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50 ans d'indépendance et de malheurs

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2010 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

La RDC soulignera avec faste, mercredi, le 50e anniversaire de son accession à l'indépendance. La fête est assombrie par le bilan de ces années, marquées par la dictature, la guerre et les souffrances d'une population qui vit toujours dans une grande pauvreté, malgré les richesses dont regorge le pays.

La République démocratique du Congo (RDC) se prépare à célébrer avec faste, mercredi, le 50e anniversaire de son indépendance. Dans la capitale Kinshasa, l'évènement sera marqué par un grand défilé sur le boulevard du 30 juin, qui a bénéficié pour l'occasion d'une cure de rajeunissement exécutée par des travailleurs chinois.

Des enfants congolais dans un camp de réfugiés de Kibati, au Nord-Kivu (archives)Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des enfants congolais dans un camp de réfugiés de Kibati, au Nord-Kivu (archives)

Photo : AFP / Pascal Guyot

Les cérémonies se dérouleront en présence du roi Albert II de Belgique, qui est l'ancienne puissance coloniale. Selon la présidence congolaise, quatre autres monarques, 18 chefs d'État ou de gouvernement et le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, seront présents pour cette célébration.

L'anniversaire du pays, longtemps connu sous le nom de Zaïre, est assombri par le bilan de ces 50 premières années d'indépendance. Bien que la RDC soit un pays disposant d'immenses ressources, notamment minières, sa population vit dans une grande pauvreté : près de 80 % des 67 millions d'habitants vivent avec moins de 2 $ par jour.

Le pays a en outre son lot de malheurs : assassinat de son leader historique, Patrice Lumumba, en 1961, prise du pouvoir par le général Mobutu, qui a pillé le pays, dictature de Laurent-Désiré Kabila, sans compter, plus récemment, la première grande guerre africaine, qui a fait de 3 à 5 millions de morts et des millions de déplacés entre 1998 et 2003.

La guerre, à laquelle participaient plusieurs États africains attirés par des concessions minières d'or, de cuivre, de cobalt ou de coltan, a aussi été marquée par une véritable épidémie de violences sexuelles dont les conséquences sont assurément importantes.

Les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, à la frontière du Rwanda, ont été particulièrement éprouvées par ce conflit, qui a mis aux prises des Hutus, des Tutsis et l'armée congolaise. Cette dernière, censée assurer la sécurité, se voit plutôt accusée de se livrer à son lot d'exactions.

La région, toujours sujette à des épisodes de violence, accueille aujourd'hui le plus important déploiement de Casques bleus de l'ONU, avec quelque 20 000 soldats. L'inefficacité de cette mission est régulièrement décriée.

Dérive autoritaire

L'élection en 2006 de Joseph Kabila, fils de Laurent-Désiré Kabila, a ravivé quelque peu l'espoir d'un tournant démocratique, mais ses promesses tardent à se réaliser.

Joseph KabilaAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le président de la République démocratique du Congo, Joseph Kabila

Photo : AFP / GIANLUIGI GUERCIA

En avril dernier, l'International Crisis Group, dirigé par la Canadienne Louise Arbour, a souligné que le président Kabila connaissait une dérive autoritaire. « Le pouvoir est centralisé dans les bureaux de la présidence, le système de poids et contrepoids [politiques] n'existe pas, et les libertés civiles sont régulièrement bafouées. »

Le mois dernier, par exemple, un défenseur des droits de l'homme, Floribert Chebeya, a été assassiné alors qu'il se rendait à un rendez-vous avec le chef de la police nationale. Ce dernier a depuis été suspendu et une douzaine de policiers ont été accusés au terme d'une enquête menée par l'armée.

Des groupes de défense des droits de la personne belges ont d'ailleurs prié le roi Albert II et le premier ministre Yves Leterme d'annuler leur visite dans la foulée de cette affaire.

Les relations entre la RDC et la Belgique, qui ont toujours été difficiles, ont aussi été marquées par la récente décision des fils de l'ex-président Patrice Lumumba de poursuivre pour crimes de guerre 12 responsables belges soupçonnés d'avoir trempé dans l'assassinat de leur père.

La 51e année d'existence du pays pourrait amener une nouvelle lueur d'espoir. Le Fonds monétaire international pourrait annoncer qu'il annule jusqu'à 8 milliards de dollars en dettes contractées par le pays au fil des années. Effacer l'ardoise ne garantira cependant pas le développement économique qu'espèrent des millions de Congolais.

La semaine dernière, l'ambassadrice néerlandaise en RDC, Ellen Berends-Vergunst, a profité du fait qu'elle quitte le pays pour se plaindre de la faiblesse du système de justice du pays et de la « corruption massive » de ses dirigeants. Au moment de l'indépendance, a-t-elle dit, le pays comptait 6000 entreprises européennes. Il en reste aujourd'hui moins d'une centaine.

Durs constats

« Ne faudrait-il pas reconnaître que la source première de la plupart de nos problèmes et de nos échecs réside dans une vision et une pratique du pouvoir politique contraires aux idéaux de l'indépendance et des sociétés démocratiques? », a récemment écrit la Conférence épiscopale nationale du Congo dans une lettre publiée à l'occasion du 50e anniversaire de l'indépendance.

Un combattant de l'Union des patriotes congolais, en Ituri, surveille les travailleurs d'une mine d'or. En RDC, les mines enrichissent davantage les groupes armés et les compagnies étrangères que les Congolais.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des travailleurs dans une mine en RDC

Photo : AFP / Eric Feferberg

« En effet, au lieu d'être un service du bien commun, les responsabilités publiques sont appréhendées et exercées dans la logique du partage des avantages économiques au détriment de la population », poursuivent les évêques.

Les ressources naturelles, ajoutent-ils, « constituent à la fois un bonheur, c'est-à-dire un important atout économique pour le redressement du pays, et un malheur, c'est-à-dire une source permanente de convoitises, de conflits, de corruption, voire d'une mafia internationale dont certains Congolais sont complices.

« Le manque à gagner occasionné par cette exploitation illicite aurait pourtant servi à élaborer des projets ambitieux de développement économique en vue d'accroître la production nationale et d'améliorer ainsi les conditions de vie des populations », affirme la Conférence épiscopale.

Denis Kalumbe Numbi, un ancien ministre de l'Intérieur chargé des préparatifs des commémorations, se montre moins lapidaire, sans pour autant sombrer dans l'aveuglement. « Il faut que nous célébrions les bonnes et les mauvaises expériences des 50 dernières années. Il faut que nous corrigions notre histoire », a-t-il dit dans une entrevue à Reuters.

« Il s'agit d'une jeune démocratie qui a ses propres problèmes [...] Nous souhaitons une renaissance. Nous voulons mettre à profit ce moment pour réfléchir et savoir dans quelle direction nous souhaitons aller pour les 50 prochaines années », affirme M. Numbi.

Avec les informations de Agence France-Presse, et Reuters

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