•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Une étudiante expulsée d'un cours

Femme portant un voile intégral
Femme portant un voile intégral (archives) Photo: AP/Fred Ernst
Radio-Canada

Une femme qui voulait garder son niqab dans un cours de francisation au cégep de Saint-Laurent en est expulsée sur ordre du ministère de l'Immigration du Québec. La Commission des droits de la personne est saisie du dossier.

Le ministère de l'Immigration du Québec a récemment ordonné qu'une femme soit expulsée d'un cours de francisation donné au cégep Saint-Laurent parce qu'elle refusait de retirer son niqab, un foulard qui recouvre tout le visage à l'exception des yeux, rapporte le quotidien La Presse.

La femme d'origine égyptienne, que le cégep a tenté d'accommoder à plusieurs reprises au préalable, a porté plainte devant la Commission des droits de la personne et de la jeunesse, qui étudiera son cas au cours des prochains mois. Elle invoque la liberté de religion.

Selon ce qu'a appris le quotidien montréalais, la direction du cégep et l'enseignante du cours de francisation ont tenté à plusieurs reprises de trouver une façon d'accommoder la femme pour la durée de son cours, de février à novembre 2009, mais en vain.

La femme, qui a le statut de résidente permanente, s'était inscrite en fournissant une photo sur laquelle son visage était découvert et a rencontré l'évaluatrice des services de francisation sans son niqab. En classe, elle a cependant insisté pour le porter, arguant qu'elle ne pouvait se dévoiler en présence d'hommes dans la salle de classe.

Le cégep a essayé d'accommoder la femme de diverses manières. D'abord, en permettant que les exercices d'élocution, pour lesquels il importe de voir les lèvres, soient faits avec l'enseignante seule, en retrait du reste de la classe, lui permettant ainsi de se découvrir.

L'étudiante aurait cependant été de plus en plus réfractaire à respecter cet arrangement, ce qui aurait entraîné de nouveaux problèmes, puisque le cours mise d'abord et avant tout sur les échanges entre étudiants, les exposés oraux et les mises en situation. La direction lui a d'ailleurs rappelé que, pour des raisons pédagogiques, il importait de voir le visage des élèves et leur expression faciale.

Afin d'accommoder la femme, le cégep lui a néanmoins permis de faire un exposé oral au fond de la classe de dos, toujours en raison de la présence d'hommes dans la classe. Plus tard, l'étudiante aurait demandé à trois hommes de se déplacer parce qu'ils lui faisaient face dans la classe. L'enseignante avait disposé la classe en U, une façon de mieux atteindre les objectifs du cours.

Ce dernier événement aurait contribué à faire monter considérablement la tension dans la classe. L'affaire s'est alors rendue jusqu'au ministère de l'Immigration, qui a confirmé par écrit à la femme qu'elle devait retirer son niqab. La lettre indiquait que les motifs derrière cette exigence lui avaient été clairement indiqués et qu'elle avait toujours la possibilité de suivre le cours en ligne.

Selon La Presse, l'affaire a été suivie de près au bureau de la ministre de l'Immigration du Québec, Yolande James.

Depuis janvier 2009, Québec exige que les immigrants s'engagent par écrit à respecter les valeurs québécoises, dont l'égalité entre les hommes et les femmes, qu'ils suivent un cours sur ces valeurs communes et qu'ils apprennent le français.

Le cégep se défend

e directeur général du cégep Saint-Laurent, Paul-Émile BourqueLe directeur général du cégep Saint-Laurent, Paul-Émile Bourque

Le directeur général du cégep Saint-Laurent, Paul-Émile Bourque, affirme que l'établissement n'a rien à se reprocher.

En entrevue au Réseau de l'information (RDI), M. Bourque soutient que dès le départ, le cégep s'est montré très conciliant envers l'étudiante et a multiplié les efforts pour l'accommoder.

« On n'agit pas de façon désordonnée. [...] on comprend que pour cette étudiante-là qui veut s'intégrer dans la société québécoise, on est prêt à faire des accommodements. [Mais] à un moment donné, ce qu'on cherche à obtenir des immigrants, c'est un cheminement aussi pour s'intégrer. [...] Ce qu'on demande aux immigrants, c'est qu'il y ait du progrès en terme de francisation, c'est juste ça qu'on vise », a-t-il indiqué.

M. Bourque souligne que ce n'est pas la première fois que le cégep est aux prises avec une telle situation et que, dans la très grande majorité des cas, le tout se règle à la satisfaction de tous.

Un torrent de réactions

Ce cas ne laisse personne indifférent et les réactions fusent de partout.

Le premier ministre Jean Charest croit que ce cas litigieux justifiait l'intervention politique de son gouvernement. Selon lui, ce geste exceptionnel ne découle aucunement de l'absence de politique gouvernementale sur la question des accommodements raisonnables.

Commission Bouchard-Taylor : des recommandations laissées en plan

Dans son rapport publié le 22 mai 2008, la Commission Bouchard-Taylor sur les accommodements raisonnables avait suggéré au gouvernement de produire un livre blanc sur la laïcité. Le but du document aurait été de définir ce qu'est cette laïcité, de rappeler les choix faits en cette matière, de clarifier et soumettre au débat public les questions au sujet desquelles des consensus restent à construire.

La commission proposait en outre à Québec de définir des balises pour encadrer ce qu'ils appellent des « pratiques d'harmonisation » entre citoyens, notamment dans les écoles et les établissements du réseau de la santé. Le gouvernement Charest n'a finalement jamais déposé de livre blanc. Il a déposé cet automne le projet de loi 16 « favorisant l'action de l'administration à l'égard de la diversité culturelle », mais l'a finalement retiré en raison d'une pluie de critiques.

Aucun thème sélectionné