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L'Église a couvert Bernard Prince

En-tête de la lettre de 1993 publiée par le Globe and Mail
En-tête de la lettre de 1993 publiée par le Globe and Mail
Radio-Canada

Une lettre publiée par le Globe and Mail révèle que l'Église canadienne et le Vatican savaient dès 1993 que le prêtre ontarien Bernard Prince faisait face à de graves allégations et qu'ils ont agi de manière à étouffer l'affaire.

Le Vatican et l'Église canadienne ont dissimulé pendant des années les agissements de l'ex-prêtre ontarien Bernard Prince, qui purge une peine de prison de 4 ans pour des agressions sexuelles commises sur 13 enfants.

C'est ce que révèle une lettre que l'ancien évêque de Pembroke Joseph Windle a envoyée en 1993 à Carlo Curis, le représentant du pape au Canada. La lettre a été obtenue par le quotidien Globe and Mail, qui en dévoile la teneur dans son édition de vendredi.

La lettre en question, déposée en preuve plus tôt cette semaine dans le cadre d'une poursuite civile, s'ajoute à d'autres révélations qui sont venues ébranler l'Église catholique et le pape Benoît XVI au cours des dernières semaines.

L'ex-évêque Windle se préoccupe de savoir comment dissimuler ce scandale aux yeux du public afin de protéger l'image de l'Église. À ce sujet, il écrit au nonce Curis qu'il s'oppose à ce que Bernard Prince soit honoré d'une quelconque façon par le Vatican.

À cette époque, M. Prince se trouvait à Rome depuis trois ans à titre de secrétaire général de l'Oeuvre pontificale de la propagation de la foi. Il y restera finalement jusqu'à sa retraite en 2004. Les accusations criminelles contre lui ont été déposées en 2006.

La lettre de l'ex-évêque Windle fait référence à une lettre écrite par un homme de 34 ans qui racontait avoir été agressé par le père Prince lorsqu'il était enfant. Le plaignant assurait qu'il ne voulait pas mettre la police sur le coup, mais qu'il souhaitait que Bernard Prince reçoive de l'aide et soit encadré.

Extraits de la lettre

« Bien que les accusations contre le père Prince soient très graves, je ne m'oppose pas à ce qu'on lui donne une autre chance puisque cela le soustrait à la scène publique canadienne.

« Une quelconque promotion signifierait à la victime qu'elle est davantage victimisée et, ainsi, nous pourrions nous attendre à ce qu'une accusation soit déposée et qu'un procès ait lieu. Il s'agit d'un processus qui a suivi d'autres évènements de même nature et il s'agit d'une situation que nous voulons éviter à tout prix.

« L'étendue des activités du père Prince et leur connaissance au sein de la communauté laïque et du clergé sont maintenant beaucoup plus répandues qu'auparavant.

 Tous les évêques de l'Ontario qui sont au courant de la situation, et il y en a plusieurs, seraient certainement d'accord avec mon évaluation de la situation. Ils comprennent l'archevêque Ambrozic [de Toronto], l'archevêque Spence [Kingston], l'archevêque Wilhem [Kingston], l'archevêque Gervais [Ottawa] , l'évêque O'Mara [Thunder Bay] et l'archevêque Tonnes [Hamilton], qui ont tous eu affaire directement ou indirectement avec le père Prince.

« Ce qui nous épargne, c'est le fait qu'il semble que les victimes soient d'origine polonaise et que leur respect pour le ministère et l'Église les empêche de rendre ces allégations publiques ou de déposer des accusations criminelles contre un prêtre. Si cela était survenu ailleurs, il est probable que des accusations auraient été déposées depuis longtemps, entraînant un scandale. »

La lettre a été écrite un an après qu'un rapport de la Conférence des évêques catholiques du Canada eut recommandé aux membres du clergé de communiquer immédiatement avec la police dès qu'ils sont mis au courant d'allégations d'agressions sexuelles.

Bernard Prince était considéré comme un proche du pape Jean-Paul II. Les deux hommes étaient devenus amis avant que Karol Wojtila ne devienne pape. Au Vatican, il était considéré comme une personne ayant accès au pape.

L'avocat des victimes de Bernard Prince demande des explications au Vatican.

De son côté, l'évêque de Pembroke, Michael Milhall, a tenu à redire sa compassion et sa préoccupation pour les victimes de ces « tragiques événements ». Il a également souligné la volonté de « transparence » de son diocèse dans le traitement de cette affaire. Le diocèse croit avoir agi de façon « proactive » et « responsable » à ces allégations et ce, dès le début des années 1990.

Du côté de l'Assemblée des évêques du Québec, on souligne que la lettre publiée par le Globe est un peu à l'image d'une politique du secret qui existait dans le passé, mais qui n'a plus sa place depuis longtemps, du moins au Québec.

Avec les informations de La Presse canadienne