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Les mystérieux motifs de Faisal Shahzad

Des résidents de Mohib Banda s'agglutinent devant la résidence cadenassée de la famille Shahzad.

Des résidents de Mohib Banda s'agglutinent devant la résidence cadenassée de la famille Shahzad.

Photo : La Presse canadienne / AP Photo/Mohammad Sajjad

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2010 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Les motivations de l'auteur présumé de l'attentat à la bombe demeurent inconnues. L'homme est issu d'une famille pakistanaise respectée et est instruit. Personne ne s'explique sa radicalisation.

Comment un homme issu d'une famille prospère et respectée en arrive-t-il à prôner la violence? C'est la question à laquelle tentent de répondre des médias du monde entier depuis qu'un Américain d'origine pakistanaise, Faisal Shahzad, a été formellement accusé d'être l'auteur d'un attentat raté à la bombe à Times Square, le quartier des spectacles de New York.

Plusieurs journalistes se sont rendus depuis à Mohib Banda, le village ancestral des parents du jeune homme de 30 ans. Le village se trouve à une vingtaine de kilomètres de Peshawar, une mégalopole où des dizaines d'attentats revendiqués par les talibans ont été commis au cours des derniers mois, notamment dans des marchés publics bondés.

Il appert que la famille du présumé terroriste y est éminemment respectée. Sa mère aurait été cadre dans une compagnie pétrolière, tandis que son père, Baharul Haq, est un ex-général de l'armée de l'air qui a notamment dirigé l'agence de l'aviation civile du Pakistan. Son frère aîné, Amir Shahzad, serait ingénieur en mécanique au Canada, selon un cousin de l'accusé.

Comme cela est souvent le cas au Pakistan, l'armée a contribué à l'enrichissement du père de Shahzad en lui accordant une vaste propriété. L'homme a aussi une maison à Peshawar, qu'il a quittée en toute vitesse mercredi pour une destination inconnue.

Plusieurs journalistes se sont butés à des portes closes. Un journaliste du journal britannique The Sun a cependant réussi à parler à Baharul Haq. Ce dernier s'est décrit comme un libéral plutôt qu'un radical.

Prudent, le père du présumé auteur de l'attentat s'est refusé à juger hâtivement son fils. « Comment puis-je demander sa libération s'il est réellement impliqué dans ce plan terroriste? Je dois savoir ce qui est arrivé et après je contacterai le gouvernement. Je ne connais pas la vérité, mais je ne suis pas certain qu'il ait fait tout ça. »

Plusieurs personnes du village interrogées par les médias soutiennent que Shahzad n'était pas particulièrement pétri d'islam dans son enfance. Certains disent avoir détecté un changement chez lui après son mariage, célébré au Pakistan. Il serait apparu plus calme, selon certains, plus préoccupé selon d'autres. De manière générale, les gens interrogés disent ne pas croire qu'il soit l'auteur d'un attentat d'envergure.

Radicalisé au Pakistan ou aux États-Unis?

Faisal Shahzad aurait affirmé aux enquêteurs avoir agi seul dans cette affaire. L'acte d'accusation privilégie cependant un tout autre scénario.

L'homme de 30 ans est formellement inculpé de « tentative de meurtre aux États-Unis par l'intermédiaire d'un réseau de terrorisme international », « de tentative d'utiliser des armes de destruction massive », de transport d'explosif et de tentative de destruction de bâtiments. S'il est reconnu coupable, il est passible de la prison à vie.

Selon la plainte déposée mardi au greffe de la Cour fédérale, à Manhattan, Faisal Shahzad aurait reçu un entraînement à la confection d'explosifs au Pakistan. Il aurait séjourné cinq mois dans la région du Waziristan, proche de l'Afghanistan. Il serait revenu aux États-Unis quelques semaines avant l'opération, sans son épouse et ses deux enfants, restés sur place.

Nul ne sait cependant comment l'idée de participer à un attentat en plein coeur de New York lui serait venue. Le Pakistan compte plusieurs groupes radicaux, mais ces groupes ont traditionnellement limité leur action à des considérations intérieures, notamment au conflit au Cachemire où à la lutte contre le gouvernement, perçu comme corrompu et à la solde des Américains.

Un porte-parole des talibans pakistanais, Azam Tariq, a nié jeudi que son organisation soit impliquée dans la tentative d'attentat. « Le travail qu'il a fait était formidable, et nous le louons pour ce travail, mais le fait est que nous ne connaissons même pas Faisal », a-t-il déclaré.

« Je démens cette revendication selon laquelle le TTP est impliqué dans cet événement. C'est de la propagande contre nous. Quand nous sommes impliqués dans quelque chose, nous le reconnaissons », a-t-il poursuivi. « Il a pu être entraîné par n'importe quel autre groupe insurgé ».

Outre les talibans pakistanais, d'autres groupes extrémistes pakistanais comme le Jaish-e-Mohammad et le Lashkar-i-Jhangvi sont actifs dans les zones tribales du nord-ouest du pays.

La CIA croit pour sa part depuis longtemps que les principaux dirigeants d'Al-Qaïda se trouvent au Pakistan.

Comme d'autres, Faisal Shahzad pourrait avoir choisi de recourir à la violence pendant qu'il était loin de son pays d'origine. Shahzad est devenu citoyen américain en 2009, mais il était aux États-Unis depuis longtemps.

À l'Université de Bridgeport, au Connecticut, il a obtenu un baccalauréat en informatique en 2000 et une maîtrise en administration des affaires en 2005. Il a travaillé comme analyste financier pour une firme de Norwalk, au Connecticut, pendant trois ans, avant de quitter son emploi en juin 2009.

Le cas échéant, il ne serait pas le premier auteur d'un attentat terroriste à être issu d'une classe privilégiée. Les auteurs des attentats du 11 septembre 2001, par exemple, étaient des gens instruits et non pas des simples d'esprits.

L'accusé dans l'attentat raté contre un avion de Northwest Airlines, le 24 décembre, Abdoul Umar Farouk Abdulmutallab, était issu d'une famille riche et avait fréquenté de prestigieuses écoles occidentales.

Avec les informations de New York Times, The Globe and Mail, Al-Jazeera, et The Sun

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