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  • Exclusif
  • L'ombre d'Alfonso Gagliano

    Alfonso Gagliano
    Alfonso Gagliano Photo: La Presse canadienne / Paul Chiasson
    Radio-Canada

    Radio-Canada apprend que les 117 000 $ détournés des caisses du Parti libéral du Canada par Benoît Corbeil auraient servi en grande partie à payer les loisirs d'Alfonso Gagliano, l'ex-ministre responsable des commandites.

    De nouvelles révélations sont faites après la condamnation, la semaine dernière, de l'ex-directeur général du Parti libéral du Canada (PLC), section Québec, Benoît Corbeil, à 15 mois de prison ferme et à 20 000 $ d'amende. Radio-Canada, qui a obtenu un affidavit de la GRC, a appris que les 117 000 $ que M. Corbeil a avoué avoir subtilisés des caisses du PLC ont servi en grande partie à payer les luxueux loisirs d'Alfonso Gagliano, ancien ministre fédéral responsable du dossier des commandites.

    C'est presque devenu une habitude dans les procès intentés contre les acteurs du scandale des commandites: les règlements à l'amiable et les plaidoyers de culpabilité - comme celui de Benoît Corbeil - font en sorte que les preuves amassées par la police ne sont jamais rendues publiques.

    Accusé d'avoir détourné plus de 117 000 $ de la caisse du PLC, M. Corbeil n'avait pourtant pas agi seul, ni pour lui-même, révèle pourtant l'affidavit de la GRC. Le principal bénéficiaire serait Alfonso Gagliano, l'ex-ministre responsable du programme des commandites, qui aime se présenter comme une victime du scandale.

    « J'étais le ministre du ministère qui gérait le programme, alors donc, c'était évident, quoi? Ça prenait un bouc émissaire et j'étais la personne qui faisait leur affaire », se défendait M. Gagliano dans Gomery, le film.

    Aujourd'hui recyclé dans la production vinicole, il a toujours nié avoir touché des pots-de-vin pendant qu'il était ministre. « Je me suis appauvri avec la politique », dit-il.

    Il s'est peut-être appauvri en politique, mais il aura aussi, semble-t-il, dépensé beaucoup d'argent qu'il n'avait pas gagné.

    L'enquête de la GRC menée dans le cadre du scandale des commandites porte le nom de code « Projet Carnegie ». Dans un affidavit déposé en cour du Québec pour obtenir un mandat d'écoute électronique, la police fédérale allègue que « l'argent devait servir à payer les dépenses personnelles de Gagliano ».

    Des dépenses pour des voyages en Italie, au Carnaval de Venise, pour M. Gagliano et ses proches. Et un séjour de golf sous le soleil de la Floride à Orlando, en compagnie de ses amis.

    Joe Morselli aurait emporté les preuves dans sa tombe

    Joe MorselliJoe Morselli

    C'est Joe Morselli, celui qu'on a décrit comme le parrain des commandites, ami personnel de l'ex-ministre Gagliano et grand argentier du PLC, qui aurait, toujours selon l'affidavit, orchestré la fraude.

    Lors d'un souper au Il Pazzesco, un restaurant italien de Montréal, Joe Morselli aurait demandé à Benoit Corbeil de sortir de l'argent du Parti libéral selon un stratagème complexe.

    Par un jeu de fausses factures d'une entreprise appartenant au frère d'Alain Renaud, employé de Groupaction - un des principaux acteurs du scandale des commandites - l'argent du Parti libéral transitait par une entreprise de la famille Morselli, avant d'être remise au ministre. Il y en aurait pour 117 000 $.

    Des trois participants à cette fraude, Benoît Corbeil a plaidé coupable et vient d'être condamné à rembourser cette somme au parti, en plus de purger 15 mois de prison.

    Alain Renaud, devenu informateur de la GRC, ce qui a permis d'épingler Corbeil, est actuellement sous protection policière.

    Le stratagème qui aurait permis à Benoit Corbeil de sortir l'argent du PLC.Le stratagème qui aurait permis à Benoit Corbeil de sortir l'argent du PLC.

    Quant à l'instigateur, Joe Morselli, il est mort en 2006, emportant avec lui la possibilité de prouver qu'Alfonso Gagliano connaissait l'origine du financement de son train de vie.

    C'est pourquoi la GRC, qui a rencontré l'ex-ministre en juin dernier, conclut que celui-ci n'était « pas nécessairement au courant » de la provenance des largesses de son ami Joe Morselli. Malgré plusieurs tentatives, il a été impossible d'obtenir les commentaires de M. Gagliano.