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Durs constats sur les systèmes scolaire et d'immigration

Le vérificateur général du Québec, Renaud Lachance

Le vérificateur général Renaud Lachance (archives)

Photo : La Presse canadienne / Clément Allard

Radio-Canada

Le vérificateur général propose dans son rapport un dégraissage des commissions scolaires, mais la ministre Courchesne a des réserves. Renaud Lachance déplore par ailleurs des critères de sélection des immigrants mal adaptés au marché du travail.

Dans son rapport rendu public mercredi, le vérificateur général du Québec, Renaud Lachance, estime qu'un exercice de dégraissage des commissions scolaires pourrait permettre d'économiser des millions de dollars.

Le vérificateur a étudié le cas spécifique de cinq commissions scolaires. Il en conclut qu'il serait possible d'épargner, pour ces cinq commissions, entre 4,6 et 8,1 millions de dollars uniquement en frais d'administration, sans nuire aux services.

Son rapport remet aussi en question le nombre de commissions scolaires (72 dans toute la province) par rapport au nombre d'élèves desservis. Il laisse entendre que des fusions seraient possibles dans certaines régions du Québec, où le nombre d'élèves est en forte décroissance. C'est le cas, entre autres, pour certaines commissions scolaires du Bas-Saint-Laurent et du Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Il s'étonne finalement du fait que ni les commissions scolaires ni le ministère de l'Éducation ne semblent s'être intéressés aux frais d'administration, qui représente pourtant 550 millions de dollars sur un budget de 9,4 milliards.

La ministre Courchesne a des réserves

En point de presse, la ministre de l'Éducation Michelle Courchesne a estimé que la part des frais d'administration, de 5,7 %, était raisonnable pour un organisme public de cette taille.

Pour Mme Couchesne, les commissions scolaires doivent se doter d'outils de vérification et de paramètres pour justifier ces frais, assurer qu'ils sont investis aux bons endroits et expliquer à la population les écarts qui peuvent exister entre différentes commissions scolaires, dans différents milieux.

La ministre Courchesne a reconnu partager un certain malaise quant au manque de flexibilité et de souplesse de certaines commissions scolaires pour répondre aux besoins particuliers de chaque école. Elle a affirmé qu'elle voulait travailler sur ce lien de proximité qui existe en régions, mais moins dans les grands centres.

À ce propos, Mme Courchesne redoute l'effet que pourrait avoir la fusion de certaines commissions scolaires sur le lien avec les écoles, en faisant en sorte qu'elles aient un plus vaste territoire à desservir.

La ministre, députée de Fabre, a souligné qu'elle avait vécu une telle fusion dans sa région de Laval, et qu'il était difficile d'avoir une proximité dans une plus grande structure.

La ministre Courchesne repousse l'idée d'une abolition des commissions, impossible constitutionnellement, et estime plutôt que le rendez-vous du milieu de l'éducation prévu à l'automne permettra d'analyser sérieusement la situation des commissions scolaires.

« Dans un contexte où les finances publiques sont extrêmement serrées, où on veut retrouver l'équilibre budgétaire en 2013-2014, oui, c'est pertinent de se poser la question : "Est-ce qu'on devrait faire des achats regroupés? Est-ce qu'on devrait mettre en commun des services?" Je pense qu'il faut certainement aller plus loin dans ces questionnements-là, dans ces réflexions-là », a déclaré Michelle Courchesne.

Les commissions scolaires critiques

Dans un communiqué, la Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ) estime que les constats du vérificateur général témoignent « d'une méconnaissance surprenante de la gestion et des responsabilités des commissions scolaires ».

La présidente de la FCSQ, Josée Bouchard, souligne que les commissions scolaires ont maintenu leurs frais d'administration au plus bas, malgré le fait qu'elles ont davantage d'obligations. Mme Bouchard affirme que les commissions sont « toujours ouvertes à la possibilité d'explorer de nouvelles avenues pour réduire davantage » leurs frais.

Mme Bouchard craint l'impact de nouvelles fusions de commissions sur les services aux élèves.

Autre son de cloche dans le Bas-Saint-Laurent

Le vérificateur général du Québec est d'avis que la Commission scolaire des Phares, dans le Bas-Saint-Laurent, obtient un bon résultat comparativement aux autres organismes qui ont été scrutés. « Je peux vous dire que c'est la commission scolaire qu'on a prise souvent comme ayant les frais d'administration les moins élevés par rapport à leurs revenus. Et même lorsqu'on compare à une autre commission scolaire de taille similaire, c'était celle-là qui performait le mieux », a expliqué Renaud Lachance.

La Commission scolaire des Phares s'est dite très satisfaite des conclusions du rapport. Dans un communiqué, elle a toutefois rappelé que l'analyse a porté sur l'année 2007-2008. L'organisme aurait souhaité que le vérificateur commente les actions de rationalisation adoptées ces dernières années, comme l'implantation de la téléphonie IP et la réalisation du projet d'efficacité énergétique. Ces deux initiatives ont permis des économies de 800 000 $ par année.

La Commission scolaire des Phares se dit prête à explorer des avenues proposées pour économiser comme la révision de l'organisation du travail et la réalisation des achats regroupés. Cependant, elle écarte deux solutions avancées par le vérificateur, soit les fusions avec d'autres commissions scolaires et le regroupement des activités administratives.

Les critères d'immigration remis en question

Les nouveaux arrivants s'en plaignaient depuis longtemps. Le vérificateur général du Québec le confirme : les critères de sélection des immigrants ne sont pas adaptés à la capacité de la province d'intégrer ces nouveaux venus sur le marché du travail.

Dans son rapport, Renaud Lachance déplore que Québec ne tienne pratiquement pas compte des besoins de main-d'oeuvre dans son choix des immigrants.

Il constate que la grille de sélection des travailleurs qualifiés accorde peu d'importance au domaine de formation.

Dans les deux tiers des dossiers acceptés entre 2006 et 2008, l'immigrant n'obtenait aucun point dans cette catégorie. Aussi, seulement 9 % des candidats sélectionnés avaient une formation dans un domaine privilégié par le Québec.

Dans la majorité des cas, les gens réussissent à obtenir la note de passage grâce à :

  • leur niveau de scolarité
  • leur connaissance du français
  • leur âge

Résultat : le taux de chômage des immigrants au Québec est de 13,7 % en 2009, contre 7,6 % dans la population native du Québec.

Ces nouveaux venus occupent aussi souvent des postes pour lesquels ils sont surqualifiés. C'était le cas de deux immigrants sur cinq en 2006.

Dossier de santé

Par ailleurs, le vérificateur juge que le projet d'information Dossier de santé du Québec (DSQ), qui devait originalement être implanté en 2010, s'embourbe. Selon lui, il faudra au moins cinq ans de plus pour le déployer complètement.

Il croit aussi que la somme de 563 millions de dollars prévue par Québec est irréaliste et qu'il y aura des dépassements de coûts.

M. Lachance s'inquiète également du fait que le ministère n'a pas suivi la suggestion d'Inforoute Santé du Canada d'arrimer le Dossier patient électronique (DPE), développé de façon locale, avec le DSQ. Selon l'organisme pancanadien, cette approche est essentielle au succès du projet du gouvernement du Québec.