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La conférence d'Ann Coulter annulée

Ann Coulter

Ann Coulter lors d'une allocution à Washington le 20 mars 2010

Photo : La Presse canadienne / Jose Luis Magana

Radio-Canada

Plus de 2000 manifestants forcent l'annulation du discours de la conférencière américaine connue pour ses propos polémiques. Le vice-recteur aux études lui avait recommandé de respecter les limites canadiennes de la liberté d'expression.

La présentation, mardi, à l'Université d'Ottawa, d'une conférence de la controversée commentatrice américaine Ann Coulter a dû être annulée en raison d'une manifestation organisée par la Fédération étudiante de l'Université d'Ottawa (FEUO).

Invitée par l'International Free Press Society of Canada et l'Institut Clare Boothe Luce, la vedette ultraconservatrice des panels américains est connue pour ses propos polémiques et intolérants, notamment à l'endroit des musulmans, des homosexuels et des Canadiens.

Les organisateurs ont estimé que la sécurité de l'Américaine pouvait être compromise par la présence de quelque 2000 manifestants.

Dans les jours précédant la venue de Mme Coulter, la FEUO avait demandé l'annulation de la conférence. « Il y a beaucoup [d'étudiants] sur le campus qui préféreraient qu'[Ann Coulter] soit bannie du campus », avait affirmé Julie Séguin, porte-parole de la FEUO.

Invitée au respect et à la retenue par le vice-recteur

Dans une lettre publiée lundi dans le National Post, le vice-recteur aux études de l'Université, François Houle, a rappelé à Mme Coulter que les versions américaine et canadienne de la liberté d'expression diffèrent dans la mesure où les discours haineux sont répréhensibles au Canada.

Vous réaliserez que les lois canadiennes mettent des limites raisonnables à la liberté d'expression. Par exemple, encourager la haine contre un groupe identifiable est non seulement inapproprié, mais pourrait aussi mener à des accusations criminelles.

François Houle, vice-recteur aux études de l'Université d'Ottawa

Il lui a donc demandé d'exprimer ses propos, aussi provocateurs et controversés soient-ils, avec respect, retenue et civilité. « J'espère que vous comprendrez que ce qui pourrait à première vue avoir l'air de restrictions inutiles à votre liberté d'expression, dans les faits, mène à une discussion plus civilisée, plus raisonnée et plus intelligente », conclut-il.

N'ayant pas aimé le contenu de la lettre du vice-recteur, Mme Coulter se dit victime d'un « crime haineux » et entend porter plainte à la Commission des droits de la personne.

Exemples de propos d'Ann Coulter

Par rapport aux musulmans :
« Nous devrions envahir leurs pays, tuer leurs dirigeants et les convertir au christianisme. »
« Les musulmans ne sont pas tous des terroristes, mais les terroristes sont tous musulmans. »
« Ils ne devraient pas prendre l'avion. Ils devraient plutôt opter pour un tapis volant. »
En réponse à la question d'une étudiante musulmane qui voulait voyager, elle répliqua : « Prenez un chameau. »

Par rapport aux homosexuels :
« Je pensais que les gais ne voulaient que se marier et s'installer en banlieue pour qu'ils puissent se rendre visite à l'hôpital. »

Par rapport aux Canadiens, après le refus du gouvernement de Jean Chrétien de suivre les Américains en Irak :
« Ils devraient espérer que les États-Unis ne les écrasent pas. Ils sont chanceux que nous les laissions habiter sur le même continent. »

« Deux poids, deux mesures », selon le NPD

La députée néo-démocrate Olivia Chow estime qu'Ottawa n'aurait pas dû laisser entrer Ann Coulter au pays. Elle base son opinion sur la décision fédérale en mars 2009 d'interdire de séjour au Canada le député britannique George Galloway, en raison notamment de son appui au mouvement islamiste palestinien Hamas.

Mme Chow estime donc que le gouvernement conservateur a une politique de « deux poids, deux mesures » à l'égard de la liberté d'expression. Elle a accusé le gouvernement de laisser entrer au Canada les personnes qui lui plaisent et de refuser celles qu'il n'aime pas.

Peu de crainte de représailles

En entrevue avec Radio-Canada.ca, Sébastien Grammond, professeur à la Faculté de droit de l'Université d'Ottawa, minimise les risques de poursuites légales contre Mme Coulter évoqués par François Houle. Le dépôt d'accusations relativement à des propos haineux est relativement rare au Canada puisqu'on doit prouver l'intention criminelle de fomenter la haine, affirme-t-il. Et cette intention criminelle requiert une exigence de preuve assez élevée.

David AhenakewAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

David Ahenakew

Photo : Geoff Howe

L'ancien chef autochtone David Ahenakew a été accusé en 2003 d'incitation à la haine après avoir fait des commentaires jugés antisémites. Après deux procès, le juge Wilfrid Tucker a reconnu M. Ahenakew non coupable le 23 février 2009 puisqu'il a été impossible pour la poursuite de prouver son intention criminelle.

M. Grammond souligne également que le concept de diffamation d'un groupe de personnes est présentement devant la Cour suprême relativement à une poursuite de chauffeurs de taxi contre un animateur de radio. Il serait donc difficile de tenter une poursuite en diffamation contre Mme Coutler.

Sébastien Grammond recommande cependant à la conférencière américaine de prêter attention à ses propos en raison du risque, aussi faible soit-il, de poursuites criminelles et civiles.

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