•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Le militaire escrimeur

Hugues Boisvert-Simard

Hugues Boisvert-Simard

Photo : Caroline Larose/Sportcom

Radio-Canada

En trois ans, l'épéiste Hugues Boisvert-Simard est passé de 200e à 11e au monde. Une progression fulgurante pour le réserviste des Forces canadiennes qui a commencé l'escrime sur le tard.

Militaire, propriétaire d'immeubles à logements (16 en tout)... et aussi escrimeur. Hugues Boisvert-Simard a un profil d'athlète des plus inusités.

Combien d'athlètes travaillent de 8 à 4 du lundi au vendredi et qui, entre deux compétitions, doivent effectuer des travaux d'entretien, sans compter la rénovation de leur maison?

Poser la question, c'est y répondre!

« Quand les gens m'appellent pour me dire que la toilette coule et que je suis en Australie, disons que la toilette continue à couler », lance en riant le Québécois qui célébrera ses 29 ans à la fin juillet.

Malgré son emploi du temps chargé et particulier, Boisvert-Simard figure parmi les meilleurs épéistes de la planète... 11e au monde plus précisément.

Une progression fulgurante de 189 rangs en 3 ans pour l'administrateur au peloton du 1er bataillon du Royal 22e régiment de Valcartier, membre de l'équipe canadienne depuis 2008 seulement.

Il faut dire que l'escrime est entrée dans sa vie sur le tard.

« La première fois que j'ai essayé, j'avais 13 ans. L'été, mes parents m'inscrivaient dans des camps de sport. J'aimais ça, j'aurais voulu continuer, mais ça n'a pas adonné. J'ai joué au badminton pendant une couple d'années et quand j'ai arrêté le badminton, je me suis demandé qu'est-ce je pourrais essayer.

« J'ai recommencé l'escrime à 19 ans et j'ai eu la piqûre tout de suite. Je me suis acheté un équipement complet dans les trois premières semaines. »

Un employeur conciliant

Hugues Boisvert-SimardAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Boisvert-Simard lors de sa 2e place au Portugal

Photo : Club Estoc

Commencer à l'âge adulte a certes ses inconvénients, surtout au niveau de l'expérience et de la confiance. Parmi les 16 meilleurs mondiaux, il est celui qui a le moins manié l'arme. Par contre, chaque médaille a son envers.

« Moi, ça fait 9 ans et j'ai encore vraiment le goût de voyager, de faire des camps d'entraînement et des compétitions. Et j'ai l'impression que je vais avoir encore le goût pendant un autre cycle olympique. C'est surtout ça l'avantage d'avoir commencé tard », soutient le médaillé d'argent des Coupes du monde au Portugal (2010) et à Berne (2009).

Un autre avantage de taille pour le réserviste, c'est le soutien de son employeur. Comme l'armée prône l'activité physique, elle accepte de le libérer 3-4 mois par année pour ses compétitions.

L'armée a aussi acquiescé à sa demande de troquer les entraînements matinaux (7 h 30 à 10 h) spécifiques pour ses fonctions pour ceux propres à son sport, comme le sprint ou les déplacements. À 10 h, il gagne donc le boulot en même temps que ses collègues militaires... et ce jusqu'à 16 h 30.

Et comme les réservistes partent en mission seulement s'ils en font la demande, eh bien, l'escrime ne lui donne pas de privilège.

Rentré dans l'armée à 17 ans pour ne pas laver la vaisselle dans un restaurant ou emballer des conserves dans un supermarché, Boisvert-Simard a aussi acquis une discipline et une force de caractère qui le servent bien dans son sport.

« Moi, je ne me stresse pas beaucoup. Il y a du monde qui va arriver en compétition et le stress va les bloquer. Moi, quand je me mets de la pression, ça me permet de mieux tirer et je n'ai pas de complexe face à mes adversaires. Je n'ai pas froid aux yeux et je fais ce que j'ai à faire. L'escrime, c'est beaucoup mental. Ça peut faire la différence entre quelqu'un qui peut bien performer ou mal performer. »

2012 sinon 2016... et pourquoi pas 2020

Hugues Boisvert-SimardAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Hugues Boisvert-Simard

Photo : Caroline Larose/Sportcom

La prochaine année sera cruciale pour Boisvert-Simard, qui est devenu samedi le deuxième épéiste canadien (après Danek Nowosielski en 1999) à décrocher une médaille, le bronze, à la Coupe du monde de Montréal.

Actuellement, son rang mondial lui évite les qualifications (les 16 premiers sont exemptés) dans ses compétitions. Mais d'ici les Championnats panaméricains en août, il aura beaucoup de points à défendre, puisqu'il a gagné la médaille de bronze à l'édition 2009.

Puis, à compter de mai 2011 commenceront les sélections olympiques pour les Jeux de Londres. Et comme les 12 premiers mondiaux sont automatiquement qualifiés, il est important de conserver ses points.

D'autant plus que la zone américaine, qui s'étend du Canada au Chili, n'obtiendra que de 3 à 5 places. La lutte s'annonce serrée entre les Canadiens, les Américains, les Vénézuéliens et les Cubains.

« Si c'était cette année, je serais bien parti pour y aller, dit le porte-couleurs du club l'Estoc. C'est le fun d'être 11e au monde et que ça aille bien, mais si je régresse un peu l'an prochain, Londres pourrait disparaître vite. »

S'il glissait sous la barre du 12 magique, Boisvert-Simard pourrait toujours caresser son rêve, mais il devrait demeurer parmi les deux premiers de la zone américaine.

2012, c'est son but. Mais si jamais les planètes ne s'alignent pas, sa passion et sa détermination le feront poursuivre jusqu'en 2016, possiblement 2020. D'ailleurs, c'est la raison pour laquelle il s'est inspiré de l'expérience de son ancien coéquipier Charles St-Hilaire et qu'il a acheté des immeubles à logements... pour poursuivre son rêve aussi longtemps qu'il le voudra.

« Le brevet de 900 $ (mensuel) de Sports-Canada, c'est le fun à 22 ans quand tu es encore aux études, mais pas à 32-33 ans avec une maison. Et si un jour l'armée a des besoins opérationnels et qu'elle me dit, on ne peut plus te laisser partir, il va falloir que je quitte ma job. Moi, je me suis dit qu'une des façons de faire l'escrime longtemps, c'est d'avoir des blocs qui vont aussi me rester quand je vais arrêter. »

Boisvert-Simard devrait songer à s'embaucher un concierge parce qu'il y a des toilettes qui risquent de couler pendant encore quelques années!

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !