•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Les pionnières

Radio-Canada

Marie Gérin-Lajoie (1867-1945)

Qu'on ne se méprenne pas sur le sens du suffrage féminin, c'est la levée en masse des femmes, leur mobilisation en vue du service de la patrie.

Marie Gérin-Lajoie
Marie Gérin-LajoieAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Marie Gérin-Lajoie

Photo : BAnQ, Centre d'archives de Montréal

Marie Gérin-Lajoie, née Lacoste, milite pour les droits des femmes dès le début du XXe siècle.

Fille d'un avocat montréalais, elle luttera particulièrement contre la discrimination juridique dont les femmes sont victimes, sur des enjeux comme le contrôle des revenus, les procédures de séparation ou les successions.

Autodidacte en matière de droit, cette femme éducatrice et essayiste publie, en 1902, Traité de droit usuel, qui s'adresse aux femmes, puis, en 1929, La femme et le Code civil, des thèmes auxquels elle consacre des conférences.

De 1900 à 1906, elle milite au sein du mouvement laïque Montreal Local Council of Women, composé en majorité d'anglophones.

En 1907, elle quitte l'organisme pour fonder avec Caroline Béique la Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste, qui fait la promotion des droits civiques et politiques des femmes et qui se définit comme étant catholique et nationaliste. Elle en assumera la présidence pendant une vingtaine d'années.

Elle met sur pied plusieurs associations professionnelles de femmes, puis participe à la création du Comité provincial du suffrage féminin. Le 9 février 1922, elle mène une délégation de quelque 400 suffragettes au Parlement de Québec pour convaincre le premier ministre libéral Louis-Alexandre Taschereau d'accorder le droit de vote aux femmes.

En bonne catholique pratiquante, elle finira par céder aux pressions du clergé, opposé au suffrage féminin, en cessant sa lutte pour la cause. Elle continuera toutefois de militer pour d'autres enjeux qui touchent les femmes.

Après sa démission de la présidence du comité, l'organisme a fini par se scinder en deux.

Mariée à Henri Gérin-Lajoie, elle a eu quatre enfants : trois fils et une fille, Marie, qui a été la première bachelière québécoise et a terminé première aux examens.

Thérèse Casgrain (1896-1981)

Quand on a commencé à travailler au Québec pour le vote des femmes, parmi nos pires ennemies, il y avait des femmes.

Thérèse Casgrain, en entrevue à Femme d'aujourd'hui, en 1975
Thérèse CasgrainAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Thérèse Casgrain

Photo : Bibliothèque et Archives Canada/PA-178170

Née Forget, Thérèse Casgrain grandit dans un milieu bourgeois, où la politique joue un rôle important.

Thérèse Casgrain s'implique dès 1921 dans la lutte pour le droit de vote des femmes, participant notamment à la fondation du Comité provincial pour le suffrage des femmes.

L'année suivante, elle fait partie de la délégation qui plaide sa cause devant le premier ministre Taschereau. Lorsque le Comité provincial du suffrage féminin se divise, elle prend la tête de la Ligue des droits de la femme, en 1929.

Entre 1933 et 1938, elle coanime l'émission radiophonique Fémina, qui traite de la situation des femmes et qui plaide pour le droit de vote.

Une fois le droit de vote des femmes obtenu, en 1940, elle se tournera vers la politique active. En 1942, elle se présente comme « candidate libérale indépendante » dans Charlevoix-Saguenay, la circonscription fédérale qu'ont représentée tour à tour son père, l'homme d'affaires Rodolphe Forget, puis son époux, l'avocat Pierre Casgrain (le premier sous la bannière conservatrice et le second défendant les couleurs libérales).

Après la Deuxième Guerre mondiale, elle adhère à la Fédération du Commonwealth coopératif, l'ancêtre du Nouveau Parti démocratique.

Dans les années 1950, elle dirige l'aile québécoise de la formation, devenant ainsi la première femme à la tête d'un parti politique du Québec. En tout, elle se présentera à 9 élections fédérales et provinciales échelonnées sur 20 ans, et se heurtera à autant de défaites. Elle continuera ensuite de militer pour diverses causes.

En 1961, elle fonde la section québécoise du mouvement la Voix des femmes, voué à la paix dans le monde, puis en 1966, la Fédération des femmes du Québec.

Pierre Elliott Trudeau la nomme au Sénat en 1970, moins d'un an avant ses 75 ans, âge limite pour siéger à la Chambre haute. Selon l'ex-gouverneure générale Jeanne Sauvé, Thérèse Casgrain répondit à un journaliste qui lui demandait ce qu'elle comptait accomplir en 9 mois au Sénat : « Jeune homme, vous seriez surpris d'apprendre ce qu'une femme peut faire en neuf mois! »

Elle a notamment été nommée Compagnon de l'Ordre du Canada. Elle a eu deux filles et deux garçons.

Idola Saint-Jean (1880-1945)

Le féminisme n'est pas une rêverie d'utopiste, une boutade de cerveaux exaltés, c'est la revendication juste et légitime de la femme à ses droits d'être humain.

Idola Saint-Jean, « Le rôle social du féminisme », La sphère féminine, 1937
Idola Saint-JeanAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Photo : Bibliothèque et Archives Canada/C-68508

Féministe engagée, démocrate, déterminée, en avance sur son temps, Idola Saint-Jean lutte pour l'égalité des femmes, autant par ses paroles que par les actes qu'elle pose au quotidien.

Célibataire et autonome financièrement, elle enseigne au département d'études françaises de l'Université McGill. Préoccupée de justice sociale, elle fait du bénévolat auprès de jeunes délinquants.

Secrétaire du Comité du suffrage provincial du suffrage féminin, elle est de la première délégation qui se rendra à Québec, en 1922.

Après la scission du groupe, qui regroupe à ses yeux trop de femmes issues de la bourgeoisie, elle fonde, en 1927, l'Alliance canadienne pour le vote des femmes du Québec, davantage ouverte aux ouvrières.

Année après année, les militantes de cet organisme et celles de la Ligue des droits de la femme se rendront à Québec pour présenter leur requête en faveur du suffrage féminin.

Conférences, allocutions radiophoniques, mémoires, lettres : elle multiplie les stratégies pour promouvoir ses idéaux d'équité. En 1929, elle tient également dans le Montreal Herald une chronique bilingue sur les droits des femmes et publie, dès 1933, la revue La Sphère féminine.

À l'élection fédérale de 1930, elle se présente comme candidate dans la circonscription de Saint-Denis, où elle propose une plateforme féministe. Quelque 3000 électeurs lui accordent alors leur confiance.

On retrouve notamment parmi ses nombreux écrits L'aristocratie des sexes, publié en 1928, dont on peut lire un extrait dans Google livres:

Sources : Bibliothèque et Archives nationales Québec, Bibliothèque et Archives Canada, Fondation Thérèse F. Casgrain, Bilan du siècle (Université de Sherbrooke), Fédération des femmes du Québec et L'Encyclopédie canadienne