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Un vêtement controversé

Radio-Canada



À Montréal, la vue d'une femme en niqab dérange et, même, fait peur. Le niqab est ce voile intégral dont se couvrent les femmes musulmanes et qui ne révèle que leurs yeux. Ces « paires d'yeux » ambulantes sont rares dans la ville. Il y en a une vingtaine, peut-être davantage.

Mais, aussi peu nombreuses soient-elles, ces musulmanes qui cachent leur visage suscitent la controverse. En mars, l'expulsion , par les fonctionnaires du ministère de l'Immigration du Québec, de deux femmes portant le niqab dans des cours de français a soulevé les passions. La polémique a mené au dépôt, par la ministre de la Justice du Québec, Kathleen Weil, du projet de loi 94.

La femme en niqab au Québec n'est pas nécessairement consciente qu'elle heurte tout le discours qui prône l'égalité homme-femme, ni qu'elle remet en question la division de l'Église d'avec l'État. Sur ce dernier point, les Québécois sont fragiles, surtout les baby-boomers, qui voient resurgir l'intégrisme religieux, pas catholique cette fois, mais musulman!

Martine Pelletier et Patrick Snyder, professeurs au Département d'études religieuses de l'Université de Sherbrooke

En mars 2010, les téléspectateurs ont pu voir à RDI Naïma Atef Ahmed, pharmacienne de formation, mère de trois enfants et nouvellement Montréalaise. Revêtue d'un niqab et d'un voile noirs sur une ample robe brune à rayures, Mme Ahmed tentait d'expliquer, en arabe, les raisons pour lesquelles elle refusait de retirer son niqab pour poursuivre ses cours de français; des cours qu'elle avait entrepris d'abord au cégep St-Laurent, puis au CACI (Centre d'appui aux communautés immigrantes), et dont elle avait été expulsée. Mais ce jour-là, pour combler le fossé qui séparait cette dame des téléspectateurs et des journalistes, il aurait fallu plus qu'une interprète. Il aurait fallu temps et compréhension.

On aurait aimé que notre étudiante dise : "D'accord, j'enlève le niqab!" Malheureusement, elle ne l'a pas fait. Mais si on avait eu le temps de travailler avec elle. Laissez-nous le temps de faire notre travail d'intégration. Car la grande question est : comment sensibiliser ces femmes [à nos valeurs] sans les isoler?

Anaït Aleksanian directrice du Centre d'appui aux communautés immigrantes (CACI), d'où la Montréalaise en niqab Naïma Atef Ahmed a été expulsée par le ministère de l'Immigration du Québec

La dame égyptienne n'aurait peut-être pas retiré son niqab pour autant. Cependant, le dialogue avec elle aurait été maintenu, car, depuis ce battage médiatique autour de « l'étudiante expulsée », l'équipe du CACI affirme avoir perdu le contact avec Naïma Atef Ahmed. Ce qui équivaut à un échec, selon Anaït Aleksanian, directrice du CACI, un organisme montréalais dont la mission première est... l'intégration.

Anne-Marie LecomteAnne-Marie Lecomte

Il est aisé d'imaginer que les femmes en niqab à Montréal sont des immigrantes fraîchement arrivées, qui ne connaissent pas encore les us et les coutumes canadiennes et qui, au plus, baragouinent l'anglais, comme Naïma Atef Ahmed. Toutefois, ce n'est pas toujours le cas. Amina Swaleh, jointe par Radio-Canada.ca par l'intermédiaire de l'Association des étudiants musulmans de l'Université Concordia, affirme que Montréal compte quelques dizaines de femmes portant le niqab. Certaines d'entre elles sont des Québécoises dites « de souche » qui se sont converties à l'islam, explique Amina Swaleh.

L'une de ces Québécoises, devenue musulmane et portant le niqab, a refusé d'accorder une entrevue à Radio-Canada.ca. Selon cette femme, il est « inutile de parler aux journalistes », parce qu'invariablement, selon elle, ces derniers interprètent et déforment les propos des niqabis. Un semblable son de cloche est parvenu du côté d'une autre Montréalaise en niqab, qui a décliné l'invitation à l'entrevue en disant « que cela ne valait pas la peine ».

Deux femmes ont cependant accepté de parler de leur cheminement avec le niqab : Dayna Ahmed et Sheeba Shukoor. Deux Canadiennes qui ont accepté de parler, d'abord au journal étudiant The McGill Daily, puis à Radio-Canada.ca dans l'espoir d'apporter « un peu de compréhension » sur cette pratique qui est source de tant de controverses.

J'ai aimé porter le niqab. Je ne le porte plus parce que, je le reconnais, c'est difficile. Mais si ma foi est assez forte, je pourrais le reporter.

La Montréalaise Sheeba Shukoor, 25 ans, une mère au foyer qui veut devenir enseignante

Un débat de société

La controverse sur les adeptes du niqab soulève 1000 questions : sur ces femmes elles-mêmes, mais aussi sur la société dans laquelle elles ont choisi de vivre. La réaction vive des Québécois à leur égard contient de précieuses informations sur ce que nous sommes... et ce que nous sommes prêts à devenir, à l'heure où le Québec accueille chaque année plus de 40 000 nouveaux arrivants (49 000 en 2009).

La question de la place du religieux dans l'espace public n'a jamais été réglée au Québec. L'affaire du niqab remet à l'ordre du jour l'impératif d'une solution politique. Cette affaire oblige l'État à prendre ses responsabilités et à trouver une solution.

Rachida Azdouz, vice-doyenne à l'Université de Montréal à la Faculté de l'éducation permanente et spécialiste des enjeux interculturels

Le niqab seul ne peut contenir tout ce qu'il suscite comme questions et comme remises en question. Aussi ce dossier s'inscrit-il dans un dialogue qui est en marche et qui n'est pas terminé. Radio-Canada.ca vous invite à explorer ce sujet délicat en compagnie de divers acteurs qui y réfléchissent, chacun à sa manière.

Les jeunes de la rue qui quêtent et qui portent des piercings heurtent les valeurs de beaucoup de monde. Mais on n'en fait pas une question d'identité nationale, parce qu'ils sont issus de notre société. On ne fait pas d'eux "l'autre", comme on le fait actuellement avec les musulmans.

Leila Bdeir, porte-parole de l'organisme Présence musulmane Montréal

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