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Johanne Durocher veut de l'aide pour sa fille

La mère de Nathalie Morin lors d'un point de presse
La mère de Nathalie Morin lors d'un point de presse

Appuyée par l'opposition, la mère de Nathalie Morin réclame de nouveau une intervention d'Ottawa envers cette Québécoise qui refuse de quitter l'Arabie saoudite sans ses trois enfants, retenus par leur père. Le gouvernement Harper ferme la porte à toute intervention.

Appuyée par l'opposition, la mère de Nathalie Morin, cette Québécoise qui se dit séquestrée par son conjoint saoudien avec ses trois enfants, réclame à nouveau le retour de sa fille à la maison.

Nathalie Morin s'est installée avec son fils en Arabie saoudite de son propre gré, en 2001, pour rejoindre le père du bébé. Depuis, elle a eu deux autres enfants de cet homme, après des relations sexuelles forcées.

Elle est libre de rentrer au Canada, mais en vertu de la loi saoudienne, c'est le père qui décide si les enfants peuvent quitter le pays ou non. Nathalie Morin refuse de rentrer au Canada et d'abandonner ses enfants, en attendant que l'affaire se règle.

Accompagnée de députés des trois partis d'opposition, sa mère Johanne Durocher s'est dite « terriblement inquiète » pour sa famille au cours d'un point de presse donné jeudi, avant de comparaître devant le comité parlementaire des droits de la personne.

Mme Durocher affirme que sa fille, en plus de voir ses enfants retenus en Arabie saoudite, est victime de violence conjugale, de mauvais traitements et de viol de la part de son conjoint, qui est selon elle également violent avec ses enfants.

C'est ce qu'avait également affirmé Nathalie Morin au cours d'une entrevue exclusive accordée à Radio-Canada l'an dernier. Joint au téléphone, son conjoint avait pour sa part nié les allégations de violence.

« La sécurité de ma fille est menacée et son état psychologique et physique, de même que celui des enfants, se détériore », a dit Johanne Durocher lors d'un point de presse, avant de comparaître devant le comité parlementaire des droits de la personne.

Mme Durocher a raconté que l'ambassade canadienne en Arabie saoudite avait refusé de leur donner refuge. Elle a appelé le gouvernement de Stephen Harper à intervenir au plus vite, ajoutant qu'elle ne comprenait pas pourquoi Ottawa ne peut pas s'adresser directement auprès du roi Abdullah.

Mme Durocher n'a pas mâché ses mots à l'égard des conservateurs, qui ont « ignoré ou minimisé les mauvais traitements que vivent Nathalie et ses enfants » depuis cinq ans. « Et le ministre [des Affaires étrangères] Lawrence Cannon continue de considérer cette situation comme une "affaire privée", justifiant ainsi l'inaction honteuse du gouvernement canadien à la rapatrier sans délai », a-t-elle ajouté.

C'est non seulement inacceptable, c'est inhumain. ­­­[... Ma fille] attend depuis maintenant cinq ans. Qu'attend le gouvernement canadien pour libérer ma fille et mes trois petits-enfants de leur tortionnaire?

Johanne Durocher

Arguant que les conservateurs se vantent à tout rompre qu'eux seuls défendent les droits des victimes, le néo-démocrate Thomas Mulcair a appelé les troupes de M. Harper à « joindre les paroles aux actes dans le cas de Nathalie Morin ».

Le gouvernement reste ferme

Même si la famille de Mme Morin, l'opposition à Ottawa et l'Assemblée nationale ont multiplié les appels en ce sens depuis plusieurs années, le gouvernement conservateur ne semble toujours pas enclin à intervenir.

Avare de commentaires, le ministre Cannon a plaidé qu'il fallait protéger la vie privée des individus en question. « Le gouvernement du Canada suit le dossier de près, nous fournissons les services requis au moment approprié », a affirmé le ministre Cannon.

Son bureau a par la suite fait valoir que « lorsque les citoyens canadiens quittent le Canada, ils sont assujettis aux lois et coutumes qui régissent le pays où ils se rendent ».

Il faut que le conflit familial soit réglé avant. On ne peut pas arracher les enfants du mari qui est dans ses droits là-bas.

La directrice des communications du ministre Cannon, Catherine Loubier

Plaidant que le « gouvernement fait tout en son pouvoir pour faciliter un dénouement heureux », le bureau du ministre Cannon a indiqué que ce dernier avait discuté de la situation de Mme Morin, jeudi, avec le vice-ministre de l'Intérieur de l'Arabie saoudite, le prince Mohammad Bin Naif Al-Saud, qui était en visite au Canada.

L'entourage du ministre a cependant refusé de préciser la teneur de la conversation.

Le Canada peut agir, estime un expert

Nathalie MorinNathalie Morin(archives)

Ottawa peut et doit intervenir pour aider Mme Morin, a plaidé Stéphane Beaulac, un professeur en droit international de l'Université de Montréal qui accompagnait Mme Durocher lors de sa comparution devant le comité des droits de la personne.

« D'invoquer le droit saoudien comme excuse pour ne pas faire tout ce qui est possible pour rapatrier Nathalie Morin relève de la mesure dilatoire », a-t-il expliqué.

Parce que, en vertu du droit international [...], le Canada a un droit d'intervenir dans des situations, comme ici, de violations graves des droits fondamentaux.

Stéphane Beaulac, professeur en droit international à l'Université de Montréal

En outre, Mme Morin n'a jamais légalement épousé son mari, Saeed Al Sharahni, avant de quitter le Québec pour l'Arabie saoudite, ont de leur côté affirmé deux représentantes du Comité de soutien à Nathalie Morin, fondé en décembre dernier.

De plus, ont-elles ajouté, l'Arabie saoudite n'a pas adopté la Convention de La Haye sur l'enlèvement international d'enfants, à laquelle se réfère le gouvernement canadien pour justifier sa position.

Si Ottawa demandait formellement au gouvernement saoudien d'intervenir, celui-ci pourrait forcer M. Al Sharahni à laisser Mme Morin et ses enfants quitter le pays, a conclu M. Beaulac.

Avec les informations de La Presse canadienne