•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Charest montre la porte à Tomassi

Jean Charest
Radio-Canada

Le premier ministre Jean Charest démet de ses fonctions le ministre de la Famille, Tony Tomassi, pour avoir utilisé à des fins personnelles, pendant qu'il était député, une carte de crédit de l'agence de sécurité BCIA, appartenant à son ami Luigi Coretti.

Le premier ministre Jean Charest a annoncé jeudi le congédiement de son ministre de la Famille, Tony Tomassi, pour avoir utilisé à des fins personnelles, pendant qu'il était député, une carte de crédit de l'agence de sécurité BCIA, appartenant à son ami Luigi Coretti.

M. Tomassi ne fait donc plus partie du Cabinet Charest ni du caucus libéral. C'est Yolande James qui est désormais responsable du ministère de la Famille. Elle cumule ce nouveau poste avec celui de ministre de l'Immigration et des Communautés culturelles, qu'elle occupe présentement.

Jean Charest, qui s'est dit troublé d'apprendre l'agissement de M. Tomassi, a annoncé qu'il avait confié l'affaire à la Sûreté du Québec (SQ).

M. Tomassi, qui était absent lors du point de presse, a reconnu les faits qui lui sont reprochés, selon Jean Charest. On ignore pendant combien de temps il a utilisé la carte de crédit et pour quel montant. On ne sait pas non plus s'il a continué à s'en servir après avoir été nommé ministre.

M. Tomassi a confirmé qu'il a utilisé cette carte pendant une certaine période de temps, aux frais de l'entreprise BCIA. Il s'agit de faits troublants qui soulèvent des questions. Comme premier ministre du Québec et chef du gouvernement, je ne peux accepter une telle situation.

Jean Charest

Depuis quelques semaines, le Parti québécois a multiplié les allégations de favoritisme du ministre Tomassi au profit des donateurs du Parti libéral du Québec. Des révélations ont été également faites par les médias sur l'octroi suspect de places de garderie par le ministre Tomassi à des gens qui ont contribué à la caisse du PLQ.

En dépit des sérieux soupçons qui pesaient sur son ministre, Jean Charest a défendu à plusieurs reprises Tony Tomassi, affirmant que l'attribution des places de garderie se faisait en toute transparence. Jeudi matin encore, à l'Assemblée nationale, le premier ministre avait volé au secours de son ministre.

Qui est Tony Tomassi?

Député de Lafontaine depuis 2003, Tony Tomassi a été désigné ministre de la Famille au lendemain de la victoire des libéraux aux élections de décembre 2008. Avant de se lancer en politique, il dirigeait l'entreprise familiale, Genco, spécialisée dans l'immobilier et la construction, à Montréal. Âgé de 39 ans, M. Tomassi est père de cinq enfants.

Des liens troublants avec BCIA

L'ex-ministre de la Famille, Tony TomassiLe ministre de la Famille, Tony Tomassi Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

La Presse a révélé jeudi que Luigi Coretti, patron de BCIA, s'est servi des cadres de son entreprise pour verser des milliers de dollars au PLQ et rendre service à son ami Tony Tomassi.

Selon le journal, pas moins de sept anciens cadres de l'agence de sécurité ont affirmé, sous couvert de l'anonymat, qu'ils ont reçu des billets pour participer à des activités de financement du PLQ en 2007 et 2008.

Le Directeur général des élections (DGE) du Québec a confirmé jeudi qu'il effectuera des vérifications au sujet de cette nouvelle allégation de financement politique illégal au profit du Parti libéral.

Le PQ veut plus

Stéphane Bédard, leader parlementaire du PQStéphane Bédard, le leader parlementaire du PQ

Peu convaincu après le congédiement du ministre de la Famille, le Parti québécois exige du premier ministre d'autres gestes pour rassurer la population.

En point de presse, Stéphane Bédard, le leader parlementaire du PQ, a indiqué que le premier ministre devait cesser « son déni », en autorisant la mise en place d'une commission d'enquête publique sur le milieu de la construction et le financement du Parti libéral.

Pour M. Bédard, l'exclusion de Tomassi vient confirmer l'existence d'un système donnant une apparence de corruption, qui doit être dissipée par des décisions plus fortes de Jean Charest.

Le Québec mérite mieux, dit l'ADQ

Pour sa part, le chef de l'Action démocratique du Québec, Gérard Deltell, a demandé la tenue d'une commission d'enquête exclusive sur le financement du PLQ.

« Cela ne lève en rien l'apparence de collusion et l'influence des grands contributeurs du Parti libéral sur l'exercice du gouvernement », a affirmé le chef adéquiste, en commentant le congédiement du ministre Tomassi.

« Le Québec mérite mieux. Les Québécois en ont assez de voir leur premier ministre cautionner autant de problèmes d'éthique », a indiqué M. Deltell, rappelant que les faits troublants ne cessent de s'accumuler, comme les scandales dans le milieu de la construction, les allégations sur la nomination des juges, et les révélations sur l'octroi des places en garderies aux « amis du Parti libéral ».

Québec solidaire reste sur sa faim

Le député de Québec solidaire, Amir Khadir, a également exprimé son insatisfaction après l'exclusion du ministre Tomassi.

Amir KhadirAmir Khadir

Il a dénoncé le « gouvernement [Charest] corrompu par le pouvoir de l'argent », affirmant que si le premier ministre est persuadé du contraire, « il n'a qu'à déclencher une enquête publique pour voir plus clair sur l'industrie de la construction et le financement du Parti libéral ».

Pour M. Khadir, « il s'agit bien plus que l'utilisation d'une carte de crédit », car « il y a des milliers d'entreprises qui profitent de millions de dollars en contrats ».

Le député de Québec solidaire a invité toute personne ayant été forcée de servir de prête-nom pour le financement du PLQ de rompre le silence et d'en parler au DGE.