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Charest accusé de travestir la vérité

Jean Charest
Radio-Canada

Des scientifiques canadiens accusent le premier ministre Jean Charest de déformer la position de l'Organisation mondiale de la santé quant aux dangers potentiels de l'amiante pour les travailleurs.

Des scientifiques canadiens dénoncent la position du premier ministre Jean Charest dans le dossier de l'amiante. Au cours des dernières semaines, le premier ministre du Québec a tenté de légitimer à plusieurs reprises les exportations québécoises d'amiante chrysotile, allant jusqu'à soutenir que l'Organisation mondiale de la santé (OMS) elle-même jugeait que le chrysotile pouvait être utilisé de façon sécuritaire.

Aux yeux d'une dizaine de scientifiques canadiens, cette position témoigne d'un grave manquement d'éthique. Dans une lettre adressée à Jean Charest, ils l'accusent de tenir des propos erronés sur les dangers potentiels que pose ce minerai pour les travailleurs et précisent que l'OMS demande plutôt de mettre fin à l'utilisation de l'amiante.

Le ministre de la Santé, Yves Bolduc, réitère la position de son gouvernement: si des rapports « disent qu'il y a des maladies liées à l'amiante », il n'en reste pas moins que son utilisation peut se faire de façon sécuritaire. Ses propres chercheurs estiment pourtant que, même au Québec, l'utilisation sécuritaire de l'amiante est impossible.

« Nos études nous montrent que le Québec éprouve des difficultés à contrôler l'exposition dans les secteurs des usines qui fabriquent des produits en amiante et dans le secteur de la construction », explique le Dr Louise deGuire, médecin conseil à l'Institut national de Santé publique du Québec.

Un concert de reproches

La voix des scientifiques canadiens se joint à celle d'une centaine de leurs collègues de 28 pays, qui ont pressé le gouvernement du Québec de reconnaître les risques liés à l'utilisation de l'amiante chrysotile et de mettre fin aux exportations de ce minerai, notamment vers les pays en voie de développement.

Dans une lettre écrite en janvier, ils ont demandé au premier ministre Charest de tenir compte de l'opinion de la communauté scientifique internationale, qui estime que l'amiante, sous toutes ses formes, représente un danger pour la santé publique.

La question a également ressurgi au cours de la récente mission économique québécoise en Inde, il y a une dizaine de jours. Des dirigeants de la Trade Union Centre of India, puis de la Building and Wood Workers International, des centrales syndicales représentant plus de 2 millions de travailleurs, ont tour à tour interpellé Jean Charest sur les dangers du chrysotile.

Accusant le Québec d'être irresponsable parce qu'il exportait un produit cancérigène, ils ont réclamé qu'il en fasse cesser les exportations. Un des dirigeants a estimé que près de 25 % des travailleurs indiens exposés à la poussière d'amiante développent des maladies pulmonaires, comme l'amiantose ou le mésothéliome.

Le syndicat avait aussi indiqué que 94 % des emplois, en Inde, sont des « petits boulots » où il est difficile de faire respecter des normes de sécurité. Jean Charest a rétorqué qu'il revenait au gouvernement indien de légiférer de manière à protéger les travailleurs qui doivent travailler avec de l'amiante chrysotile produit dans la province.

L'American Journal of Industrial Medecine vient par ailleurs de publier une enquête qui montre que l'amiante qu'exporte le Québec a aussi des conséquences dévastatrices sur la santé des travailleurs mexicains.

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