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Forestières et écologistes s'entendent

Une forêt du Québec
Radio-Canada

Les entreprises forestières canadiennes et les groupes écologistes concluent une entente historique pour la protection de 29 millions d'hectares de forêt boréale.

Les forestières canadiennes et les écologistes enterrent la hache de guerre. L'Association des produits forestiers du Canada et neuf groupes environnementaux ont conclu une entente historique sur la gestion de 29 millions d'hectares de forêt boréale au pays où la biodiversité est menacée.

L'industrie accepte ainsi un moratoire sur l'exploitation, incluant les coupes forestières et la construction de route, sur ces territoires. Les territoires concernés se trouvent au Québec, en Ontario, au Manitoba, en Saskatchewan, en Alberta et en Colombie-Britannique. Au Québec, ce sont près de 8,5 millions d'hectares de forêt boréale qui seront ainsi protégés.

« [Les deux parties] ont défini ensemble une manière plus ingénieuse et plus productive de gérer les défis économiques et environnementaux associés à la forêt boréale, ce qui rassurera les acheteurs internationaux quant au caractère durable de nos produits », s'est félicité le président de l'APFC, Avrim Lazar.

« Il s'agit de notre meilleure chance de sauver le caribou forestier, de protéger de façon permanente de vastes étendues de forêt boréale et de mettre en place des pratiques forestières durables », a déclaré de son côté Mélissa Filion, de Greenpeace.

Parmi les mesures de cette entente figurent, selon l'APFC :

  • « L'élaboration et l'application des meilleures pratiques d'aménagement forestier et de récolte;
  • La formulation de propositions communes pour des réseaux d'aires protégées et le rétablissement d'espèces en péril, notamment le caribou des bois;
  • Une démarche qui tient compte de tout le cycle de vie pour la gestion du carbone forestier;
  • Un appui à l'avenir économique des collectivités forestières et à la reconnaissance des réalisations au chapitre de la conservation sur le marché international ».

Fini la confrontation

En échange, les groupes écologistes mettront « leur campagne de confrontation et de boycottage en veilleuse », selon les mots de Greenpeace. L'APFC déclare de son côté que ces groupes « s'engagent à reconnaître et à appuyer les efforts des membres de l'APFC sur la scène internationale.

Selon l'organisme ForestEthics, il s'agit de la plus importante initiative de l'histoire sur la conservation de la forêt. Les négociations auraient été entamées il y a plus de deux ans.

Le directeur des relations gouvernementales et des affaires publiques chez Abitibi-Bowater, Pierre Choquette, a estimé que la confrontation avec les environnementalistes représentait un « irritant » additionnel dans un marché déjà déprimé.

Au sujet d'une éventuelle hausse de coûts à cause des préoccupations environnementales, le vice-président à la gestion de la ressource forestière chez Tembec, Michel Lessard, a noté qu'il est prévu « que les gens collaborent et qu'une évaluation soit faite de façon à minimiser l'impact sur les coûts ou encore sur les approvisionnements ». Aucune évaluation de ces coûts n'a toutefois été faite, a-t-il précisé.

La forêt boréale canadienne regrouperait les deux tiers des 140 000 espèces animales et végétales ainsi que de micro-organismes au Canada.

Les deux parties ont engagé des discussions avec les collectivités concernées, y compris les Premières nations, « pour les encourager à participer à la réalisation des objectifs de l'entente ».

Un vérificateur indépendant s'assurera de mesurer les avancées effectuées dans le cadre de cette entente.

Les acteurs impliqués

Parmi les organismes à vocation environnementale présents se retrouvent Greenpeace, Canopée, la Fondation David Suzuki et la Société pour la nature et les parcs du Canada.

L'Association des produits forestiers représente 21 entreprises, dont AbitibiBowater, Tembec, Kruger, Canfor, Weyerhaeuser et West Fraser Timber. Ces entreprises exploitent 2/3 des forêts canadiennes.

Une entente bien accueillie

Du côté du Conseil de l'industrie forestière du Québec, le PDG, Guy Chevrette, a évoqué « un pas dans la bonne direction ». Ce regroupement ne fait pas partie de l'entente, mais chacun des membres pourra y adhérer s'il le souhaite, a-t-il assuré.

La Fédération québécoise des Municipalités (FQM) a accueilli cette entente positivement. « Une telle initiative est de nature à donner confiance aux nombreuses communautés dont l'économie repose essentiellement sur l'exploitation de la forêt boréale », a déclaré le président de l'organisme, Bernard Généreux. La FQM veut toutefois que les communautés « puissent avoir leur mot à dire dans le processus en ce qui trait, notamment, à la désignation des aires protégées ».

Le Syndicat canadien des communications, de l'énergie et du papier évoque une « lueur d'espoir pour une industrie maltraitée ».

« Il est temps maintenant que le leadership environnemental soit reconnu comme un avantage à valeur ajoutée des produits forestiers canadiens », a affirmé le président du syndicat, Dave Coles. Selon lui, le moratoire sur les nouvelles exploitations ne devrait pas affecter les emplois à court terme. Le syndicat appelle le gouvernement à financer la planification nécessaire à la mise en oeuvre de cette entente.

Même son de cloche du côté de la Confédération des syndicats nationaux (CSN). « Le Québec ne peut que tirer de grands bénéfices de ce consensus qui démontre que l'environnement et l'emploi peuvent, et doivent, aller de pair », a déclaré la présidente de la CSN, Claudette Carbonneau.

Avec les informations de La Presse canadienne