'Inde et des pays du Moyen-Orient, a-t-elle fait valoir alors que lors de sa comparution, il s'est refusé à identifier les États visés par ses allégations.

La députée bloquiste a également regretté qu'il ait refusé de préciser le type d'influence exercée par les États ciblés ou d'identifier les politiciens et les provinces visées par ses allégations. « Il a refusé de me confirmer ou de m'infirmer si le Québec était ciblé », a-t-elle précisé.

« Il ne veut pas utiliser le mot "traître", a ajouté Mme Murani, mais il parle d'ingérence, d'infiltration. Il parle de politiciens [...] qui seraient à la solde de pays étrangers. C'est quand même grave comme accusation.

Si les politiciens auxquels le directeur du SCRS fait référence n'ont rien fait d'illégal, pourquoi certains d'entre eux font-ils l'objet d'une enquête depuis deux ans? a t-elle demandé.

La fonction du SCRS, a-t-elle rappelé, « c'est de faire des analyses, des enquêtes sur des menaces envers le Canada et d'en faire rapport à la GRC justement pour porter des accusations criminelles ou poursuivre les enquêtes et d'en faire rapport au ministre.

« Je trouve aberrant que le chef du SCRS », qui doit faire preuve de « discrétion » « se retrouve soudainement à faire des entrevues dans les médias, en accusant sans aucune preuve et en portant le discrédit sur certains politiciens ».

Lui qui est un « vieux routier » et qui a oeuvré avec plusieurs ministères, dont le Conseil privé, il « a osé nous dire [...] qu'il n'a pas fait exprès. Par pur manque d'attention, il aurait échappé ce genre d'information, j'ai beaucoup de mal à croire à tout ça. »

Le Bloc québécois réclame donc sa démission.

« On l'a demandé au comité, j'ai même fait un avis de motion pour que M. Fadden ait un blâme et qu'il démissionne. Il n'a plus sa place au SCRS. »

— Une citation de  La députée Maria Mourani

Le premier ministre Harper n'a pas encore répondu à la requête bloquiste. « Mais s'il ne répond pas, il est complice », a-t-elle dit.

La députée propose également d'« étudier le fonctionnement de la SCRC au niveau des sorties médiatiques ».

Avec les informations de La Presse canadienne, et CBC

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