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Feu vert au jeu en ligne

Un homme joue au poker sur Internet

Un homme joue au poker sur Internet

Photo : AFP / Karen Bleier

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2010 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Le gouvernement du Québec demande à la société d'État d'encadrer l'offre de jeu en ligne afin de ramener l'industrie dans une sphère d'économie légale. Les responsables de la santé publique voient la nouvelle d'un très mauvais oeil.

Le ministre des Finances du Québec, Raymond Bachand, autorise Loto-Québec à exploiter le jeu en ligne, une industrie qui génère quelque 25 milliards de dollars de profits annuellement. À l'ère d'Internet, il estime qu'il est vain de tenter d'interdire le jeu en ligne et qu'il est préférable d'encadrer le phénomène.

M. Bachand soutient que les Québécois, de toute façon, ont accès à plus de 2000 sites de jeu en ligne plus ou moins légaux. Il souhaite ainsi rediriger les joueurs vers le site de Loto-Québec afin d'exercer un certain contrôle sur l'industrie.

La société d'État lancera en septembre son site de jeu en ligne. Elle commencera avec le poker et les paris sportifs, puis élargira éventuellement son offre.

Raymond Bachand indique que les pays scandinaves, la France, la Belgique, l'Espagne et l'Australie ont emprunté la voie dans laquelle s'engage aujourd'hui le Québec. Au Canada, les gouvernements de la Colombie-Britannique et des quatre provinces atlantiques ont également autorisé leurs sociétés d'État à offrir des jeux de hasard et d'argent en ligne.

Selon le ministre, le gouvernement suédois a réussi à récupérer quelque 30 % des joueurs de poker qui fréquentaient des sites illégaux.

Loto-Québec ambitionne de mettre de l'ordre au sein d'une industrie qui connaît une expansion anarchique avec des « conséquences néfastes pour les joueurs et la collectivité », estime le ministre. Le gouvernement souhaite exercer un contrôle sur :

  • l'intégrité du jeu
  • la sécurité du site
  • le temps de jeu
  • les montants joués
  • l'âge des joueurs

« Loto-Québec veillera à ce que l'offre de jeu en ligne soit intègre et sécuritaire. Elle prendra également les mesures nécessaires pour que la lutte contre la dépendance au jeu demeure une priorité », a affirmé le ministre par voie de communiqué.

Une question d'argent

Le ministre Bachand souhaite rediriger l'argent dépensé dans cette industrie au sein de l'économie légale plutôt que de voir disparaître ces sommes vers une économie plus ou moins souterraine. Québec prévoit récupérer 50 millions de dollars par année, d'ici trois ans.

De plus, selon M. Bachand, les sommes qui échappent au gouvernement pénalisent doublement la société puisqu'elle doit assumer la totalité des frais entraînés par le jeu compulsif sans profiter des bénéfices de l'industrie.

Levée de boucliers

La nouvelle n'a pas tardé à faire réagir les responsables de la santé publique et les groupes de défense des joueurs compulsifs.

« Loto-Québec va augmenter l'offre de jeu, alors qu'on a déjà un problème avec l'offre actuelle, déplore Dr Richard Lessard, de la Santé publique de Montréal. C'est toute la capacité de publicité de la société d'État, qui est déjà très présente dans nos vies, qui va être utilisée pour promouvoir un jeu très dangereux, aussi dangereux sinon plus que les loteries vidéo. »

Des études démontrent en effet que les adeptes du poker en ligne dépensent de trois à quatre fois plus que ceux qui y jouent au casino. Ils sont aussi de trois à quatre fois plus à risque de développer une dépendance.

L'objectif de Loto-Québec, c'est de rentrer de l'argent et de prendre tous les moyens possibles pour y arriver. Parce que ça chiale, on fait aussi un peu de prévention.

Une citation de :Richard Lessard, de la Santé publique de Montréal

Le Dr Lessard critique également le fait que cette nouvelle offre de jeu cible particulièrement les jeunes adultes, un marché peu développé jusqu'à présent par Loto-Québec. Il invite les parents à être très vigilants.

Alain Cousineau en entrevue au TéléjournalAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Alain Cousineau en entrevue au Téléjournal

Pour tenter de calmer les craintes, le PDG de Loto-Québec, Alain Cousineau, a spécifié que l'âge et l'identité des joueurs seront vérifiés par une firme externe au moment de l'inscription. En cas de doute, on pourrait demander aux gens de se présenter en personne.

Alain Dubois, de la coalition EmJEU, croit aussi que l'étatisation du jeu en ligne va augmenter le nombre de joueurs compulsifs dans la province. « Ça donne une caution morale aux joueurs, dit-il. Les gens se disent que c'est approuvé par l'État, donc ils vont jouer davantage. »

M. Dubois ne comprend pas pourquoi le gouvernement ne travaille pas à endiguer le jeu en ligne plutôt que de gonfler l'offre. Il aurait aussi souhaité que Québec prépare le terrain en mettant en place des mesures de prévention et de gestions des problèmes.

Le ministre Raymond Bachand a annoncé la création d'un comité d'experts, sous l'égide du ministère de la Santé et des Services sociaux, qui devra faire rapport au gouvernement des impacts sociaux et des ajustements à apporter deux ou trois ans après le lancement du site de jeu.

Pour l'opposition officielle, qui dénonce le projet, cette mesure est insuffisante.

La députée péquiste responsable des dossiers de services sociaux, Danielle Doyer, déplore que les répercussions sociales soient mesurées seulement après coup. « Le ministre Bachand reconnaît qu'il y a des coûts sociaux importants, mais son appétit à siphonner notre portefeuille semble plus fort », a critiqué Mme Doyer.

Avec les informations de La Presse canadienne

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