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«Nelligan» a 20 ans

Dominique Côté et Marc Hervieux interprètent tous deux le rôle d'Émile Nelligan dans « Nelligan ».

Dominique Côté et Marc Hervieux interprètent tous deux le rôle d'Émile Nelligan dans « Nelligan ».

Photo : Yves Renaud

Richard Raymond
Prenez note que cet article publié en 2010 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

L'Atelier lyrique de l'Opéra de Montréal présente Nelligan, l'opéra d'André Gagnon sur un livret de Michel Tremblay, à compter de samedi au Monument-National, à Montréal. Entrevue avec le jeune baryton qui défend le rôle-titre.

Un violoncelle, deux pianos, 10 chanteurs, voilà le Nelligan que propose l'Atelier lyrique de l'Opéra de Montréal.

L'opéra d'André Gagnon, sur un livret de Michel Tremblay, prend l'affiche samedi au Monument-National, à Montréal.

Cette oeuvre consacrée à l'un des grands poètes du Québec a été créée à l'Opéra de Montréal il y a 20 ans.

Synopsis

Nelligan raconte les déboires d'un poète qui se heurte à l'indifférence d'une société. Le fil narratif confronte Nelligan vieux et diminué avec le jeune homme talentueux, mais malheureux et incompris, en quête d'amour.

Son père, un anglophone absent, est opposé à la vocation poétique de son fils. Sa mère, une francophone protectrice et aimante, est impuissante devant le drame qui se joue.

L'auteur du Vaisseau d'or et de La Romance du vin compte quelques appuis à son oeuvre, mais c'est insuffisant.

On le croit fou. Nelligan finira ses jours à l'asile.

Ténor d'expérience et jeune baryton

Dans cette nouvelle production, Marc Hervieux tient le rôle du poète âgé, tandis que la partition du jeune poète a été confiée à Dominique Côté. En entrevue avec Radio-Canada.ca, le baryton de 31 ans se montre souriant, détendu et direct. Et c'est de sa voix ronde, aux accents joyeux, qu'il répond aux questions.

Comment avez-vous abordé le personnage de Nelligan?

Je le connais depuis longtemps parce que j'ai reçu l'album de Nelligan il y a 20 ans. J'avais 11 ans. Mes parents m'avaient acheté ça pour Noël, en se disant que ça devrait me plaire.

Cette oeuvre-là m'a fait découvrir le poète et j'ai commencé à lire ce qu'il avait écrit, à lire sur le personnage.

Quand j'ai commencé à faire ce métier-là, j'ai très longtemps caressé le rêve de faire un jour cette production-là. En coulisse d'un spectacle qu'André Gagnon était venu voir, je lui ai dit : « M. Gagnon, si vous refaites Nelligan, je voudrais chanter Nelligan. J'adore ce personnage ». L'année d'après, on a fait Nelligan avec l'OSM en version symphonique, et là ça été mon premier contact avec Nelligan comme interprète.

Qui était vraiment Nelligan, selon vous?

À la base, c'était un garçon immensément mélancolique. Il est déjà vieux dans son adolescence. Dans ses poèmes, il parle déjà de son enfance perdue, de la tristesse des jours à venir.

Moi, je me le suis imaginé très heureux dans son enfance. Qu'est-ce qui s'est passé pour qu'il sombre? On ne le sait pas. Moi, je crois que c'est une dépression très précoce. Probablement que maintenant, un adolescent aussi dépressif serait traité et ça irait bien.

Les médecins parlent aussi de certains épisodes de schizophrénie dans sa vie. Moi, ce que j'ai le plus travaillé, c'est le côté dépressif de Nelligan.

Comment quelqu'un en santé travaille-t-il la dépression?

La première des choses, je dirais que, pour bien jouer un personnage comme ça, il faut vraiment que ça aille bien. C'est la première fois que j'interprète un personnage aussi dramatique, et vraiment ça joue sur le moral.

Après un enchainement de Nelligan, ça ne va pas super bien pendant 15 minutes. Il faut que je respire, que je marche, que je prenne une douche. Après, ça va. Je rentre chez moi, épuisé.

