•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Les Chemises rouges font fi de l'état d'urgence

Radio-Canada

Les partisans de l'ex-premier ministre Thaksin Shinawatra forcent les forces de sécurité à battre en retraite et obtiennent le retour sur les ondes d'une chaîne de télévision fermée par le gouvernement.

En Thaïlande, l'état d'urgence décrété mercredi par le premier ministre Abhisit Vejjajiva n'a visiblement pas calmé les ardeurs des Chemises rouges, ces partisans de l'ex-premier ministre Thaksin Shinawatra qui manifestent bruyamment à Bangkok depuis maintenant près d'un mois pour obtenir la tenue d'élections générales.

Vendredi, des milliers de Chemises rouges ont une fois de plus défié ouvertement le gouvernement en prenant d'assaut le site de l'entreprise Thaicom, située à une soixantaine de kilomètres au nord de Bangkok, pour obtenir le rétablissement du signal de la Chaîne du peuple. Ils ont obtenu gain de cause.

La Chaîne du peuple, fondée par l'ex-premier ministre Thaksin et proche du mouvement des Chemises rouges, avait été fermée par le pouvoir, jeudi, sous prétexte qu'elle incite les manifestants à la violence.

L'imposant dispositif de sécurité déployé devant Thaicom n'a pas suffi à contenir les manifestants. Les gaz lacrymogènes et les canons à eau utilisés par les forces thaïlandaises n'ont pas davantage découragé les Chemises rouges, qui ont réussi à ouvrir une brèche dans le périmètre de fils barbelés qui protégeait l'enceinte.

Refusant d'utiliser la force, les forces de sécurité ont été contraintes de reculer devant la pression exercée par les manifestants, dont certains ont lancé des cocktails Molotov et des pierres. Après des discussions entre les manifestants et les policiers, la Chaîne du peuple a recommencé à émettre son signal.

On ne sait pas pour l'instant si le signal a été rétabli pour de bon. Un porte-parole des Chemises rouges a déclaré à Reuters qu'il s'agissait d'une victoire pour son clan, mais que la lutte contre le gouvernement se poursuivait. Un porte-parole du gouvernement a cependant déclaré à Associated Press que Bangkok contrôle le signal afin de s'assurer que les faits rapportés sont exacts.

AP rapporte que des policiers et des soldats déployés sur les lieux ont serré la main de manifestants au terme de l'affrontement. Des Chemises rouges ont aussi offert de l'eau à leurs adversaires. Des scènes qui tendent à confirmer que la sympathie pour ce mouvement parmi les forces de l'ordre complique d'autant la volonté du gouvernement de mettre un terme à ces démonstrations de force.

Un mois de manifestation

Depuis la mi-mars, des opposants au régime politique sont rassemblés à Bangkok. Ils réclament la démission du premier ministre Abhisit Vejjajiva, la dissolution du Parlement et la tenue d'élections législatives.

Mercredi, des membres des Chemises rouges avaient aussi réussi à franchir le dispositif de sécurité déployé autour du Parlement. Ils y sont d'ailleurs entrés, forçant des ministres et des députés à quitter les lieux dans des hélicoptères militaires. L'état d'urgence a été décrété au terme de cette opération, qui a fait mal paraître le gouvernement.

Mardi, le gouvernement a interdit aux manifestants de défiler dans 11 rues du quartier touristique, mais en vain. Les milliers de soldats déployés dans le secteur n'ont pas empêché les manifestants d'y parader bruyamment.

Crise politique majeure

Ces coups d'éclat surviennent après que plusieurs milliers de Chemises rouges eurent augmenté la pression sur le gouvernement en déménageant leurs pénates en plein coeur du quartier touristique et d'affaires de Bangkok.

Ces plus récents épisodes s'inscrivent dans le cadre de la grave crise politique que traverse la Thaïlande depuis qu'un coup d'État militaire a mené à la destitution de M. Thaksin en 2006.

L'ex-premier ministre, qui a fait fortune dans les télécommunications, a été reconnu coupable de corruption, mais ses partisans, issus des régions rurales et des classes urbaines défavorisées, ont soutenu que l'élite urbaine traditionnelle et les partisans du roi Bhumibol avaient fomenté le tout dans leur propre intérêt.

Ce bras de fer a déjà entraîné des changements de gouvernement qui se sont soldés par de nombreuses démonstrations de force des deux clans, reconnaissables à leur couleur : rouge pour les partisans de M. Thaksin et jaune pour ses opposants.

M. Thaksin vit à Dubaï pour échapper à une condamnation précédente à deux ans de prison ferme pour des malversations financières dans un autre dossier. Il suit cependant les manifestations de près et s'adresse régulièrement à ses partisans par vidéoconférence.

Avec les informations de Associated Press, et Reuters