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Retour en classe d'Henri Fournier

Henri Fournier
Henri Fournier
Radio-Canada

L'enseignant Henri Fournier reprend le travail dans son école, en Montérégie, après avoir été acquitté le 29 octobre dernier d'accusations d'attouchements sexuels et de contacts sexuels sur des élèves.

Henri Fournier n'en est pas à sa première rentrée scolaire. Mais celle qu'il a effectuée lundi est différente de toutes les autres.

L'enseignant en éducation physique a repris le travail, dans une école de la Montérégie, après avoir été acquitté des 38 chefs d'accusation qui pesaient contre lui depuis 2008.

En 2008, 19 fillettes, âgées de 8 à 11 ans, avaient déclaré être victimes d'attouchements sexuels. Par la suite, l'une d'elles avait retiré sa plainte. Les policiers avaient écarté le témoignage d'une autre jeune fille parce qu'il n'était pas suffisamment crédible.

Le 22 février 2008, Henri Fournier est suspendu sans solde par l'établissement scolaire où il enseigne depuis 31 ans. Il est accusé par 17 élèves de contacts sexuels et d'attouchements sexuels.

Tout au long de cette affaire, le professeur d'éducation physique soutiendra être victime d'une histoire inventée par les enfants.

On est censé être innocent jusqu'à preuve du contraire, mais quand on parle d'agression sexuelle, souvent c'est le contraire.

Henri Fournier

Le 29 octobre dernier, au palais de justice de Châteauguay, la Cour blanchit M. Fournier des accusations qui pesaient contre lui.

La cour a jugé que les nombreuses contradictions dans les témoignages des fillettes soulevaient un doute quant à leurs versions des faits.

Henri Fournier déclarait en entrevue à Dimanche magazine qu'il considérait que ce serait plus facile pour lui de revenir à son ancienne école que d'aller dans un autre établissement scolaire, où il serait accueilli avec scepticisme.

Je pense que c'est plus facile pour moi [...] de revenir à mon lieu de départ, la tête haute, en regardant tout le monde dans les yeux.

Henri Fournier

M. Fournier, épaulé par son syndicat, ira en arbitrage pour récupérer le salaire qui ne lui a pas été versé depuis deux ans.

La vulnérabilité des enseignants

Henri Fournier estime que l'enseignement comporte des risques, dans le sens où de fausses accusations peuvent être portées contre un enseignant. « C'est une épée de Damoclès qui nous pend au-dessus de la tête. Tout enseignant doit être conscient de ça. »

Manon Bernard préside la Fédération des syndicats d'enseignement, qui regroupe 75 % des enseignants québécois. Selon elle, un enseignant qui tente de discipliner ses élèves peut faire l'objet de menaces de la part de ces derniers: « les élèves disent à l'enseignant: Si tu fais telle ou telle chose qui fait pas notre affaire on va porter plainte contre toi... »

Toutes les parties s'entendent sur la nécessité de protéger à tout prix les enfants contre d'éventuels agresseurs entre les murs de l'école. « La sécurité des enfants est un objectif pour lequel on ne doit appliquer aucune demi-mesure », rappelle Bernard Tremblay, de la Fédération des commissions scolaires du Québec.

Cela dit, il importe également de protéger les enseignants contre la perspective que de fausses accusations soient portées contre eux.

Pour les syndicats d'enseignants, ce dossier est d'importance. Du côté du ministère de l'Éducation, des fonctionnaires qui n'ont pas voulu accorder d'entrevue à Radio-Canada affirment que le ministère partage les préoccupations des syndicats.

Manon Bernard plaide pour une action concertée entre les parties, dans les cas de plaintes contre des enseignants.

Dans l'état actuel des choses, explique-t-elle, la commission scolaire se retire d'un dossier quand la police prend le relais. « On aimerait au préalable instaurer une procédure interne, claire, avant que le dispositif judiciaire ne soit enclenché. »

Quand la machine s'emballe

Manon Bernard explique que, dans certains cas, les enseignants sont suspendus sans même avoir eu droit à une rencontre avec la direction de l'école ou de la commission scolaire. « Ça n'a aucun bon sens! L'enseignant ne peut pas donner sa version des faits. »

Si j'avais pu donner ma version, dire que ces choses-là ne se pouvaient pas, probablement qu'on ne se serait jamais ramassé si loin.

Henri Fournier, enseignant

« J'acquitte Henri Fournier de tous les chefs d'accusation qui pesaient contre lui. »

Quand la juge a prononcé ces paroles, Henri Fournier a soupiré de soulagement.

L'enseignant est à deux ans de la retraite. Durant la terrible expérience qu'il a subie, il est allé jusqu'à penser au suicide.

Aujourd'hui, il reprend le chemin de l'école avec le sentiment d'avoir fait son devoir. « Au bout du compte, avec tout ce que j'ai vécu, je peux dire que si c'était à refaire, j'agirais de la même manière. »