Je me suis inspiré de ce que j'ai vu, de ce que j'ai lu, de mes petites tristesses à moi qui n'ont rien de comparable. J'ai assez d'imagination pour extrapoler (Rires).

Vous avez chanté Figaro dans Le Barbier de Séville. Nelligan est votre deuxième rôle-titre. Comment vous sentez-vous?

Je m'y sens très bien parce que j'aime être sur la scène tout le temps. Je déteste être en coulisse et attendre mon tour pour aller dire mes trois phrases. Je suis très heureux dans les premiers rôles.

Quelles sont vos ambitions de baryton?

J'aime ratisser très large dans le répertoire. Comme j'ai une formation d'acteur, il y a vraiment des personnages d'opérette que j'adore. Comme Danilo, dans La Veuve joyeuse, de Franz Lehár, qui est un personnage fantastique à interpréter. La musique est magnifique aussi.

On peut avoir un petit rictus en parlant d'opérette, mais il y a de très grandes opérettes. Je pense que c'est le « ette » à la fin qui rend cette chose un peu ridicule. Si on changeait le nom de cette chose-là, ça aiderait le style.

Dans les grands rôles?

Bien évidemment, Figaro dans Le Barbier de Séville; ensuite il y a les rôles de Mozart, Papageno [dans La Flûte enchantée]; Guglielmo aussi dans Cosi fan tutte; il y a Albert dans Werther, qui est un de mes opéras préférés; et le prochain personnage auquel je m'attaque parce qu'il demande plusieurs mois de préparation, c'est Pelléas, dans Pelléas et Mélisandre, de Debussy.

Avez-vous déjà un projet pour le chanter?

Non, non, non, non. Je serais beaucoup trop stressé si j'avais un projet. J'aime mieux commencer à l'apprendre sans avoir de projet. (Rires) C'est une oeuvre monumentale à apprendre.

D'autres rôles dans l'opéra français?

Valentin dans Faust de Gounod. J'aime beaucoup l'opéra français pour la bonne raison que je suis francophone. Je trouve que c'est d'abord dans cette langue-là que je peux être le plus crédible et faire passer le plus d'émotion véridique dans ma voix.

Même si tu travailles ton italien ou ton allemand, il reste toujours un petit fond d'accent qui fait qu'on le sait que tu n'es pas Allemand. (Rires)

Venez-vous d'une famille de musiciens?

Du tout! Je viens d'une famille qui aime la musique. Ma mère aime chanter. Elle a toujours chanté dans la chorale du village.

Quel village?

Notre-Dame-du-Rosaire. C'est au sud de Montmagny, dans les Appalaches, près du Maine. Un minivillage de 350 habitants.

Comment dans ce minivillage de 350 habitants avez-vous découvert l'opéra?

Je ne l'ai pas vraiment découvert là-bas. J'en entendais, j'aimais ça. J'aimais plus la musique classique, les symphonies de Beethoven, de Tchaïkovsky, de Mozart. J'écoutais plus de comédies musicales que d'opéras. J'ai découvert l'opéra quand j'ai commencé à chanter, à suivre mes cours de chant. J'ai commencé à en écouter, à différencier les styles, les époques.

À compter de samedi, Dominique Côté montrera que sa voix a bien guéri de l'accident qu'il a subi quand il était acteur. Avec l'aide de son professeur de chant, Lucette Tremblay, spécialisée en rééducation vocale, il a surmonté son handicap. Assez pour se lancer dans une carrière d'art lyrique qui le mènera à Marseille, la saison prochaine, où il chantera Ajax, dans La belle Hélène, d'Offenbach.

Auparavant il aura fait une tournée dans le sud de la France pour interpréter des mélodies françaises. Bien évidemment.

Nelligan

opéra d'André Gagnon, sur un livret de Michel Tremblay
mise en scène de Normand Chouinard
avec Marc Hervieux, Dominique Côté, Caroline Bleau, Stephen Hegedus
Lara Ciekiewicz, Suzanne Rigden, Roy Del Valle, Aaron Ferguson
Catherine Daniel, Pierre Rancourt
Atelier lyrique de l'Opéra de Montréal
Monument-National
les 6, 8 10 et 11 mars

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