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Les Américains subiront un procès

Huit des dix Américains arrêtés. En avant, de gauche à droite: Carla Thompson, Laura Silsby, et Nicole Lankford. Dans la rangée arrière: Steve McMullen, Jim Allen, Silas Thompson, Paul Thompson, et Drew Culborth.

Huit des dix Américains arrêtés. En avant, de gauche à droite: Carla Thompson, Laura Silsby et Nicole Lankford. Dans la rangée arrière: Steve McMullen, Jim Allen, Silas Thompson, Paul Thompson et Drew Culborth.

Photo : La Presse canadienne / AP/Ramon Espinosa

Radio-Canada

La justice haïtienne inculpe les 10 missionnaires baptistes qui fuyaient le pays avec une trentaine d'enfants. L'UNICEF juge que la crise entraînée par le séisme renforce le risque du trafic d'enfants.

La justice haïtienne a décidé, jeudi, d'inculper les 10 Américains arrêtés la semaine dernière alors qu'ils tentaient de gagner illégalement la République dominicaine avec une trentaine d'enfants. Leur avocat haïtien a précisé qu'ils étaient accusés d'enlèvement de mineurs et d'association de malfaiteurs.

Pour le chef d'inculpation d'enlèvement d'enfants seulement, les prévenus - cinq femmes et cinq hommes membres d'une église baptiste - sont passibles de 5 à 15 ans d'emprisonnement.

En vertu du système judiciaire haïtien, il n'y aura pas de procès public, a expliqué l'avocat de la défense. Un juge examinera l'affaire et rendra un verdict, un processus qui pourrait s'échelonner sur trois mois.

Le magistrat chargé du dossier a jugé qu'il existait suffisamment de charges contre eux pour qu'ils fassent face à la justice, invoquant en particulier le fait que les enfants se trouvaient avec eux, a rapporté l'avocat des prévenus.

Les autorités haïtiennes ont indiqué que le groupe était dépourvu des autorisations et des documents de voyage nécessaires pour sortir les enfants du pays et qu'ils ne détenaient pas les documents attestant que les enfants étaient orphelins, comme l'avait affirmé le groupe de missionnaires laïcs.

De leur côté, les Américains arrêtés soutiennent qu'ils ont agi de bonne foi pour aider des orphelins rescapés du séisme et qu'il s'agit d'un malentendu. L'adoption des 33 enfants, âgés de 2 mois à 14 ans, était pilotée par un organisme affilié à l'église à laquelle appartiennent les accusés, le New Life Children's Refuge.

À l'issue de l'audience à huis clos, les accusés ont été incarcérés dans une prison de Port-au-Prince.

Depuis le tremblement de terre du 12 janvier, de nombreux enfants ont été adoptés par des parents étrangers, mais il s'agit de cas pour lesquels les procédures d'adoption étaient terminées ou sur le point de l'être. Aucun nouveau cas d'adoption n'est autorisé actuellement par les autorités haïtiennes.

Une affaire qui relève d'Haïti

Le ministre haïtien de la Justice, Paul Denis, a réagi en disant qu'il appartenait « aux autorités haïtiennes d'entendre et de juger » l'affaire. « Je ne vois pas pourquoi ils devraient être jugés aux États-Unis », a-t-il laissé tomber. Dans les derniers jours, certains de ses collègues n'avaient pas exclu que le système judiciaire américain prenne la relève dans ce dossier.

L'extradition, comme la grâce, qui est de la seule compétence du président d'Haïti, ne peut survenir qu'après le procès, a fait valoir le ministre Denis.

Le procès pourrait cependant s'avérer un dossier sensible sur le plan diplomatique, alors que les États-Unis ont déployé d'immenses efforts pour venir en aide aux victimes du séisme et donné plusieurs millions de dollars.

La secrétaire d'État américaine, Hillary Clinton, a expliqué mercredi que les États-Unis discutaient avec le gouvernement d'Haïti du « traitement qui convient » de donner à cette affaire. Elle a déclaré qu'il était « malencontreux que, quelles que soient ses motivations, ce groupe d'Américains se soit mêlé de cela ».

Le séisme pose un risque pour les enfants

Des enfants haïtiens à l'orphelinat Maison de l'Espoir à Lilavois.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des enfants haïtiens dans un orphelinat (archives)

Photo : AFP / Jacqueline Pietsch

Le jour même de la mise en accusation des missionnaires américains, le Fonds des Nations unies pour l'enfance (UNICEF) a par ailleurs insisté sur la crise majeure qu'a entraînée le séisme pour des milliers d'enfants, séparés de leurs parents ou devenus orphelins, et sur les risques auxquels ils sont exposés.

Sans citer de chiffres, la directrice générale adjointe de l'organisme, Hilde Johnson, a fait valoir que le tremblement de terre avait augmenté « de façon significative » le nombre d'enfants non accompagnés.

« Nous ne savons pas encore si leurs parents sont encore là, si nous pouvons les retrouver, a-t-elle expliqué. Nous ignorons aussi la situation dans la famille, si par exemple un parent éloigné peut les prendre en charge ».

La crise est telle, a-t-elle estimé, qu'il n'a jamais été aussi difficile de s'assurer de bien protéger des enfants.

Les risques de traite des enfants, d'enfants vendus dans des conditions proches de l'esclavage ou d'adoption illégale sont significatifs.

La directrice générale adjointe de l'UNICEF, Hilde Johnson

La hausse du nombre d'enfants abandonnés et du trafic d'enfants en Haïti inquiétait déjà l'UNICEF avant le séisme du 12 janvier. Un rapport de l'organisme publié jeudi indique qu'avant qu'il ne survienne, environ 70 000 enfants travaillaient « comme domestiques ou [étaient] livrés à une autre forme de servitude ».

On y lit aussi qu'en 2008, quelque 40 % des enfants haïtiens vivaient déjà dans la « pauvreté absolue » et un quart d'entre eux ne mangeait pas à sa faim.

Mme Johnson a également rappelé qu'avant le tremblement de terre, 300 000 enfants haïtiens vivaient déjà dans des orphelinats, et que 50 000 avaient perdu leurs deux parents. Près de 40 % des Haïtiens ont moins de 14 ans, a-t-elle précisé.

Les conditions d'hygiène déficientes et la proximité auxquelles sont contraints des centaines de milliers d'Haïtiens entassés dans des camps accroît en outre le risque de maladies. L'UNICEF a d'ailleurs lancé cette semaine une campagne de vaccination qui doit permettre d'immuniser 500 000 enfants de moins de 7 ans contre la rougeole, la diphtérie et le tétanos.

Avec les informations de Agence France-Presse, Reuters, et Associated Press

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