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Les conservateurs sur la défensive

L'ancien député fédéral conservateur Rahim Jaffer, en août 2007, à Charlottetown

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Radio-Canada

Le bureau de Stephen Harper nie que Rahim Jaffer ait un accès privilégié au gouvernement, comme l'a affirmé un partenaire d'affaires de l'ex-député conservateur.

Un partenaire d'affaires de l'ancien député conservateur Rahim Jaffer affirme que ce dernier peut se servir de son influence auprès du gouvernement pour attirer des contrats et des subventions, révèle une enquête du Toronto Star.

Dans son édition de mercredi, le quotidien a fait la lumière sur la soirée bien arrosée du 10 septembre 2009, qui avait mené à des accusations d'excès de vitesse, de conduite en état d'ébriété et de possession de cocaïne portées contre l'ancien politicien, marié à la ministre Helena Guergis.

Ce soir-là, résume l'article, Rahim Jaffer dîne au centre-ville de Toronto en compagnie de Nazim Gillani, de la compagnie International Strategic Investiments, qui fait alors l'objet d'une enquête pour fraude et évasion fiscale. Quatre de ses associés ainsi que trois prostituées sont aussi présents. Le total de la facture atteindra 3200 $.

M. Jaffer leur dit que lui et sa compagnie, Green Power Generation Corporation, possèdent une expertise pour obtenir de l'argent du gouvernement. Ce n'est pas la première fois qu'il tient une telle rencontre avec M. Gillani.

Extrait du site web de Rahim Jaffer

M. Jaffer fournit à la compagnie [Green Power Generation Corporation] une expertise en matière de financement pour faciliter l'obtention d'aide gouvernementale canadienne et de contrats à l'étranger. Il joue aussi un rôle crucial en développement des affaires et en marketing grâce aux nombreux contacts développés lorsqu'il était député. De plus, Rahim est un joueur-clé dans la coordination des politiques futures des différentes branches des gouvernements canadien et américains.

À la fin de la soirée, l'ex-député d'Edmonton-Strathcona se fait arrêter par la police ontarienne à Palgrave, au nord de Toronto. Il roulait à 93 km/h dans une zone de 50 km/h. Son taux d'alcool n'a jamais été divulgué, pas plus que la quantité de drogue en sa possession.

Le lendemain matin, ignorant que l'ancien député avait entre-temps été arrêté, Nazim Gillani envoie un courriel à une douzaine d'investisseurs:

Comme la majorité d'entre vous l'ont sans doute entendu, nous avons eu, hier soir, une expérience emballante, avec Rahim Jaffer et le Dr Chen. M. Jaffer nous a ouvert les portes du bureau du premier ministre. [...] Aujourd'hui, il m'a dit qu'il était aussi enthousiaste que nous.

Nazim Gillani

L'article du Star affirme aussi que M. Jaffer a continué à distribuer des cartes de visite l'identifiant comme député, même après sa défaite électorale de 2008.

Le site web de Rahim Jaffer arborait le logo du Parti conservateur jusqu'à ce que la formation lui demande de le retirer. L'icone dans la barre d'adresse (fave icone) est cependant toujours identifié à la formation.

En mars 2010, la Couronne abandonne toutes les accusations portées contre Rahim Jaffer pour les remplacer par une seule accusation de conduite dangereuse, à laquelle il plaide coupable. Il est alors condamné à une amende de 500 $. Le procureur affirme que la preuve détenue par la Couronne n'était pas suffisante pour démontrer la culpabilité de l'accusé.

« Ridicule », affirme le bureau du premier ministre

Jeudi, le bureau de Stephen Harper a rejeté les allégations selon lesquelles l'ancien député avait un accès privilégié au premier ministre.

Le porte-parole du premier ministre, Dimitri Soudas, a qualifié cette affirmation de « fausse » et de « ridicule ». Rahim Jaffer n'a pas l'oreille du premier ministre, a-t-il dit, et le bureau du premier ministre est insensible à tout trafic d'influence.

Le chef libéral, Michael Ignatieff, a de son côté qualifié les allégations de « sérieuses » et invité le premier ministre à « clarifier la situation », qui soulève des questions sur son intégrité.

Le leader du Bloc québécois, Gilles Duceppe, a pour sa part demandé au gouvernement de préciser si Rahim Jaffer avait effectivement fait du lobbying pour sa compagnie ou reçu des contrats fédéraux, affirmant que cela constituerait un conflit d'intérêts pour sa femme, qui est membre du cabinet.

Avec les informations de La Presse canadienne, Toronto Star, et CBC