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  • Exclusif
  • Djemila Benhabib a fait l'objet d'une enquête

    Djemila Benhabib

    Radio-Canada

    L'auteure du pamphlet anti-islamiste Ma vie à contre-Coran, Djemila Benhabib, dénonce l'absence de recours véritables pour les citoyens qui, comme elle, se retrouvent dans la ligne de mire du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS).

    C'est en consultant son dossier de crédit, en 2007, que Djemila Benhabib a découvert que les services secrets canadiens l'avaient vérifié. Mme Benhabib a par la suite demandé des éclaircissements au service de renseignements, mais ce dernier a refusé de les lui fournir.

    Elle s'est alors tournée vers le Comité de surveillance du SCRS, qui doit veiller à ce que la loi soit respectée, pour porter plainte. Après deux ans d'enquête, le comité lui remet son rapport.

    Mais Mme Benhabib n'a pas trouvé de réponses à ses interrogations, puisque des passages ont été censurés. « On n'a absolument rien, rien appris parce que tout le rapport est caviardé [...] Voilà ce que ça donne, des pages qui sont complètement blanchies », a-t-elle déclaré.

    Son conjoint, Gilles Toupin, un ancien journaliste à La Presse, s'interroge : « Pourquoi les services de renseignement sont allés fricoter dans les affaires personnelles de ma femme? C'est une question très simple et après plusieurs années, nous sommes toujours au même point de départ. Est-ce que nous vivons dans un État de droit? »

    Le Comité de surveillance conclut que le SCRS avait le droit de vérifier le dossier de crédit de Mme Benhabib, mais sans donner de raisons.

    Moi, je ne sais absolument pas ce qu'on me reproche et par conséquent, je n'ai pas pu réagir.

    Djemila Benhabib

    Le Comité de surveillance ne veut pas accorder d'entrevue à la caméra. Au téléphone, Sylvie Roussel, avocate principale au Comité de surveillance, a indiqué que les enquêtes étaient « tenues au secret », précisant que le Comité « tente toujours de relâcher le plus d'informations possible. »

    Pour Audrey Brousseau, une avocate qui a défendu des causes liées à la sécurité nationale, il n'y a pas de véritable recours contre le SCRS. Et la communauté arabe et musulmane est particulièrement visée. La preuve, selon elle : le site Internet du Comité de surveillance s'affiche en français, en anglais et en arabe.

    « Je le vois comme un signal que le Comité de surveillance reconnaît que les activités du SCRS sont teintées de profilage racial, ethnique et religieux », a-t-elle déclaré.

    Pour Djemila Benhabib, cette histoire n'est pas terminée. « On devient parano et, à quelque part, veux, veux pas, ça nous pourrit la vie », admet-elle.

    Il y a plus de trois ans, une Commission d'enquête recommandait une réforme des organismes qui surveillent les services de sécurité au pays. Et, depuis trois ans, le gouvernement Harper ne cesse de répéter que cette réforme s'en vient.

    Réactions à Ottawa

    À la Chambre des communes, le chef du Bloc québécois a dénoncé les pratiques du SCRS et a critiqué le gouvernement fédéral. Gilles Duceppe s'est interrogé sur le fait que le gouvernement Harper n'avait toujours pas procédé à la réforme des organismes qui surveillent les agences de sécurité au pays, comme il le promet depuis des années.

    « Peut-être que le premier ministre ne souhaite pas réellement procéder à une réforme puisqu'il partage la même philosophie que le SCRS, c'est-à-dire la culture de la censure et du secret au détriment des droits de la personne », a déclaré le chef bloquiste.

    Le ministre de la Sécurité publique, Vic Towes, a répliqué au chef bloquiste en disant que ce sont les fonctionnaires qui décident de censurer ce genre de rapport et non le gouvernement.

    Le chef bloquiste a aussi accusé les services secrets canadiens de faire du profilage ethnique. Selon lui, le fait que le site Internet du comité de surveillance du SRCS est en anglais, en français et en arabe en est la preuve. « Comment le ministre explique-t-il cela? N'est-ce pas la preuve que le SRCS fait du profilage racial? », a-t-il demandé.

    Le ministre Toews a été incapable de répondre au chef du Bloc québécois, mais a promis qu'il allait s'informer.

    D'après un reportage de Brigitte Bureau