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La protestation prend de l'ampleur

Centre hospitalier régional de Sept-Îles

Le Centre hospitalier régional de Sept-Îles

Radio-Canada

Trois médecins de famille s'ajoutent aux vingt autres collègues qui entendent démissionner si le projet d'exploration d'une mine d'uranium de Terra Ventures se poursuit. Québec dépêchera cette semaine le directeur national de la santé publique à Sept-Îles.

Le groupe de 20 médecins du Centre hospitalier de Sept-Îles, qui entend démissionner si le projet d'exploration d'uranium de Terra Ventures se poursuit au lac Kachiwiss, s'élargit. Trois autres médecins de famille se joignent au mouvement de protestation.

Les professionnels de la santé pressent à nouveau le gouvernement du Québec d'imposer un moratoire sur tout développement uranifère dans l'ensemble de la province.

Les médecins démissionnaires espèrent toujours une volte-face qui leur permettrait de rester. Rappelons que le Collège des médecins a ouvert une enquête sur ces départs annoncés afin de dénoncer un projet de mine d'uranium dans la région.

Les médecins ont discuté avec le Collège des médecins et réitèrent qu'ils ont pris position dans le respect de la population.

« Nous, on n'a pas la même interprétation du Code de déontologie. Disons que le Collège des médecins eux autres voient ça dans le cadre d'une action concertée, où il y aurait une démission massive des médecins. Ce n'est pas ça. Quand les gens vont quitter la région, ce sont des choses qui vont se faire une à une. Ce n'est pas une action concertée. Ce ne sont pas des choses qui vont se faire dans l'immédiat. C'est certain que les gens vont regarder l'évolution du dossier », explique le pneumologue et porte-parole des médecins démissionnaires, Bruno Imbeault.

Les médecins ne précisent pas quand ils ont l'intention de mettre à exécution leur menace de démission. Le centre hospitalier de Sept-Îles compte 56 médecins, dont 33 spécialistes.

Alain Poirier en mission à Sept-Îles

Afin de tenter de désamorcer la crise en gestation, Québec a décidé de dépêcher cette semaine le directeur national de la santé publique, Alain Poirier, à Sept-Îles. La rencontre avec les médecins démissionnaires devrait avoir lieu vendredi prochain.

D'après le bureau du ministre de la Santé, Yves Bolduc, M. Poirier aura pour mission d'expliquer aux médecins mécontents que les activités d'exploration d'uranium sont sans danger.

Le ministre Bolduc a annoncé la visite de M. Poirier à la députée péquiste de la région de Sept-Îles, Lorraine Richard, qui a joint sa voix aux médecins la semaine dernière.

Mme Richard a indiqué qu'étant donné les sommes nécessaires à l'exploration, il est difficile de croire que cette première étape ne mènera pas directement à l'extraction de l'uranium.

Le Collège des médecins plus nuancé

Très critique vendredi dernier, le président du Collège des médecins, Yves Lamontagne, a tenu à nuancer ses propos. Il soutient qu'une rencontre aura lieu la semaine prochaine entre le ministère de la Santé, l'Institut national de santé publique et les médecins à Sept-Îles.

Le Collège veut s'assurer que la population ne souffrira pas de la situation. Le Dr Lamontagne se dit conscient qu'il s'agit d'une menace et que les lettres de démission n'ont pas encore été envoyées à la direction. « Il y a des gens qui nous ont appelés, parce qu'ils voulaient faire des plaintes contre les médecins. On a dit de laisser faire ça. On ne fera pas de chasse aux sorcières. On va se parler tout le monde, puis on va arranger ça », a-t-il déclaré.

Par ailleurs, le groupe a tenu à répondre aux critiques de certains qui les accusaient de prendre en otage la population. « Nous, on ne considère pas qu'on prend la population en otage, parce que nous on vit ici et on est intéressé. Et si on a fait tout ce qu'on a fait à date, c'est parce qu'on n'est pas intéressé à partir. Si les gens n'avaient pas tenu au milieu, les gens seraient partis sans dire mot à personne et je trouve que ça aurait été néfaste pour la population », a précisé le Dr Imbeault.

Des réactions de toutes parts

Le conseil de bande des Innus de Sept-Îles-Malioténam durcit également le ton envers les projets uranifères sur la Côte-Nord. Les élus ont déjà fait parvenir une mise en demeure à la compagnie Terra Ventures, mais sans résultat.

Cette fois, le conseil de bande n'écarte pas le dépôt d'une requête en injonction interlocutoire. « Il faut se mobiliser que ce soit au niveau autochtone ou non autochtone, de trouver un moyen de bloquer ce projet uranifère, qui est situé près de Sept-Îles. Vous savez sans doute que les Innus sont préoccupés par leur territoire, leur coutume et leur culture. Nous, on appuie les médecins et ce qu'ils font actuellement », a expliqué le vice-chef du conseil de bande, Mike McKenzie.

De son côté, le directeur québécois du Syndicat des Métallos, Daniel Roy, est cinglant à l'endroit des médecins de Sept-Îles qui annoncent leur départ éventuel de la région.

Selon le syndicaliste originaire de Sept-Îles, qui représente la majorité des travailleurs miniers, les médecins prennent la population en otage. Daniel Roy réclame un débat en bonne et due forme, une consultation publique ainsi que des études scientifiques pour alimenter la discussion.

« Il est temps que ça arrête. Ce n'est pas de même ça que ça fonctionne dans une société démocratique. Il faut mettre des choses sur la table et s'expliquer franchement pour en venir à des conclusions. Arrêtons de nous forger des opinions nous-mêmes sur ce dossier-là. Faisons-nous éclairer par la science », a affirmé M. Roy.

À Sept-Îles, les opposants au projet d'exploration uranifère multiplient les démarches pour faire pression auprès du gouvernement. Ils demandent aux organismes et résidents de faire connaître publiquement leur opposition au projet.

L'organisme Sept-Îles sans uranium croit par ailleurs que la Ville doit laisser tomber le sondage commandé à la firme Léger Marketing et qui s'amorce cette semaine. Selon son porte-parole, Marc Fafard, il ne faut pas demander à la population de choisir entre le développement économique et la question de l'uranium.

« [Serge] Lévesque s'est fait embarquer dans un bateau par le gouvernement du Québec avec une démarche qui a déjà été utilisée à Chibougamau [où] le [groupe] pour l'uranium a gagné. C'est un couteau à deux tranchants. Faisons attention. Le résultat du sondage dans trois semaines pourrait être catastrophique pour tous les citoyens du Québec », indique M. Fafard.

Par ailleurs, l'organisme Sept-Îles sans uranium invite la population à une marche dimanche à 13 h pour soutenir les médecins démissionnaires.

Un projet controversé

Dans la région, l'entreprise Terra Ventures détient une propriété d'uranium au lac Kachiwiss, au nord de Sept-Îles. Des forages effectués en 2008 confirment la présence d'oxyde d'uranium à faible teneur au lac Kachiwiss, au nord de Sept-Îles. Le gisement s'étendrait sur près de 3 kilomètres carrés. Terra Ventures prétend que le site du lac Kachiwiss s'apparente au gisement Rossing d'où Rio Tinto puise 7 % de l'uranium mondial.

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