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Charest ne bouge pas

Le premier ministre du Québec, Jean Charest

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Radio-Canada

Le premier ministre n'a pas l'intention d'arrêter la production et l'exportation de l'amiante produite au Québec, malgré un appel en ce sens lancé par une centaine de scientifiques de 28 pays.

Le premier ministre du Québec, Jean Charest, n'a pas l'intention de modifier la position de son gouvernement sur la question de l'exportation de l'amiante. M. Charest a fait ce commentaire en marge du Forum économique de Davos en réponse à une lettre que des scientifiques de plusieurs pays lui ont fait parvenir.

Dans leur lettre, une centaine de scientifiques de 28 pays l'ont pressé de reconnaître les risques liés à l'utilisation de l'amiante chrysotile et de mettre fin aux exportations de ce minerai extrait du sous-sol québécois, notamment vers les pays en voie de développement. Ils demandent au premier ministre Charest de tenir compte de l'opinion de la communauté scientifique internationale qui estime que l'amiante, sous toutes ses formes, représente un danger pour la santé publique.

Le premier ministre a répliqué aux scientifiques en rappelant que le Québec encourageait l'utilisation sécuritaire de ce produit et que les gouvernements des pays importateurs en avaient l'ultime responsabilité. « Le Québec encourage l'utilisation sécuritaire du chrysotile. C'est ce que nous pratiquons chez nous et c'est ce qui est encouragé partout dans le monde », a déclaré M. Charest.

Il a aussi répondu à ceux qui estiment que le Québec fait preuve d'hypocrisie dans ce dossier, car on exporte le produit presque exclusivement vers les pays en développement, alors qu'il n'est pratiquement plus utilisé dans la province. « Quand on reproche au Québec d'exporter, c'est assez incongru comme argument, a lâché Jean Charest. Évidemment que le Québec exporte! [...] Il ne faut pas non plus nous reprocher des choses qui tombent sous le sens », a-t-il affirmé.

Amiante

Le premier ministre a admis que l'amiante comportait des risques, mais a souligné que tel était également le cas pour le chlore et le mercure, qui sont largement employés.

Jean Charest a aussi réagi au fait que des travailleurs indiens et des centrales syndicales vont manifester, lundi, à l'occasion de sa visite en Inde, un pays qui importe de l'amiante du Québec. « En Inde, si les gens ont des préoccupations là-dessus, ils devraient s'adresser au gouvernement indien, parce que c'est lui qui a l'ultime responsabilité de l'utilisation sécuritaire du chrysotile », a sèchement répliqué le premier ministre.

102 scientifiques semoncent Québec

Dans leur lettre, les scientifiques souhaitent aussi que Québec cesse de financer l'Institut du chrysotile, dont les activités de promotion de l'amiante ont bénéficié d'une subvention provinciale de 600 000 $ en 2008.

Le Dr Fernand Turcotte

Le Dr Fernand Turcotte

Un des signataires, le Dr Fernand Turcotte, professeur émérite de santé publique à l'Université Laval, se dit frappé par le double discours de M. Charest. Bien que ses prises de position environnementales soient connues sur la scène internationale, le premier ministre continue de tolérer l'utilisation d'un produit reconnu comme étant cancérigène, soutient M. Turcotte.

M. Turcotte dénonce également la position québécoise dont M. Charest s'est fait l'écho, encore tout récemment, lorsqu'il a soutenu que l'amiante était sécuritaire. « On se comporte comme une bande d'hypocrites, a-t-il dit à la Presse canadienne. On ne veut pas voir cette cochonnerie-là dans nos bâtiments parce qu'elle est dangereuse. Et quand il y en a, on l'enlève. Mais on se retourne et, de l'autre côté, on vend ça au monde en disant que c'est parfaitement sécuritaire. »

Selon M. Turcotte, considérant que le Québec peine à établir une utilisation sécuritaire de l'amiante, il est improbable que les pays en voie de développement aient les moyens de le faire.

Des chiffres qui parlent

Les experts scientifiques soulignent aussi dans leur lettre que l'exposition à l'amiante est la première cause de mortalité des travailleurs québécois. Ils réclament que M. Charest empêche l'exportation de « cette tragédie de santé publique ».

Des chiffres de la Commission de la santé et sécurité du travail (CSST) indiquent qu'au cours des dernières années, les maladies reliées à l'amiante sont la principale cause de décès des travailleurs québécois. Par exemple, en 2008, sur 127 décès, près de la moitié, soit 58, ont été causés par l'amiante.

Un porte-parole de la Commission de la santé et de la sécurité du travail (CSST), Pierre Turgeon, a cependant affirmé que l'âge des victimes indique qu'elles ont été exposées à l'amiante à une époque où les mesures sécuritaires étaient insuffisantes.

« La plupart des victimes sont âgées de plus de 70 ans, a-t-il indiqué. Ces décès résultent d'une exposition passée à de l'amiante et des fibres d'amiante. Médicalement, on dit que ça prend entre 15 et 40 ans entre le moment d'exposition et l'apparition de la maladie », a-t-il précisé.

Selon la lettre des 102 experts, l'Association médicale du Canada, la Société canadienne du cancer et l'Organisation mondiale de la santé sont parmi les organisations à s'être prononcées contre l'utilisation et l'exportation de l'amiante.

Parmi les autres signataires de la lettre, on compte la Dre Devra Davis, une experte américaine du cancer ainsi que Sue Janse van Rensburg, la directrice générale de l'Association contre le cancer d'Afrique du Sud.

Avec les informations de La Presse canadienne